« Accepte la vérité de là ou elle vient » – Nehama Leibowitz zt »l

Prof. Nehama Leibowitz zatsal (1905-1997) enseigna la Bible et ses commentaires à ses élèves – eux-même professeurs, rabbins et enseignants – durant plus de soixante-dix ans. Ses classes légendaires ont révolutionné l’enseignement moderne de la Bible.

À titre d’exemple, la fille de Rav Ovadia Yossef chlit’araconte que lorsque Nehama Leibowitz parlait à la radio, son père appelait tous ses enfants et leur disait « écoutez là et apprenez d’elle »…

D’une simplicité étonnante, celle qui se faisait appeler simplement « Nehama » ne cherchait aucun honneur. Elle fut tout de même récompensée du prestigieux prix d’Israël pour ses travaux sur la Bible puis du prix Bialik pour son apport à la pensée juive moderne.

Ses célèbres cours sur la Parashat Hashavua ont été traduits en plusieurs langues et ont rencontré l’enthousiasme d’un large public, y compris de très nombreux érudits.

Dans la présente lettre, publiée pour la première fois dans la revue Alon Shvut-Bogrim no. 13, Nehama Leibowitz explique sa chita dans l’étude : Apprendre de chacun, sans tenir compte de la personnalité du personnage mais uniquement de son message. Il me semble que c’est également l’opinion de la Modern Orthodoxy dans son ensemble.

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A l’intention de l’honorable Rav Yehuda Ansbacher,

Vous m’avez fait un grand honneur en commentant mes mots sur la Parashat Pekuidey. Je ne sais plus pourquoi je n’ai pas cité le Tanhouma, était-ce intentionnel ou simplement un oubli ?

Néanmoins, après avoir pris connaissance de votre commentaire, j’ai approfondi les mots du Midrsash et j’ai trouvé que le parallèle avec le Tanhouma n’était pas du même type que celui qui m’intéressait et dont [Franz] Rosenzweig parle dans son essai. […]

A par ce point, laissez moi en venir à une partie plus sensible de votre commentaire.

NehamaIl est vrai qu’il m’arrive de citer les travaux de personnes qui n’étaient pas respectueuses des mitsvot, si leurs mots me paraissent exactes et peuvent dévoiler la lumière de la Torah, sa grandeur et sa sainteté aux élèves.Je travaille selon le principe « Accepte la de là ou elle vient » (Intro. auxshmonei prakim de Maimonide). Que puis-je y faire ?

Benno Jacob était un réformé extrême, qui enseignait au Sontag Gemeinde et transgressa sans aucun doute une partie énorme de nos saintes mitsvot (sans compter le fait qu’il était en plus un violent anti-sioniste…). Cependant, j’ai plus appris dans ses livres (Aug um Auge apporte des preuves extraordinaires selon lesquelles la loi du talion, même dans son sens le plus littéral, ne peut référence qu’à une compensation monétaire) que dans beaucoup d’autres livres écrits par des craignant-Dieu. Il combattit la critique biblique et ses preuves démontrèrent la fragilité de leurs arguments comme personne ne le fit avant lui. Même le Rav David Hoffman zatsal [NDLR : directeur du séminaire rabbinique orthodoxe de Berlin avant la seconde guerre mondiale] (il m’est difficile de mentionner le nom de ce gaon à côté de celui de B. Jacob) ou encore Yssachar Jacobson a »h et le Dr. Muriel n’ont pas écrit aussi bien.

Beaucoup de mes amis – et parmi eux le Rav David Carlebach zatsal, qui enseigna avec moi au séminaire de Jérusalem – ont également étudié ses textes. Il [Benno Jacob] nous ouvrit les yeux sur des éléments totalement nouveaux qui amenaient à une vraie compréhension de la Torah.

