תורה צוה לנו משה מורשה קהלת יעקב; אל תקרי מורשה אלא מאורשה

Moché nous dicta la , elle est l’héritage (morasha) de l’assemblée

de Jacob” (Deut. 33:4) – Ne lis pas morasha (héritage) mais méorassa (fiancée)1

Hier, devant mon écran d’ordinateur, j’écoutais avec joie le magnifique discours d’intronisation à la Knesset de , nouvelle députée du partiYesh Atid. Voilà un bon moment que je voulais écrire quelques lignes sur l’importance de l’étude de la Torah pour tous et j’avais véritablement l’impression que Ruth Calderon exprimait exactement les idées fondamentales que je voulais partager avec vous sur ce blog. Ruth Calderon est une femme ne s’identifiant pas avec le monde religieux, élevée dans un milieu laïc où le Talmud et la tradition juive n’occupaient aucune place. Aujourd’hui docteur en Talmud, Ruth Calderon est à l’origine de la fondation de multiples centres d’études pluralistes où non-religieux et religieux, hommes et femmes, étudient ensemble – en mettant l’accent sur les points communs et non les différences. Ces centres sont les piliers du renouveau de la culture juive en Israël. Ruth Calderon a choisi de transformer son premier discours à la Knesset en un magnifique cours de Talmud, où elle rappelle ce qui lui semble être les valeurs fondamentales de la Torah et de nos sages, valeurs qui devraient fonder la base de la société israélienne.

Durant le vingtième siècle, l’étude de la Torah fut délaissée par une grande partie du peuple juif, pour devenir l’apanage exclusif du monde orthodoxe. À mes yeux, ce phénomène est un drame qui coupe le peuple d’Israël de sa racine la plus profonde. La Torah a toujours été définie comme l’héritage du peuple d’Israël, del’assemblée de Jacob2tout entière. Il est aujourd’hui essentiel d’apprendre à chaque juif et juive que la Torah n’est l’apanage d’aucun courant et d’aucun individu. La Michna3nous enseigne qu’un mamzer érudit devance un grand prêtre ignorant – la Torah dépasse toutes les frontières sociales. Maïmonide a magnifiquement résumé cette idée en statuant que : “La couronne de la Torah est posée et se tient disponible pour tout Israël […], celui qui la désire viendra et s’en saisira”4. À l’instar de Ruth Calderon, je rêve du jour où chaque juif et juive se saisira de la couronne de la Torah, de sa Torah. Le Talmud compare la relation du juif à la Torah comme une relation quasi-charnelle et exclusive, “ne lis pas morasha (héritage) mais méorassa(fiancée)” – c’est un impératif pour chaque juif et juive : avoir un rapport direct et exclusif avec cette source de vie qu’est la Torah.

À mon avis, une des raisons du délaissement de l’étude de la Torah dans les cercles non-orthodoxes provient du fait que celle-ci était (et est encore) perçue comme une liste de dogmes à la problématique bien éloignée de celle de l’Homme moderne. Il nous semble donc essentiel de rappeler que bien avant d’être un dogme,la Torah est une poésie. “Écrivez pour vous cette poésie, qu’on l’enseigne aux enfants d’Israël et qu’on la mette dans leur bouche »5, un poème dépasse les frontières de l’intellect en faisant appel à bien plus de sentiments. Il ne suffit pas de comprendre rationnellement la Torah, encore faut-il la vivre, la ressentir de tout son être. Selon la mystique juive6, Dieu et la Torah ne forment qu’une seule et unique entité, or le Talmud nomme Dieu רחמנא, qu’on traduit généralement par “miséricordieux”. Comme l’a fait remarquer Ruth Calderon, en araméen la racineרחם (raham) désigne aussi l’amour, ainsi Dieu est qualifié d’amoureux. On ne comprend que mieux l’affirmation du Talmud selon laquelle רחמנא ליבא בעי, “L’Amoureux désire le cœur”7. Ce n’est pas l’obéissance, le respect de la loi, qui qualifie les attentes premières de Dieu – c’est le cœur de la personne. C’est donc sans surprise que Chir Hachirim, le Cantique des Cantiques, occupe une place si importante dans la tradition juive – Toutes les Écritures sont saintes, mais le Cantique des Cantiques est le saint des saints8 ; car Chir Hachirim est un long chant d’amour passionnée entre Israël et son Dieu.

Les grandes figures du judaïsme ont toujours rédigé des poèmes magnifiques pour exprimer ce que la prose ne peut pas dire – le chant de la Torah. Certains rabbins séfarades écrivaient leurs responsa en vers, pour exprimer la poésie qui se cache dans la loi d’Israël. Afin de redonner à la Torah toute sa splendeur, il convient de rappeler à chaque juive et juif que la Torah peut lui appartenir ; qu’avant le dogme, il y a le chant, la poésie de l’amour de Dieu et de son peuple et qu’il y a des gens comme Ruth Calderon qui œuvrent pour que chaque individu du peuple d’Israël puisse obtenir sa part d’héritage dans la Torah.

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1T.B Brachot 57a

 

2Deut. 33:4

 

3Horayot 3:8

 

4Maimonïde, Mishné Torah, hilchot talmoud torah 3:1

 

5Deut. 31:19

 

6Zohar III, 73a

 

7Voir par exemple T.B Chabbat 82b

 

8Michna Yadayim 3:6

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