Nos sages ont enseigné : « la roue [sur laquelle se trouve les planètes] est fixe et les étoiles tournent autours »; les sages des nations disent : « les étoiles sont fixes et la roue tourne autour ». (T.B Pessachim 94b)

 le sang de l’enfant provient de sa mère (T.B Nidda, 31a)

 les poux naissent de la peau [et non d’une fécondation] (Rashi, Chabbat 12a)

 Une femme ne tombe enceinte que dans les jours qui suivent sa tvila (environs le 14e jour après le début des régles). ( T.B Nidda, 31b)

 Le soleil est 170 fois plus grand que la Terre. (Rambam, Hilkhot Yessodei Hatorah 3:8)

 YU

 Le monde Modern Orthodox, sous l’impulsion du Rav Soloveitchik, a beaucoup développé la philosophie deTorah Umada (Torah et ), qui est d’ailleurs le slogan de la Yeshiva University.

Certains pourraient penser que le dernier mot est superflu; en effet, toutes les sciences ne sont-elles pas contenues dans la Torah? S’il en est ainsi pourquoi les mathématiques ou l’astronomie devraient-ils nous intéresser, nos sages eux-mêmes en savaient plus que la plupart des scientifiques modernes!

Cela est-il vraiment exacte…?

Nos sages, de l’époque talmudique à nos jours, se sont effectivement souvent prononcés sur des sujets ne relevant pas directement de la torah, et plus particulièrement sur les sagesses universelles.

 Nombreuses sont les sources talmudiques et rabbiniques qui traitent de la taille de la Terre, de la constitution des étoiles ou encore de la forme du globe. Si certains textes nous confirment l’immensité de nos sages, d’autres semblent contredire clairement la science moderne…

Pour certains , cela ne pose aucun problème. Les sages sont le référentiel absolu, si la science s’oppose à eux c’est qu’elle se trompe.

Nous connaissons tous l’insipide discours (emprunté aux évangéliques américains) rabâché par quelques pseudo-érudits fondamentalistes qui n’hésitent souvent pas à frôler l’idolâtrie en prêtant à nos maitres une omniscience quasi-divine…

Certains pamphlets cherchant à prouver la supériorité incroyable de nos sages sur les hommes scientifiques , n’hésitent d’ailleurs pas à étayer leur théorie par de multiples citations du et de la littérature rabbinique en « oubliant » complètement toutes les autres assertions de nos rabbins…

 Cependant, il reste également clair que nombre d’entre-nous, tout en refusant l’approche précitée, demeurent néanmoins troublés par ces contradictions…

La question est posée (et le parti pris…): Nos rabbanim ont-ils pu se tromper (Has vechalom…)?

 Le Rambam et les scientifiques

Si nombreux sont rambamles prêcheurs à connaitre les paroles du Rambam affirmant que והשמש גדולה מן הארץ כמו מאה ושבעים פעמים le soleil est 170 fois plus grand que la Terre (Hilkhot Yesodei Hatorah 3:8), il est étonnant que ceux-ci aient oublié les lignes qui précédaient, dans lesquelles le Rambam nous expliquait que toutes les étoiles tournent autours de la Terre (sic), qu’elles n’ont pas de composants solides (sic) et qu’elles ont une âme et un esprit (double sic)… ( Hilkhot Yesodei, perek 3)…

Il nous reste encore à expliquer comment le Rambam, le grand maître du judaïsme, A- t-il pu tenir des propos si aberrants…

La réponse se trouve… dans le Rambam!

En effet, dans son célèbre guide des perplexes, celui-ci stipule lui-même :

Il ne faut pas exiger que tout ce qu’ils [les rabbins] aient dit relativement à l’astronomie soit en accord avec la réalité ! car les sciences mathématiques étaient imparfaites dans ces temps-là, et s’ils ont parlé de ces choses, ce n’est pas qu’ils aient reçu là-dessus une tradition venant des prophètes, mais plutôt parce qu’ils étaient les savants de ces temps-là pour ces matières, ou parce qu’ils les avaient entendu des savants de ces époques. (Guide, 3:14)

L’avis de Maimonide est donc clair, les sages ont un savoir absolu dans la halakha. Mais nos sages étaient aussi des personnalités reconnues dans le monde scientifique de l’époque, cependant leur savoir ne différait guère de celui des autres hommes de sciences de l’antiquité. Ce savoir ne provenait ni de Dieu, ni des prophètes, mais uniquement de l’homme!

Il en va de même pour Maimonide lui même qui a l’extrême modestie et lucidité de reconnaître que ses jugements médicaux ne seront peut être pas correctes quelques siècles après lui…

J’ai encore lu récemment qu’un centre d’étude, organisé par une organisation « pour la propagation de la Kabbale » basée à Safed, proposait un stage de médecine religieuse (?), pour se soigner selon le Rambam (!). A cela, citons encore une phrase du maitre:

Il n’est pas bon de rejeter une preuve logique et raisonnable, pour suivre les paroles d’un sage isolé. Car il est possible qu’un élément lui AIT manqué ou que ses paroles ne soient en réalité que des paraboles… ( lettres du Rambam aux sages de Montpellier)

Les remèdes de nos sages… des segoulot?