Le Professeur Umberto Cassuto zal, qui était craignant Dieu et très scrupuleux dans le respect des mitsvots, a tenu de nombreux propos très éloignés de ma propre compréhension de Torah Misinaï, propos que je refuse de cautionner. C’est pourquoije ne m’intéresse jamais à qui doit quoi mais à qu’est ce qui a été dit.

Pareillement, il n’est pas nécessaire d’apporter des preuves pour dire que [Martin] Buber n’était pas un « bon juif » – selon la compréhension traditionnelle de cette expression. Je l’ai connu, et il ne fut en aucun cas un homme cher à mon cœur ! Loin de là !

[…] Si ses écrits sur les gentils et le christianisme ont été écrit avec sincérité alors c’est une véritable abomination. Mais selon ce qu’il me disait, il semble qu’il n’aimait pas du tout le christianisme et qu’il ne croyait très certainement pas aux bêtises qu’il écrivait. Il voulait simplement flatter les non-juifs, et cela est vraiment négatif. Mais que puis-je faire si j’ai appris de nombreuses choses très correctes de son Tanakh ?

[…] Je ne pourrais cacher tout le bon de ces écrits à mes élèves.

 A dire vrai, même les non-juifs, parfois (selon mon opinion, très rarement), nous offrent de bonnes et précises interprétations des textes. Il arrive même qu’ Abrabanel s’y réfère et préfère leurs opinions à celle du Ralbag ou de Maimonide [NDLR : cf. par exemple l’explication du Abrabanel sur la parashat terouma ou il ramène l’explication des sages chrétiens en précisant « et le bon, nous acceptons d’eux ».

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Il m’est arrivé plusieurs fois d’exposer à de grands talmidei hakhamim des passages du livre de Benno Jacob et je les ai vu se réjouir comme s’ils avaient découvert un grand trésor. Devrais-je leur cacher le nom de l’auteur ? Je ne pourrais faire cela. « Qui sont cela dont nous buvons les eaux mais dont ne nous rappelons pas le nom ? » (Talmud Bavli, Horayot 14a).

C’est mon opinion, celle selon laquelle je dirige ma vie entière.

Je vous remercie pour les bonnes choses que vous avez écrites à propos de mes cours à la synagogue. Je vous souhaite, à vous comme à votre famille, un Pessah Cacher Vesameah’.

Avec respect et remerciement pour votre considération.

                            Nehama

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9 thoughts on “« Accepte la vérité de là ou elle vient » – Nehama Leibowitz zt »l

  1. Shalom !

    Cet article est l’occasion pour moi de préciser mes commentaires sur la « femme rabbin » postés sur ce même blog:

    Il y a une grande différence entre Néhama Leibowitz et les prétendantes au titre de « Marat » ou « Rabba » :

    L’homme et la femme ont chacun un rôle distinct. La femme est dispensée des mitsvot liées au temps car elle a elle-même d’autres impératifs que n’a pas l’homme. Toute tentative d’égalitarisme «
    forcé » s’heurte à un problème majeur : les natures de l’homme et de la femme sont différentes. Une femme attend ses enfants durant neuf mois et cet état influence sa sensibilité. L’homme ne
    connaît pas cet état.
    Si Hachem a fait en sorte que la femme soit soumise à moins de mitsvot, c’est pour qu’elle puisse réellement vivre comme une femme sans être dépendante d’impératifs qui, pour elle, représenteraient
    un surplus.
    Ce n’est donc pas une gloire pour une femme de prétendre aux mêmes obligations que celles des hommes, car cela efface quelque peu leur vraie nature.
    Aussi quand une femme « rabbin » apprend aux jeunes à mettre leurs Tephilin, on est en droit à se demander si tout le temps passé à étudier hilkhot tephilin a bien été utilisé. Si Hachem a fait en
    sorte d’enlever un joug, n’est-il pas absurde de courir après pour le remettre sur ses épaules ?

