Durant les deux dernières semaines, quatre scandales sexuels liés à des et figures éducatives religieuses ont secoué la presse en Israël. Tout d’abord, Ezra Shneiberg,  directeur de la yeshiva « Orot Ha-Ari » et considéré comme un des célèbres « kabalistes » de la ville. Puis un directeur d’une midrasha, un rabbin connu d’Afoula et un directeur d’une yeshiva dont le nom n’est pas encore connu.
Suite a cette vague de scandales, voici une prise de position du rav Youval Cherlow, rav de la yeshivat hesder de Petah Tikvah. Avec courage et lucidite, le rav identifie les causes réelles du probleme, et énumére les précautions a prendre, aussi bien de la part de la communauté que de celle du rabbinat.

Le texte original est disponible ici. Merci a Yaëlle Ifrah pour la traduction hebreu-francais.

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cherlo

Rav Sherlow

Pour la première fois, suite à l’affaire du rabbin de Safed, le rabbin Sherlow affirme : «  Les rabbins et le public doivent se regarder dans les yeux et s’interroger : comment peut-on éviter que quelque chose de similaire se produise à nouveau ? »

Deux jours après l’éruption de la tempête qui a entouré l’affaire du rabbin du Nord soupçonné d’attouchements sur des femmes, le rabbin Youval Cherlow,  membre du « Forum Takana » et de Tsohar, et l’un des rabbins principaux du mouvement sioniste-religieux, revient sur l’affaire et affirme que le public, au même titre que les rabbins, doit faire son examen de conscience.

« Il n’est pas surprenant que cela se produise à nouveau dans le milieu du sionisme religieux. Je connais d’autres histoires qui n’ont pas été rendues publiques dans le cadre du Forum Takana. C’est extrêmement douloureux, et je partage la douleur des victimes des deux sexes. Dans divers cercles, parfois proches, certains ont demandé des conseils à ce rabbin, et à présent, le ciel leur tombe sur la tête », dit-il. « C’est tout le public qui est atteint par le fait que la parole de Dieu se révèle à nouveau comme incertaine lorsqu’elle est placée entre les mains des rabbins. Un rabbin aussi peut se révéler être un voyou qui agit en dehors de la Torah »

En dépit de tout cela, explique le rabbin, « il faut se garder d’exploiter cette affaire à fin de règlements de comptes. La douleur est trop grande pour que l’on n’y ajoute. Les rabbins et le public doivent se regarder dans les yeux et s’interroger : comment peut-on éviter que quelque chose de similaire se produise à nouveau. »

Le rabbin Cherlow énumère quatre directions qui, selon lui, doivent être explorées dans le but d’expurger les comportements des rabbins. « Tout d’abord », explique-t-il, « il faut comprendre qu’une grande partie des victimes d’attouchements est composée de garçons. Certains affirment même qu’ils forment la majorité des victimes. Par conséquent, toute tentative de résoudre le problème en évitant que des rabbins ne se retrouvent seuls avec des femmes, ou en augmentant les mesures de pudeur, consiste à mettre un emplâtre sur une jambe de bois. »

Qui plus est, ajoute-t-il, « le sujet du sexe ici est une excroissance, et pas la racine. La racine, c’est le désir de contrôle. Partout où l’on trouve des personnalités charismatiques, la présence de caractères forts  et  singuliers, des huis-clos, des secrets, une aura, il existe un risque latent de désir de contrôle, et le sexe n’en est qu’un des véhicules. Ce genre de chose peut aussi être dissimulé dans les anathèmes (H’erem), l’appel à agir contre d’autres individus, l’appel à une loyauté entière et inconditionnelle. Donc pour traiter ces sujets de façon adéquate, il ne faut pas se cantonner aux problèmes liés aux délits sexuels. Un rabbin possède beaucoup de pouvoir et il faut qu’il en fasse usage avec la plus grande retenue. »

La solution, nous affirme le rabbin Cherlow, se trouve aussi bien dans la gouvernance des rabbins que dans la gouvernance de la communauté. A propos d’un rabbin, dit-il « un seul mot doit venir à l’esprit : transparence. Il ne doit pas mener  d’entretien à huis-clos, il doit marquer une  différence entre ce qui se passe à l’intérieur et à l’extérieur, il ne peut prendre aucune liberté. Il ne saurait se dissimuler  derrière des affirmations qui invoquent l’inspiration divine. La transparence, c’est être ouvert aux critiques publiques. Voilà les mesures qui pourront conduire à ce qu’aucun rabbin n’abuse de son pouvoir et ne tombe en déchéance. Quand un homme s’attribue à lui-même des qualités supérieures, du charisme, il se met en place une galaxie  de courtisans et de proches, des réunions nocturnes qui semblent être basées sur une envie d’être généreux et d’accéder aux désirs du public, et ça, ce n’est pas transparent, et là les problèmes commencent. »

« Du point de vue du public », continue le rabbin Cherlow, « le public doit suivre la voie qui nous est indiquée par le Tanakh  au sujet des grands d’Israël. D’un côté on les considère avec admiration et respect, avec la crainte du ciel, et on leur maintient leur statut et leur grandeur ; et par ailleurs, on leur applique une critique sans compromis si il y des iniquités ou des découvertes problématiques. Dès lors que l’on étudiera le Tanach en haut de l’échelle, d’un côté il n’y aura pas de limite à leur grandeur, et de l’autre leurs yeux resteront bien ouverts. Le public sera se prémunira ainsi des atteintes des rabbins. »

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