Article de Larry Gordon, publié le 19 Août 2013 sur le site « 5 Towns Jewish Time » (http://5tjt.com/a-jewish-wifes-rights/ ). Merci à Anaelle E. pour la traduction.

 La publication d’une déclaration des « droits » de la femme juive par un rabbin orthodoxe ne fait que prouver à quel point le juif actuel est devenu une terrible prison pour bien des femmes. Pour plus d’informations sur le juif, voir le billet  « Introduction au divorce juif » de Janine Elkouby ; pour plus d’informations sur les solutions possibles voir le billet « Quelles solutions pour les messorevot guet ? ».

 

R. Mendel Epstein

 Pour le rabbin Mendel Epstein c’en est assez, assez des abus d’un système censé protéger les femmes (et parfois les hommes) des mariages difficiles dans lesquels ils évoluent.

R. Epstein est Dayan (juge rabbinique), rabbin communautaire, ainsi que to’ein (c’est à dire un avocat représentant les justiciables devant les tribunaux rabbiniques communément appelés Beith Din). Il a exercé cette profession durant plus de trente ans et a été impliqué dans plus de deux mille cas de divorces religieux. Il sent aujourd’hui qu’il est nécessaire de soulever certaines questions.

Exprimant un certain dégoût du système, le rabbin a publié ce qu’il a appelé une « Déclaration des droits de la femme juive ». Dans son introduction de son document le rabbin écrit: «Je suis l’auteur de la Déclaration des droits de l’épouse juive afin de clarifier et renforcer les droits de la femme juive. En effet je suis troublé par le nombre de femmes qui se trouvent dans des situations incroyablement difficiles en raison d’égarements religieux et des conseils qu’elles ont reçus. Ce qui les conduit à blâmer la torah et les rabbins pour leur sort »

 

Parmi les éléments de la Déclaration des droits, les points suivant sont énoncés :

(1) Une femme doit être traité avec respect et ne doit pas être abusée. Une femme dans une relation abusive a le droit de demander un (acte de divorce religieux).

(2) Elle a le droit d’être soutenue par son mari (cf. la Ketoubah)

(3) Un mari est obligé d’honorer et de respecter les parents de son épouse.

(4) Elle a droit à une union conjugale normale.

 

En ce qui concerne le nombre croissant de divorces dans la communauté orthodoxe, le rabbin Epstein affirme que ce nombre très élevé est très souvent dû à l’infidélité. Il ne fait pas spécifiquement référence aux frasques débutant sur le net. En effet selon lui, les infidélités débutent bien souvent à la synagogue ou chez les amis et vont aller croissantes dans la mesure où les gens ont pris l’habitude d’aller et venir librement les uns chez les autres

 

Il a dit également qu’il n’y a pas d’âge pour divorcer en effet, il a souvent eu à intervenir auprès d’époux mariés depuis quelques mois comme auprès d’individus mariés depuis des décennies.

Le Rabbin Epstein est bien connu dans le monde des Beth Din internationaux pour son expertise halakhique sur les malheurs conjugaux. La première partie de notre conversation l’autre jour portait sur la pertinence de sa Déclaration des droits de l’épouse juive (en 10 points) publiée la semaine dernière. L’essentiel de notre conversation a été de savoir si il était approprié et sain de diffuser ces questions au grand public.

Alors pourquoi publier de document en ce moment ? Selon lui il est impératif qu’il parle haut et fort de ce problème en raison du nombre croissant de divorces dans la communauté.  » Il y’a tellement de femmes bloquées par le processus« , dit-il, et ajoute: « Il n’est guère de famille dans la communauté qui ne sont pas aux prises avec un divorce ou une Yeshiva qui ne possède pas un ou deux enfants au minimum dans chaque classe dont les parents sont soit en cours, soit déjà divorcés ».

Pour lui une des raisons supplémentaires l’ayant poussé à la rédaction de sa déclaration est le fait que ces cas de divorces « qui tournent mal » ont très souvent (de par un processus long et douloureux) un impact négatif considérable sur la femme et les enfants. Cet impact peut alors se traduire par un ressentiment des individus à l’égard du Beth Din et des rabbins en général. Il ne faut pas « minimiser l’impact que cela peut avoir sur les maisons orthodoxes, en effet la mère de famille peut alors avoir l’impression que la cause de tous ses malheurs est finalement le respect de la halakha ». Il ajoute que ce sentiment est très rapidement transmis aux enfants et ainsi avoir des conséquences pour les années et les générations à venir.

 

«Ce n’est pas la Torah et ce ne sont pas les rabbins qui sont en faute ou responsable de toute la misère du monde, du chagrin et des mariages brisés», dit R. Mendel Epstein. Selon lui, plus que tout autre chose ce sont les fausses idées et les errements idéologiques qui ont transformé la façon dont notre communauté appréhende ces situations.

Le Rabbin a montré sa Déclaration des droits à plusieurs personnalités rabbiniques de premier plan qui lui ont manifesté leur soutien quant à son approche franche, en accord avec sa formulation, et l’ont encouragé à faire connaître ces points. Parmi eux : le Rav  Peretz Steinberg du Queens Vaad HaRabonim , le Rav Hershel Kurzrock de l’Alliance rabbinique / Igud Harabbonim , et le Rav Moshe Bergman, un Rav important à Brooklyn.

