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Un des articles les plus lu du blog est une femme rabbin… et orthodoxe ?. J’imagine que ce qui a tellement intéressé les lecteurs est l’oxymore «  »…

Dans notre monde orthodoxe, la majorité des gens refusent le plus souvent par principe qu’une femme puisse obtenir un quelconque poste administratif ou religieux. Mais au delà du ressentie et des préjugés, qu’en dit vraiment la Halakha ?

Une femme peut-elle être présidente de communauté ? Élue au consistoire ?

Peut-elle enseigner la Torah devant un publique mixte ?

Peut-elle être Rabbin (ou ) ?

Pour le Rav Yoel Bin Nun, ancien étudiant à Merkaz Harav et à la Yeshiva du Gush ainsi que dirigeant de la Yeshiva du Kibbutz Hadati, le sujet de l’ordination des femmes est une des problématiques les moins complexes du monde orthodoxe !


                                                                                                    Le Rav Yoel Bin Nun

La communauté orthodoxe se trouve aujourd’hui confrontée à de sérieux problèmes hilkhatiques. Comment libérer les Agunot ? Quelles autorités peuvent valider ou annuler une conversion ?Ce sont des sujets compliqués qui nécessitent beaucoup d’attention et d’étude. Mais une femme rabbin ? Ce n’est pas un enjeu difficile. Évidemment qu’une femme peut être rabbin, il n’y a là aucun enjeu.

[Discours prononcé lors du sixième colloque de l’association Kolech]

Encore une fois, donner une smikha (ordination) à une femme signifie uniquement lui attribuer un titre attestant de ses vastes connaissances religieuses ainsi que de son aptitude à répondre aux fidèles. La femme rabbin orthodoxe resterait très certainement derrière la Mehitsa durant l’office et ne serait ni Hazan, ni témoin lors des mariages.

Cependant, cela dérange et je ne suis pas sur que la raison soit toujours hilkhatique. Ainsi que le raconte le Rav Dr. Norman Lamm , président de la Yeshiva University, dans une interview réalisée par des élèves de la Yeshiva (Kol Hamevasser, Fevrier 2010) :

Lorsque la communauté conservative américaine décida d’autoriser l’ordination des femmes, un des rabbins du Conseil des Rabbins Orthodoxes Américainsréunit d’urgence ses collègues et leur exposa ses craintes face à ce qu’il considérait comme « une très grave crise ». Je lui dis simplement « Lorsqu’un rabbin conservative ou réformé enseigne la loi juive, cela ne vous dérange pas tant que ça. Pourtant vous savez que cela est en parfait désaccord avec nos choix. Pourquoi une femme rabbin conservative vous dérangerait-elle plus ? » C’est tout simplement du machisme!

Pour les plus intéressés, je joins à mon article deux responsas écrites en faveur de la Maharat (disponible en Hébreu et en Anglais).

Elles ont été rédigées par deux Rabbins Orthodoxes (modernes) relativement connus en Israël.Sperber d

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Le premier est le Rav Yoel Bin Nun, présenté ci-dessus.

Le second est le Rav Daniel Sperber, ancien élève de la Yeshiva Kol Torah et actuellement responsable du département talmudique de l’Université Bar Ilan.

Les responsas sont disponibles ICI.

Je passe maintenant à un brin d’ actualité.

Très récemment, Maharat Sara Hurwitz a été rebaptisée Rabba Sara Hurwitz.

Quel est ce titre ? Les plus malins l’ont compris, il s’agit de la féminisation du mot Rav (רב+ה =רבה). Ce titre a été choisi après un vote réalisé par l’organisation Kolech – l’union des féministes juives et orthodoxes israéliennes. 

S’il est compréhensible que la traditionnelle Rabbanit (ou Rabetzein) n’est pas été sélectionnée car ce terme dépeint plutôt la femme du rabbin que le rabbin elle-même, il est très dommage que le terme Rabba l’est emporté.

Et pourquoi cela ? Car ce mot n’a aucun sens. Il s’agit uniquement de la féminisation du terme masculin de Rav.

Maharat signifiait guide hilkhatique, spirituelle et religieuse, titre élogieux définissant bien les fonctions des futures dirigeantes. Choisir Rabba c’est tombé dans la revendication gratuite, c’est préférer un terme ridicule mais mettant bien en valeur l’égalité des sexes à un terme plein de sens mais moins égalitaire. En deux mots, c’est lorsque féminisme et religieux ne sont plus équilibrés, le premier prenant le dessus sur le second.

Soulignons également que ce terme choque les oreilles du publique orthodoxe et rend de se fait la tache plus dure et compliquée. Comme l’écrivait le Dr. Rav Norman Lamm : une femme rabbin orthodoxe ? Cela va trop vite. C’était là tout l’intérêt du mot Maharat : aller moins vite. Habituer le publique orthodoxe à la nouvelle place de la femme au sein de la communauté. Rabba fait tout l’inverse…

Et ainsi que le disait Camus, mal nommer les chosesc’est ajouter au malheur du monde…
maharat

 

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