    Le problème n’est pas du tout identique en ce qui concerne l’enseignement de N. Leibowitz. D’après le peu que je connais sur cet auteur, ses ouvrages portent essentiellement sur le Tanakh. Or,
    l’étude de la Torah et des Prophètes nous permet de mieux connaître notre identité juive et d’acquérir certaines qualités morales.
    Il y a pour les femmes un hiouv d’étudier les mitsvot les concernant. Bien que nous ne sommes pas ici dans le cadre strict d’une hiouv, les enseignements ressortant du Tanakh concernent autant les
    femmes que les hommes.
    D’ailleurs, il ne me semble pas non plus qu’il existe un hiouv pour les hommes d’étudier le Tanakh sans insérer cette étude dans un contexte halakhique.
    Je m’explique : Même si le Rambam reprend tel quel le partage en trois établi par la guemara (Torah écrite, Mishna, Talmud. Hilkhot Talmoud Torah 1, 10), il ressort du Tossfot que l’obligation
    d’étudier la Torah écrite s’inscrit dans un contexte halakhique puisque l’étude du Talmud Babli seule compile l’étude de ces trois parties (T. Kiddouchin 30a). Or, dans le contexte de la Guemara,
    les passages de la Torah écrite sont ramenés dans un contexte halakhique (et parfois aggadique). De plus, étant donné que les deux autres parties (michna et Talmud) s’insèrent dans un cadre
    halakhique, il me semble logique que la première partie s’insère également dans ce cadre.
    Au niveau du sekhel pachout, cela s’explique clairement : Etant donné que j’ai une obligation de faire les mitsvot, j’ai une obligation de les étudier. Ca commence par les psoukim et ça termine par
    les poskim.

    Toute cette digression pour souligner que les hommes n’ont pas le monopole de l’étude extra-halakhique, et que par conséquent, une femme est tout aussi apte qu’un homme à enseigner le Houmash et le
    Nakh (tant que la tsniout est respectée bien entendu). D’ailleurs vous remarquerez que Néhéma Leibowitz aurait sûrement eu les capacités intellectuelles d’écrire des techouvot pertinentes. Elle n’a
    pas opté pour ce choix. Le Limoud est une bonne chose pour toutes dès qu’il est lichma. Lorsque la motivation d’une femme est d’être comme un homme avec un « a » en plus, on sort du lichma. Lorsque
    la motivation est de mieux comprendre ce que la Torah nous enseigne, on reste alors dans le lichma.

    BéHatslaha

    Yona Ghertman

    Ps 1 : Je touche ici plusieurs sujets à la fois, il ne s’agit que de quelques pistes de réflexions et non de conclusions systématiques et définitives.
    Ps 2 : En tant que fidèle lecteur du blog, j’apprécierai de voir apparaître systématiquement les références, aussi bien pour les textes de Torah que pour les « informations ». Par exemple, lorsque
    vous dites que Rav O. Yossef encourageait ses filles à écouter Néhama Leibowitz, une source fiable serait bien appréciable.

  2. Shalom,

    Merci de la référence.

    Juste une remarque sur le point n°2:

    Il n’est pas écrit « SEFER HATANAKH » mais « HATORAH » or le terme « TORAH » signifie LOI donc HALAKHA.

    De toute manière, cette injonction est rapportée dans le premier chapitre de Yéochoua, il aurait été difficile de lui demander d’apprendre tout le Tanakh.

    Des bonnes choses

    Shabbat Shalom

  3. ChavouaTov,

    L’importance du sujet mérite un développement plus détaillé.

    La mitsva du Limoud Torah :

    .Effectivement la mitsva trouve sa source dans le Sefer Yéochoua, dans le verset : »et tu le méditeras jour et nuit » (Josué 1, 8). C’est en tout cas la source mentionnée par le Rambam (H. TT 1, 8).
    On notera que la force obligatoire de ce verset faisait l’objet d’une discussion dans la Guemara, puisque d’après un avis, le verset en question constitue le préambule d’une bénédiction, et non une
    injonction (TB Menahot 99b). Quoi qu’il en soit, même d’après ce dernier avis, il est certain que l’obligation d’étudier provient de la Torah, comme cela ressort des versets du Houmash, par exemple
    Deut 5, 1: « Vous les étudierez (les Lois) et veillerez à les accomplir ». Aussi la controverse de Menahot ne porte-t-elle que sur le verset du Livre de Josué, non sur la Mitsva en elle-même.