Pour illustrer sa « déclaration » et sa frustration, R. Epstein prend l’exemple d’une de ses clientes, une femme en attente de son Guet depuis plus de trois ans. Il a donc contacté le rabbin en charge de cette affaire afin de l’interroger sur le délai si long subi par cette femme. Il avait la preuve probante que le mari de cette femme n’était plus chomer shabbat et fréquentait même d’autres femmes. Alors pourquoi cela mettait il si longtemps ? Le rabbin lui répondit qu’il souhaitait faire appel à un thérapeute afin d’être certain que tout avait été tenté pour « réparer le mariage » de ces deux individus. «Il n’existe aucune base dans la halacha qui soutienne cette attitude», dit le rabbin Epstein. Il ajoute même que toute cette démarche ne fait que prolonger le processus et accroître la souffrance, le plus souvent celle de la femme.

Il explique que l’objectif de la plupart des rabbins impliqués dans ces situations est de garder le couple ensemble et d’essayer de garder la cellule familiale intacte. Cela peut sembler être la meilleure des attitudes à adopter, de l’extérieur. Mais à l’intérieur cela cause souvent encore plus de dégâts.

En dehors de l’infidélité et de la déloyauté dans un mariage, la deuxième raison la plus commune pour le divorce semble être économique. Rav Epstein consacre deux de ses dix points à ces questions. Il affirme clairement que «la femme a le droit d’être soutenue par son mari », et que cela est clairement et sans équivoque défini en ces termes dans la ketoubah qui est le document essentiel de tout mariage juif.

R. Epstein -Unis écrit plus loin dans son document «L’argent qu’elle apporte avant le mariage devrait être utilisé pour améliorer le niveau de vie du couple , et non pour qui le mari s’achète des appareils électroniques et autres gadgets .».

Au cours de notre discussion d’autres problèmes ont été évoqués. Selon lui, « Il y a une idée folle selon laquelle une femme orthodoxe se doit de subir en silence les mauvais traitements sous prétexte que la volonté de Dieu en est ainsi ». Au rabbin Epstein de répondre « Quel père accepterait de voir leur fille souffrir de cette façon? » me demande-t-il, incrédule.

« Une autre grande erreur que les femmes font souvent, est de courir devant les tribunaux civils au lieu de se rendre immédiatement au Beth Din » dit-il. « Aucun tribunal ne peut lui accorder le guet. » Il ajoute que c’est une erreur d’avoir recours à un avocat spécialiste en divorce, en effet, ces derniers sont bien souvent malhonnêtes et extrêmement cher. « Un bon Beth Din est relativement rapide, peu cher et au moins, on sait où l’argent va » affirme-t-il.

Cependant, il admet qu’il y’a des moments où aller au tribunal civil est utile et en particulier lorsqu’on a affaire à un mari particulièrement inflexible et peu coopératif. En effet, contrairement à Beth Din, le tribunal peut exiger et contraindre le mari à divulguer toutes ses informations financières personnelles. Parfois, ce processus suffira à convaincre un époux de donner le Guet à sa femme.

 

J’ai demandé au Rav Epstein son avis sur la campagne encourageant les familles à laisser leur fils se laisser se marier plus rapidement qu’à l’accoutumé. L’objectif de cette campagne étant de faire face à la crise dite du « shidouch » en encourageant de jeunes hommes à se marier rapidement et parfois avec des femmes plus âgées. Pour lui, c’est une aberration qui va contribuer à une augmentation du nombre des divorces.

J’ai également interrogé le rabbin sur le manque de respect. La violence verbale peut- elle être un motif de divorce (selon la halakha) ? Selon lui, « Maudire sa femme ou sa famille pourrait être un motif pour obtenir un Guet ». Il cite les sages du Talmud pour étayer son point de vue : « Ein adam dor im nachash bekefifa achat – Aucun être humain ne partage sa couche avec un un serpent ».

 

Mais quelles sont les causes de ces dysfonctionnements (manque de respect, désamour etc.) ? Pour lui, le fait est que la plupart des jeunes hommes ne sont pas près pour le mariage et tout ce qu’il implique (paternité, concessions etc.). En effet, il passe leur journée assis à la Yeshiva sans y être évalués et une grande partie d’entre eux ne se rend même plus aux offices du matin. Et au Rabbin Epstein de mettre en cause l’envoie des jeunes hommes dans des Yeshivot loin de leur famille. « Nous envoyons nos enfants en internat, et au cours de ses années de formation l’enfant à peine le temps de voir ce qu’est une relation normale entre un mari et sa femme ». Il va même us loin en affirmant que beaucoup d’enfant grandissent en considérant leur parents comme des distributeurs automatiques. Dans ces conditions comment voulez-vous qu’un mariage fonctionne ?

 

Rav Epstein a longtemps observé cette triste réalité que la plupart des dirigeants de la communauté s’efforcent d’ignorer. Sa démarche n’a pas pour but d’embarrasser qui que ce soit mais de dénoncer les problèmes afin d’en chercher les solutions. 

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