Après trois semaines de vacances, je suis heureux d’annoncer la reprise du blog, qui sera à nouveau mis à jour régulièrement. Au lieu des thèmes habituels, je propose exceptionnellement un billet personnel, où je partagerai avec vous mes expériences de ces dernières semaines.

 

 

  1. Montréal et sa communauté juive

Premièrement, j’ai eu l’honneur d’être invité par la communauté séfarade du Québec, et plus précisément par le Centre d’études juives contemporaines Aleph.

C’est avec plaisir que j’ai découvert ce centre, dirigé par la dynamique Dr. Sonia Sarah Lipsyc. Sa particularité : son ouverture et la diversité du public. Résolument pluraliste, Aleph est ouvert à toutes et à tous ; on y croise des juifs culturels au coté de juifs pratiquants, des québécois de souche et des juifs du Maghreb. Personnellement, je suis convaincu que c’est exactement de ce genre de centres que la France aurait besoin, afin de permettre également aux juifs ne fréquentant pas les lieux d’études orthodoxes d’étudier et d’approfondir les textes de leur culture à leur rythme et sans pression extérieure.

On est en droit de se demander pourquoi la fondatrice et dirigeante, une française, n’a pas ouvert un tel centre à Paris. La réponse est simple : à ma grande surprise, les dirigeants communautaires du Québec ont un esprit ouvert et plein d’initiatives. Je dois dire que lorsqu’on connait un minimum les dirigeants du judaïsme français, un tel dynamisme est déroutant. Ainsi, c’est le directeur exécutif de la communauté séfarade du Quebec, Robert Abitbol, qui a compris ce que les dirigeants du judaïsme français refusent d’admettre : sans un minimum de nouveauté et d’audace, leur rôle principal restera l’organisation de manifestations contre l’antisémitisme grandissant, et rien n’enrayera les 40% de mariages mixtes que connait le judaïsme français.

Je dois avouer que ce constat légèrement déprimant s’accompagne de récentes discussions avec divers “acteurs” du monde juif français, s’illustrant tour à tour par leur immobilisme navrant. Dans ces conditions, comment s’étonner de la fuite des potentiels futurs leaders de la communauté juive de France, pour Israël où ailleurs ?

Mais revenons à Aleph. Le thème de mon intervention portait sur un sujet discuté à de nombreuses reprises sur le blog : “La Halakha est-elle figée ? Une réponse séfarade et orthodoxe moderne”.

Malheureusement, l’intervention n’a pas été enregistrée, mais le livret pédagogique est disponible ici. Vous y trouverez les biographies des rabbins cités, ainsi que les extraits des textes présentés.

Au-delà du thème, j’ai découvert un public intéressé et intéressant. Après 45 min d’intervention, le public avait la parole. Plusieurs questions extrêmement pertinentes ont été posées et j’ai même continué certaines discussions par emails.

Globalement, mon impression était qu’une bonne partie du public retrouvait un judaïsme qu’elle avait connu dans son enfance, et comprenait qu’au delà de la figure sentimentale du rabbin séfarade d’antan se cachait une profondeur intellectuelle et religieuse qu’elle ne soupçonnait pas forcément.

Je conclurai en paraphrasant Enrico Macias : “Les gens du Nord ont dans leur cœur le soleil qu’il n’y a pas dehors”. Et oui, la communauté juive de Montréal et la plus chaleureuse que je connaisse !

Conférence à Aleph. Merci à Julie Cohen-Bacrie pour la photo.

Conférence à Aleph.
Merci à Julie Cohen-Bacrie pour la photo.

 

 

  1. Manhattan et sa vie juive bouillonnante

Ma deuxième grande étape fut Manhattan. La vie juive New-yorkaise est réellement impressionnante pour celui qui ne la connait pas. Tout d’abord, il me semble qu’elle est la plus variées au monde. Hassidim, réformés, orthodoxes modernes, conservatives, reconstructionnistes, lituaniens et encore beaucoup d’autres courants juifs dont vous ne soupçonniez même pas le nom vivent à quelques rues les uns des autres.

D’un autre coté, la proximité ne semble pas conduire au rapprochement. Chaque juif est affilié à une communauté bien précise et n’en bouge pas vraiment…

Mais bon, pour un touriste comme moi, cette diversité reste agréable. Hébergé chez les très accueillants Sarah et Emmanuel Bloch,  j’ai pu profiter aussi bien sur le plan matériel que sur celui intellectuel/spirituel. En effet, Emmanuel m’a  fait découvrir  la magnifique bibliothèque du Jewish Theological Seminary, mais aussi un panel assez large de synagogues orthodoxes, des habads de Crown Heights au minyan orthodoxe égalitaire “Darkei Noam”. Je profite de cette plateforme pour les remercier encore une fois de leur accueil et de bien d’autres choses.

À l’image de son pays d’accueil, le judaïsme américain m’a paru dynamique mais un peu surfait. Très (trop ?) organisé, tout semble être déjà prévu d’avance. Les discours rabbiniques sont agrémentés de superlatifs typiquement américains et on favorise clairement la forme au fond (d’un autre coté, reconnaissons modestement que la France ne peut se vanter d’avoir ni forme, ni fond).

Les bons points :

Premièrement – la tolérance. Diversité oblige, même les juifs les plus orthodoxes mettront de l’eau dans leur vin avant de qualifier leur voisin non-orthodoxe d’hérétique.

Deuxièmement – la modération. Là encore, j’imagine que la diversité doit avoir un rôle non-négligeable. Globalement, les communautés sont toutes plus modérées que les communautés juives parallèles de France ou d’Israël. On croise des juifs en barbe et kippa noire dans le quartier des affaires, vision quasi-messianique quant on arrive tout droit de Jérusalem ; les synagogues orthodoxes possèdent quasiment toutes des mehitsot aérées qui donnent l’impression que l’espace synagogal n’appartient pas qu’aux hommes ; etc…

Troisièmement – la facilité de la vie juive. On se balade en kippa à New-York aussi librement qu’en Israël. On ne sent ni regard en coin, ni jugement, ni crainte ou menaces. On y mange cashère extrêmement facilement grâce aux fameux labels de casherout imprimés directement sur les emballages. Et surtout, on mange cashère sans se ruiner puisqu’à part la viande et les fromages, la quasi-totalité des autres produits s’achète en grande surface. Bravo aux différents organismes de casherout.

 

 

  1. Et Israël dans tout ça ?

Peut-être suis-je trop sioniste, mais c’est clairement le point sensible. Le judaïsme nord-américain, si tranquille, oublie qu’historiquement le mot “Juif” ne désigne pas une religion, ni même une croyance, mais une contrée : la Judée.

N’en doutez pas, ils sont pour la plupart de fervents soutiens d’Israël. Une bonne partie des synagogues récitent à l’unisson la prière pour l’État Hébreu et ses soldats. Mais Israël semble bien loin vu d’Amérique. D’ailleurs, on ne peut s’empêcher de se poser la douloureuse question de l’avenir du judaïsme américain : dans un pays où il fait bon d’être juif, l’assimilation s’arrêtera t-elle ? Les chiffres effrayants et en perpétuels augmentation me laissent croire que non…

Peut-être est-il temps de graver le célèbre vers de Rabbi Yéhouda Halevy dans les coeurs des juifs américains : “Libi Bamizrah’ va-anoh’i béssof maarav – Mon coeur est en Orient, et moi je suis au confins de l’Occident”. 

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