L’ moderne est un courant du judaïsme cherchant à allier les valeurs de l’ juive avec celles du monde contemporain. Pour le juif orthodoxe moderne, la halakha (loi juive) ne s’oppose pas à une parfaite intégration du juif dans la société qui l’entoure. À ses yeux, bien des valeurs universelles puisent leurs sources aux racines même de la Torah.

Pour Rav J.D Soloveitchik (1903-1993), un des maîtres à penser de ce courant, l’orthodoxie moderne cherche à résoudre une problématique simple, celle du croyant évoluant au sein du monde occidental : Comment insérer les valeurs éternelles du judaïsme dans la splendeur du monde moderne ? Comment maintenir un judaïsme rigoureux tout en sanctifiant le renouveau ?

    L’orthodoxie moderne s’estime héritière de la néo-orthodoxie allemande des Rabbins Hirsch et Hildesheimer (19e siècle), qui furent les premiers à prôner la mise en place d’un système religieux incluant valeurs juives et connaissances profanes, le fameux « Torah im Derekh Eretz ». Principalement présente aux États-Unis et en Israël, l’orthodoxie moderne présente un panel assez vaste d’idées et de pensées. Toutefois, trois points remportent de nos jours l’adhésion du courant tout entier :

  1. un respect de la halakha en accord avec la vision orthodoxe ;
  2. une attitude positive vis-à-vis de la culture profane ;
  3. une adhésion au sionisme.

Sans remporter l’approbation de tous, une bonne partie des personnes s’identifiant avec ce courant adhèrent également à deux autres points : 1) coopération et dialogue avec les juifs non-orthodoxes ; 2) amélioration du rôle et de la place de la femme juive au sein du monde religieux.

Tiraillée entre, à sa droite, l’ultra-orthodoxie, et à sa gauche l’aile la plus stricte du mouvement massorti (conservative), l’orthodoxie moderne est dynamique et redéfinit constamment certaines de ses idées, tout en préservant ses deux axiomes qui sont le respect de la halakha et une vision positive de la culture moderne. Ainsi, si dans les années soixante l’orthodoxie moderne fuyait les échanges inter-religieux, nombre de ses rabbins prônent aujourd’hui le dialogue et la compréhension entre les religions.

L’orthodoxie moderne continue à entretenir un rapport ambigu avec les autres courants du judaïsme. Tout en acceptant de dialoguer avec ces mouvements, elle s’obstine à les considérer comme illégitimes, ce qui n’empêche pas bon nombres de rabbins orthodoxes modernes d’entretenir des relations franchement amicales avec des rabbins non-orthodoxes.

En Israël, l’orthodoxie moderne s’identifie avec la frange la plus ouverte du sionisme-religieux. Mais à la différence de ce dernier, l’orthodoxie moderne rejette généralement l’approche messianique voyant dans l’État le « début de la délivrance ». Par conséquent, elle prônera bien souvent un pragmatisme politique plus modéré que les positions traditionnelles du monde sioniste-religieux.

Pionnière en ce qui concerne l’éducation religieuse des femmes, l’orthodoxie moderne fut le premier courant juif à œuvrer pour une parfaite égalité entre hommes et femmes au niveau de l’étude des textes juifs. Dans cette optique, de nombreuses institutions avancées d’études pour femmes virent le jour. Comme dans une yeshiva, le Talmud et la Halakha occupe une place essentielle de l’enseignement. Sous l’influence du féminisme occidental, des organisations féministes orthodoxes modernes ont vu le jour aux États-Unis (JOFA) et en Israël (Kolech). Les revendications se portent principalement sur la place de la femme à la synagogue, le problème des Agounot (femmes liées à des époux leur refusant le guet) et l’attribution de fonctions religieuses aux femmes érudites. Aujourd’hui, l’aile la plus libérale de l’orthodoxie moderne œuvre pour la création de synagogues orthodoxes égalitaires, où la séparation entre les sexes est respectée mais où les femmes peuvent prendre une part plus active au service – tout en restant dans le cadre de la Halakha.

Bien que peu connue en France, on a cependant l’impression que la frange la plus à droite de l’orthodoxie moderne commence doucement à y émerger. Si cette entreprise réussit, elle permettra peut-être à une partie des juifs locaux de redécouvrir certains grands personnages proches des idées de l’orthodoxie moderne – consciemment ou non – tels que les Grands Rabbins Sintzheim, Zadoc Kahn ou Kaplan, ainsi que les philosophes Levinas, Neher et Manitou (Léon Ashkénazi).

À voir également :

Print Friendly