    . Le Shoulkhan Aroukh (YD 246, 4) reprend le développement du Rambam quant au partage du temps d’étude, et précise donc que l’obligation de partager son temps en trois (dont une partie pour la
    Bible) ne vaut que pour le « début de l’étude ». Par la suite, nous devons revoir de temps en temps la Michna et la Loi écrite (Torah et Nakh) pour mémoire, tout en concentrant le temps de Limoud
    sur la Guemara. Notons que la « révision » des domaines autres est toujours en rapport avec la Halakha, comme le note le Rambam lui-même : « (…) il étudiera la Torah écrite et la Loi Orale [Michna]
    à des moments déterminés. Ainsi, il n’oubliera aucun aspect des Lois de la Torah (mi dinéi Torah) » (HTT 1, 12).

    .D’après le Lehem Michné, le Rambam cantonne l’injonction talmudique de partager son temps en trois au jeune âge afin de résoudre la contradiction apparente entre l’enseignement du Talmud et la
    pratique généralement adoptée de consacrer presque tout son temps à l’étude du Talmud de Babylone. Aussi, d’après cette explication le Rambam serait d’accord avec l’avis de Tossfot (Kiddouchin 30a)
    expliquant que l’étude du Talmud de Babylone répond à l’exigence de la Guemara.
    Cependant, ce « mariage » entre le Rambam et Tossfot ne semble pas être accepté par tous, puisque le Rama (YD 246, 4) mentionne l’avis de Tossfot en tant que « yech omrim », l’opposant ainsi à
    l’avis du Rambam.

    . Malgré tout, il ressort en fin de compte du Rambam rapporté par le Shoulkhan Aroukh, comme du Tossfot rapporté par le Rama, que l’étude du Talmud est l’essentiel. Or, comme l’enseigne le fameux
    passage du traité Kiddouchin (40 b), le but de l’étude est de conduire à l’action (en l’espèce l’application de la Halakha). Aussi, tout ce qui ne rentre pas dans ce cadre n’est pas inclus dans la
    mitsva de « Limoud Torah » sur un plan de stricte Halakha.

    Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faille pas étudier le Tanakh ! Au contraire, une étude en profondeur avec les commentaires du Ralbag, d’Abrabanel et du Malbim (en plus des « classiques »)
    est plus que profitable pour celui qui s’y adonne. Cela permet d’acquérir une crainte de D.ieu et de connaître l’Histoire de son peuple, donc finalement de se connaître soi-même.

    Je termine par une question plus en rapport avec votre sujet :
    A la suite du Rama mentionné ci-dessus, il est écrit qu’il est autorisé d’étudier les « autres sagesses » à condition qu’il ne s’agisse pas des livres de minim qui sont complètement interdits.
    Compte-tenu de cette halakha, considérez-vous tout de même que la phrase du Rambam (« Accepte la vérité d’où qu’elle vient ») s’applique également à des ouvrages écrits par des juifs rentrant dans
    la catégorie des « minim », ou alors admettez-vous qu’il y a tout de même une limite au principe du Rambam ?

    De bonnes choses

  4. Cher Webmaster,

    1/ J’ai montré ci-dessus des paroles du Rambam reprises dans le Shoulkhan Aroukh que l’obligation d’étudier le Nakh existe uniquement lorsque cette étude s’inscrit dans le cadre d’une étude
    halakhique. Ce n’est pas un psak, on peut être en désaccord. Je suis certain de l’utilité de l’étude du Tanakh dans une optique de « connaissance », mais je suis également certain que quelqu’un ne se
    centrant que sur le Talmud a accompli la mitsva du limoud Torah. Je parle ici d’une étude du Talmud dans une optique halakhique, en restant sur l’idée que la finalité de l’étude est l’action.

