amsellem.jpgQui n’a pas entendu parler du Rav Haïm ? Inconnu il y a un an, a attiré les projecteurs de la presse lorsqu’il a osé tenir tête aux dirigeants de son parti, Shass (orthodoxe séfarade) en critiquant notamment la main-mise du monde lituanien sur la direction du parti. Les plus laïcs espéraient qu’il serait le cheval de Troie du monde orthodoxe, mais le peuple souhaitait surtout le voir donner un nouveau visage, plus social et populaire, aux partis orthodoxes.

À cette époque, j’avais déjà hésité à écrire un article, mais je craignais qu’il ne s’agisse que d’un homme opportuniste critiquant son parti pour s’attirer les faveurs de la foule. J’ai cependant continué à suivre avec le plus grand intérêt son parcours . À mon grand étonnement, j’acquiesçais à chacune de ses interventions !

Dans un monde politique sclérosé, ou chacun ne pense qu’à la somme qu’il arrivera à détourner pour ses intérêts privés, Amsellem paraît étonnement intègre. Dans un monde religieux ou la soumission aveugle et naïve envers les sages est devenue monnaie courante, Amsellem n’annihile pas sa raison. Mais surtout, dans un monde ou chaque parti ne s’intéresse qu’à son électorat, Amsellem montre une réelle préoccupation pour l’ensemble de la nation.

Hier (13/03), il a lancé son parti politique, qu’il a nommé Am Shalem, « peuple intègre », « peuple au complet ». Essayez de trouver le nom du dernier politique israélien à s’être préoccupé de la collectivité tout entière… Begin peut être.

Je retrouve en Amsellem un judaïsme séfarade que je n’ai pas connu mais que mon grand-père m’a transmis, ce judaïsme dont seul les vieux juifs d’Afrique du Nord peuvent vous parler. Un judaïsme qui vivait en harmonie et respect avec les non-juifs qui l’entouraient. Un judaïsme ou les rabbins n’excommuniaient pas mais, au contraire, faisaient tout leur possible pour trouver des solutions aux problèmes du temps. Un judaïsme de proportion, ou l’on accordait plus de valeurs aux midot(qualités) qu’aux houmrot (observation des lois selon l’avis le plus stricte).

J’avais déjà fait l’apologie de ce judaïsme dans mon article sur le Rav Yossef Messas, mais je ne pensais plus pouvoir le trouver. Particulièrement pas chez un rabbin de l’âge du Rav Amsellem.

Je propose une rétrospective de l’action politique et religieuse d’Amsellem;

  1. L’encouragement des étudiants en Yeshivot à poursuivre des études universitaires et à partir travailler, tout en continuant à subventionner les étudiants les plus brillants destinés aux rabbinat et à la dayanout.
  2. La lutte contre la discrimination ethnique au sein du monde orthodoxe (séfarades et ashkenazes).
  3. Une solution au problème des conversions. Le Rav Amsellem a écrit un livre complet dans lequel il défend les conversions effectuées par Tsahal (cf. mon article conversions : politique ou religion ? ). Amsellem a prit très à cœur ce point pourtant délicat, qui illustre bien son souci d’union du peuple. N’oublions pas que les candidats à la conversion dont il s’agit sont israéliens et leur non-conversion ne ferait qu’augmenter le problème du mariage mixte.
  4. L’introduction de cours de base sur le judaïsme dans les écoles laïques et de cours de matières profanes dans les écoles religieuses.
  5. Le rapprochement de toutes les couches de la population israélienne, l’union du peuple.
  6. Le respect de l’individu et de ses droits.
  7. L’amélioration des services religieux et la séparation du politique et du religieux.
  8. Développer une vision positive de l’état au sein de la communauté orthodoxe.

Pour certains, ces points n’ont rien de bien choquant, mais dans la bouche d’un député orthodoxe israélien, c’est une véritable révolution. Ce qui me réjouit le plus, c’est sa liberté d’esprit. En effet, il n’adhère aux idées officielles d’aucun parti. Bien qu’appartenant à un parti ultra-orthodoxe, il n’hésite pas à se définir comme sioniste et souligne l’importance des études universitaires. Bien qu’étant religieux, il plaide pour la séparation de la religion avec le politique. Il est aussi l’un des rares députés d’un parti qui n’est pas de gauche à s’être opposé au renvoi des enfants des travailleurs immigrés. Renvoi plus qu’immoral, tant d’un point de vue humain que religieux.

Personnellement, je veux croire en sa sincérité et j’espère qu’il saura donner un meilleur visage à la politique israélienne tout comme au rabbinat.

Souhaitons lui bonne chance, ainsi qu’à son parti !

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