S’il y a un domaine dans lequel les sages se sont largement étendus, c’est celui des médicaments.

Le Talmud consacre des pages et des pages à ces remèdes étranges (cf. par ex. le 14e chapitre de la Massechet Chabbat ou le cinquième chapitre de Kidushin). On y lit entre autres :

Celui qui s’est fait mordre par un serpent devra prendre le nourrisson d’une ânesse blanche, l’ouvrir et le mettre sur lui. Et cela, à condition que sa mère soit viable.

Celui qui est poursuivi par un serpent, s’il se trouve en présence d’un ami, il lui demandera de le prendre sur ses épaules et s’éloignera de quatre coudées… (Chabbat 110a)

Bien qu’il paraisse évident que ces remèdes soient absolument inutiles d’un point de vue strictement médical, certains pourraient être amenés à suivre ces médications pour des raisons mystiques.

Il s’agirait peut être de remèdes « magiques», ou de segoulot…

c’est pourquoi Rav Hai Gaon a statué il y a plus d’un millénaire que :

Nos sages n’étaient pas des médecins et leurs dires [a propos de la médecine] étaient basés sur leur propre expérience des maladies de leur époque. C’est pourquoi il n’existe aucun commandement nous obligeant A écouter les sages [en ce qui concerne la médecine] car ils ne parlaient que selon leurs opinions personnelles, basées sur ce qu’ils voyaient en leur temps. (Teshuvot Ha-Geonim – Harkaby, no. 394)

il est bon de souligner que le même avis est écrit explicitement par le fils du Rambam et que la majorité des rabbanim contemporains l’acceptent, du Rav Samson Raphaël Hirsch au Rav Kook, en passant par LE Rav C.Z. Auerbach…


Les erreurs scientifiques ayant une conséquence sur la Halakha

Au-delà des problèmes méta-physique, certaines erreurs scientifiques peuvent avoir une conséquence directe sur la Halakha.

Par exemple, la guemara Chabbat (107b) statue qu’il est permis de tuer les poux chabbat car ils ne seraient pas des créatures « normales » n’ayant pas de processus d’accouplement ou même de fécondation.

C’est à dire que pour nos sages, les poux naissaient spontanément de la peau de l’homme, il est d’ailleurs connu qu’il y a à peine quelques siècles DE nombreux scientifiques pensaient que les puces naissaient de la poussière…

Le Choulkhan Aroukh (א »ח ס’ שטז) tranche d’ailleurs ainsi la Halakha.

Cependant, de nos jours il est apparu clairement que les poux pondent des œufs, ce qui a ouvert un débat entre les posskim. Certains considèrent que comme les œufs sont invisibles à l’œil nu cela est considéré comme s’il n’y avait pas de fécondation (cf. Mishna Brura), d’autres l’interdisent franchement (Rav Eliachiv, Rav Auerbarch, Rav Yossef Kapach…).

Il va sans dire que leurs connaissances physiologiques n’étaient pas comparables aux nôtres et que cela a grandement influencé certaines décisions, particulièrement au niveau des lois de Nidda.

 De nombreux autres problèmes similaires existent également au niveau des pratiques conseillées par les sages. Par exemple, la Guemara Nidda (31b) recommande à ceux qui souhaitent avoir des garçons de dormir immédiatement après la relation… Il va sans dire que si les chromosomes de monsieur et madame ne conviennent pas, le mari aura beau multiplier les grasses matinées (en n’oubliant pas le zman kryat shema, bien sûr…), il n’aura pas de garçon!

Je tiens tout de même à rappeler ici les mots du Rambam a propos des halakhot basées sur des erreurs :

Tous ces cas [précités] d’animaux que les docteurs ont considéré comme non-viables, bien qu’il semble que selon notre médecine certaines de ces bêtes soient oui viables, tu ne dévieras pas de ce qu’ils t’ont enseigné, comme il est dit « selon les lois qu’ils t’enseigneront ». (Hilkhot Shekhita 10:13)

En ce qui concerne la Halakha, même si celle-ci repose sur un malentendu scientifique, nous ne sommes pas en droit de la changer.

 Noter toutefois que le Rambam n’a pas le même avis en ce qui concerne la conception du monde de nos sages, que nous sommes en droit (voir devoir) de réfuter lorsqu’elle contredit la science.

Conclusion

Les sages n’étaient pas omniscients, cela est certain.

Des sources talmudiques l’attestent même clairement ; ainsi, Rabbi Yehuda Hanassi tranche une discussion entre les sages juifs et les sages des nations à propos du cycle solaire par les mots « leurs paroles semblent plus justes que les nôtres » (Pessachim 14b).

A mon humble avis, accepter le fait que nos grands maîtres étaient aussi des êtres humains capables d’erreurs ,ce n’est que souligner encore un peu plus leur grandeur et leur sagesse. Ce n’est pas de façon magique que les sages sont arrivés à une telle compréhension mais bien par leur propre labeur.

Selon leur propre enseignement : « [celui qui dit] je n’ai pas cherché et j’ai trouvé, ne le crois pas » (Massechet Makot).

                                                             

ps : plusieurs exemples et passages de cet article sont tirés du blog http://hirhurim.blogspot.com/ (En).

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