    De toute manière, vous avez raison d’insister sur l’étude du Tanakh même dans une optique de « connaissance ». La question de savoir pourquoi cette étude est « négligée » dans beaucoup de Yéchivot
    mérite d’être traitée pour elle-même d’une manière objective. Pourquoi pas dans un prochain article ?

    2/ Je n’ai pas envie de m’éterniser sur la question qui relève beaucoup de la polémique. J’aurais d’ailleurs l’impression de voler la vedette à « Ben Ouziel » 😉
    Je vous réponds donc simplement sans jugement de valeur :
    Dans le Michné Torah, le Rambam interdit de lire les livres des idolâtres et des minim (AZ 2, 2-3). Certes d’après le Guide des Egarés (volume III, chap. 28 et 29), il semble qu’il ait lui-même
    entreprit cette étude, mais comme l’explique le Rav Tougueur, cela se comprend à la lumière de ce qu’il écrit dans son commentaire sur Avot 2, 17 : Il est permis d’étudier les idées des apikorsim
    afin d’avoir des arguments à leur objecter.
    Par conséquent, la sentence « accepte la vérité d’où elle vient » ne concerne pas les sifré minim. D’après moi, cela concerne tout simplement les idées philosophiques non juives n’étant pas
    associées à la Avoda Zara.
    Enfin sur le plan de la Halakha, le Rama dans ses gloses sur le Shoulkhan Aroukh est sans ambiguïté : Il est assour d’étudier les livres des minim (Yoré Déa 246, 4).

    Bien Cordialement,

    Y.G

    PS : Comme d’habitude, mes critiques n’enlèvent rien de l’intérêt que je porte à votre blog et aux débats qui s’y déroulent. Hazac pour votre travail et pour la défense de vos convictions.

  5. Dans ce contexte, il faudrait aussi noter la position de rav Hai Gaon, qui est cite dans plusieurs endroits (il faudrait que je cherche les references si qqun est interesse) pour avoir dit de
    demander aux non Juifs, chretiens ou musulmans, comment comprendre tel ou tel mot du Tanakh lorsqu’il y a un doute…

  6. ChavouaTov,

    Vous soulevez de nouveaux points dans votre message, il y aurait tellement à dire sur tous les sujets évoqués.

    Voilà déjà quelques pistes sur lesquelles j’ai réfléchi :

    1/ L’étude de sujets non actuels dans la Guemara :

    a) Même si on ne le voit pas du premier coup d’œil, tous les sujets sont liés et participent à une dynamique halakhique commune. Si les Tossafistes n’avaient pas étudié les sujets liés au Temple ou
    aux korbanot, ils n’auraient pas pu construire leurs principes halakhiques dans des sujets bien d’actualité. Je donne un exemple que j’étudie en ce moment : Dans « Bichoul / Lois de cuisson »,
    Rabbénou Tam soutient que « irouï kékeli richon » (c’est-à-dire, que verser de l’eau d’un ustensile de premier degré revient à cuire dans un tel ustensile). Il tire sa preuve précisément d’une
    Guemara dans Zevahim traitant des sacrifices (Shabbat 42b T : « aval » ; Zevahim 95 b T : « irah »).
    Pourtant, en étudiant juste la Guemara dans Zevahim, on aurait eu l’impression d’étudier quelque chose qui ne nous concerne pas et n’ayant aucune incidence sur la pratique halakhique de tous les
    jours.
    Il y a beaucoup d’exemples illustrant cette idée : L’étude du Talmud est l’étude de la construction halakhique. Même si une brique semble ne pas être en rapport avec l’édifice final, elle est en
    fait complètement liée aux autres briques. Il en va de même avec les différentes sougyot : Différents principes, différentes techniques se dégagent des sujets traités, et peuvent servir dans
    d’autres sujets ayant une implication halakhique certaine.

