Freha Sassoon, l’érudite orientale

La Rabbanite Fre’ha (Flora) Sassoon naquit à Bombay (Inde) en 1859 et quitta ce monde à Londres, en 1936. Elle était l’héritière d’un empire économique qu’elle dirigeait à la perfection. C’est sans exagération aucune que la famille Sassoon, d’origine juive irakienne, était surnommée « les Rothschild de l’Orient ». Grâce à son éducation, elle maîtrisait sept langues à 17 ans. Plus surprenant encore pour cette époque, son père veilla à son éducation religieuse, en tout point similaire à celle d’un garçon: études bibliques, talmudiques et halakhiques.

Sassoon s’avéra être une élève particulièrement douée et assidue, car si elle survécut dans les mémoires, c’est surtout pour son érudition exceptionnelle et son échange de lettres avec les plus célèbres rabbins de son époque, notamment le Ben Ish Haï de Bagdad, le Rav Nissim, futur grand rabbin d’Israël, et le Rav Zvi Pessah Frank, grand rabbin de Jérusalem.

ne voyageait jamais sans un minyan et veillait à ne manquer aucune prière quotidienne. Une rumeur (invérifiée) raconte que lors de ses voyages à Bagdad, elle était appelée à la Torah. Ce qui est par contre certain, c’est qu’en 1923 elle fut invitée à prendre la parole devant le séminaire rabbinique orthodoxe de Londres. Son allocution est riche en références talmudiques et midrashiques. On y décèle une pointe d’amertume sur le manque de place fait aux femmes au sein du monde juif mais un amour profond pour son peuple et pour la Torah.

Au-delà de son action philanthropique juive, Sassoon n’oubliait pas l’humanité et avait notamment financé une vaste campagne de vaccinations contre le choléra, parmi les couches les plus défavorisées de l’Inde.

Grâce aux traductions de Nurit Braun et de Claire Dahan, nous avons le plaisir de publier pour la première fois en français deux documents inédits:

 

  1. Lettre du Ben Ish Haï à Freha Sassoon

Le Ben Ish Haï (Rabbi Yossef Haïm de Bagdad) était une figure rabbinique majeure du 19e siècle en Irak. Cette lettre est datée de 1906 et déborde d’admiration et d’affection pour celle qu’il avait connu encore jeune fille et à laquelle il avait même consacré un poème. La lettre a été traduite par Claire Dahan. Ci-dessous la lettre en hébreu suivit de sa traduction française:

2. Homélie de Fréha Sassoon devant le séminaire rabbinique orthodoxe de Londres (1923)

Nurit Braun nous a traduit l’homélie de la Rabbanite Sassoon devant le séminaire rabbinique orthodoxe de Londres en 1923. Cette traduction se base sur le texte hébraïque, publié par le Rav Herzog à la fin de son ouvrage Imrei Yoel. Après quelques recherches, j’ai réussi à trouver le texte originel en anglais, publié en 1924 par Freha Sassoon elle-même. On note que le texte en hébreu a été raccourcis, que le ton a été modifiéici et là (notamment les passages où Sassoon critique la place des femmes au sein de l’orthodoxie)  et surtout, que des attaques contre les juifs réformés ont été ajoutées, alors que celles-ci n’apparaissent pas dans le texte originel en anglais. Cette adaption/traduction souligne, à mes yeux, la difficulté qu’éprouve l’orthodoxie ashkénaze à comprendre l’approche religieuse qu’incarnait Flora Sassoon à la perfection et qui alliait attachement stricte à la tradition sans développer pour autant la moindre forme de rejet à l’égard des autres juifs et juives et sans adopter un conservatisme social à outrance.

La traduction française s’étant basée sur le texte hébraïque, il convient de lire ce texte avec un regard critique:

Lien vers la drasha en anglais. (version originelle)

Lien vers la drasha en hébreu.

Lien vers la drasha en français.

Concluons ce billet par les mots de Mathilde Mosseri, une journaliste juive égyptienne qui avait connue Sassoon et qui publia ces quelques lignes après son décès:

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One thought on “Freha Sassoon, l’érudite orientale

  1. article hyper intéressant à plus d’1 titre :
    il y a plus d’1 siècle , une femme avait des connaissances assez exceptionnelles pour justifier d’échanges avec le Ben ich Hai ; une femme dirigeait brillamment 1 entreprise internationale ; elle associait une ouverture au monde de la culture et du business à 1 orthodoxie stricte et (car ? ) souple .
    mamma mia ! que l’Histoire se répète ou qu’elle bégaie , nous attendons urgemment ce retour à la modernité .

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