    b) En pratique, il est pourtant dur de sentir un contexte d’actualité lorsqu’on parle d’un taureau tombé dans un puit, ou autres sujets du même genre. Toutefois, cette étude, qui est souvent celle
    des barouhim, même si elle n’a pas d’influence directe sur la Halakha, permet de se forger un esprit apte à décortiquer une Guemara, et permettra par la suite de maîtriser les sougyot de Halakha
    demandant d’étudier en profondeur les Guemarot constituant la source des lois étudiées.
    Donc, même si le Barouh n’étudie pas de la Halakha lorsqu’il se trouve avec son taureau et son puits, il se trouve dans une optique halakhique, puisque cette étude lui permettra par la suite de se
    plonger dans une « vraie » étude de Halakha.
    (par « vraie » j’entends : en partant de la Guemara pour remonter aux Aharonim).

    2/ L’étude du Tanakh

    La première raison que vous donnez est très juste. Les deux autres sont plus polémiques que réelles. Croyez-vous vraiment qu’un vrai Roch Yéchiva considère que le commentaire d’Abrabanel sur Daniel
    ou sur Isaïe soit à la portée des enfants ?!
    Il y a une autre raison également : De la Guemara Shabbat, il ressort que l’étude de la Halakha est plus importante que l’étude des Kétouvim. En effet, cette étude est interdite le Shabbat pour ne
    pas que les baléi-batim « perdent leur temps » à étudier ces Livres Saints plutôt que d’assister aux cours de Halakha donnés le Shabbat. Dès lors, il semble naturel que beaucoup aient déduits de ce
    passage que l’étude du Talmud (s’inscrivant dans une dynamique halakhique) est primordiale.

    3/ Les livres des Minim
    Je crois qu’il y a certaines confusions :

    a) La philosophie n’est pas de la « minout » ; en tout cas, pas systématiquement. Je ne vois pas ce qui vous fait affirmer que Aristote est un min.
    b) Lorsqu’il est question de « assour » et de « moutar » ce n’est pas un problème de Hashkafa, mais bien de Halakha.
    c) Vous ne pouvez pas apprendre une halakha d’un ouvrage qui n’est pas de cette nature. Etant donné que dans le Michné Torah le Rambam interdit de lire les sifréi minim (voir ma dernière
    intervention), tout ce que vous pouvez déduire de ses ouvrages non halakhiques n’a aucune valeur sur le plan légal.

    Nous savons que le Rambam et le Rama interdisent la lecture des Sifréi Minim (voir également le Gra sur le Rama). Plus récemment, le Rav Moshé Feinstein l’a interdit explicitement (voir par ex.
    Iguerot Moshé Yoré Déa 4, 50.2).
    Face à ça, vous parlez de commentaires qui n’ont pas une nature halakhique. Ce que vous écrivez sur D.I Abrabanel, et ce qu’écrit Emmanuel Bloch sur Rav Haï Gaon est très intéressant. Toutefois,
    cela n’a pas d’incidence sur la Halakha pratique.

    Bien Amicalement

  7. Bonjour,

    Il me semble que nous sommes plus ou moins d’accord sur les deux premiers points, qui se regroupent finalement en un seul :
    L’étude de la Guemara s’inscrit dans un processus halakhique, mais elle en est parfois détachée comme l’illustre bien les propos de Rav Ovadia Yossef que vous rapportez à juste titre dans notre
    discussion.

    Quant à l’importance du Nakh, j’ai moi-même un seder de Tanakh et je suis tout à fait d’accord que cette étude est fondamentale. Toutefois pour les raisons déjà évoquées je ne crois pas que cela
    ait la même valeur qu’une étude s’inscrivant dans un processus halakhique. Vous ne me suivez pas sur ce dernier point, cela ne me dérange pas, je crois que nous avons fait le tour de la
    question.

    Concernant votre troisième point, à propos du problème de lire dans les Sifré Minim, le biour HaGra sur Yoré Déa 246, 4, 19 note que l’interdit se trouve dans le Perek Helek, or sur place il est
    juste question des « sifré minim » non les « sifréi halakhot shel haminim » c’est à dire que la lecture de tous ces livres sont interdits. Toutefois, dans le passage de AZ 16b dans lequel Rabbi
    Eliézer avoue avoir été attiré par les paroles d’ un min, il fut bel et bien attiré par des paroles de Halakha, ce qui appuierait quelque peu votre hypothèse. Malgré tout, du fait qu’aucune
    distinction ne soit établie dans les textes halakhiques à propos des « sifréi minim », il semble que l’argument ne peut être retenu sur un plan pratique. D’ailleurs, le Rav Moshé Feinstein dans la
    source que j’ai mentionnée ne parle pas du tout d’un livre de Halakha, mais d’un simple livre de commentaires.

    Quant aux philosophes, il est certain qu’il y eut des divergences entre les Sages et ces derniers. Cependant le problème est différent et ne concerne pas les « sifréi minim ». D’ailleurs dans la
    littérature halakhique, il y a un terme pour désigner les ouvrages philosophiques et un autre pour désigner ceux des minim. Quelle différence ? Sûrement nos Maîtres ont-ils été plus sévères avec
    les ouvrages des minim car ceux-ci contiennent une base de Torah et risquent de séduire même les plus érudits (comme dans le maassé avec Rabbi Eliézer).

    Alors, certes, la Halakha et la Haskafa sont souvent liées. Vous avez raison. Cependant, il ne faut pas se cacher sous la « Hashkafa » pour déterminer des conclusions halakhiques opposées à tous
    les psakim traitant du sujet. En conclusion, acceptons la vérité d’où qu’elle vient tant qu’elle ne vient pas des minim. Seul un Psak Din d’un décisionnaire reconnu comme tel pourrait repousser
    cette conclusion. Or, à ma connaissance, cela n’existe pas.

    Bien Amicalement

    PS : Je remarque avec plaisir que les guemarot que je rapporte vous sont toujours familières. Cela confirme que l’échange est certainement digne d’intérêt. Même si celui-là prend fin, il y en aura
    d’autres. Continuez comme ça !

  8. Bonjour,

    Je ne suis pas un « militant anti-kfira » ! A vrai dire, je préfère laisser les débats polémiques au « Ben Ouziel » de votre site. Quant à moi, je discute juste des sougyot sans mettre de nom sur qui
    que ce soit!
    J’arrête là le débat sur ce point, chacun demandera à son Rav la Halakha lé Maassé.

    Pour l’anecdote, on m’avait demandé il y a quelques années de mener un débat avec/contre Yéshaya Dalsace sur « Judaïsme et modernité ». J’étais plutôt partant car j’aime bien les débats
    intellectuels. Au dernier moment, la Yéchiva de Nice ainsi que le Consistoire m’ont demandé de ne pas y aller. Après les années, je me dis que c’était la bonne attitude à adopter: Le débat est
    intéressant lorsqu’il reste sur le plan de l’intellect, dès que cela se transforme en pugilat, cela n’a plus d’intérêt.

    J’ai suivi de loin les interventions de « Ben Ouziel » dont je partage les idées sur le fond. Toutefois, je suis en désaccord avec la forme. La façon dont il s’est fait tourné en ridicule sur le
    site des Massorti montre bien que tout « militantisme anti-kfira » est plus néfaste que bénéfique !

    Je préfère de loin les débats et discussions sur Néhéma Leibowitz ou sur les autres thèmes en rapport avec la place de la Torah dans le monde moderne. Ce sont des questions que tout le monde se
    pose et que vous avez le mérite de soulever.

    Alors à un prochain thème !

    HAZAK OUBAROUKH !

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