Orthodoxie et tolérance sont-elles compatibles ? Par Emmanuel Bloch

 

Originaire de Colmar en Alsace, Emmanuel Bloch a fait des études de droit et d’économie en Suisse, où il a travaillé, par la suite, en tant qu’avocat. Il a étudié à la yechiva de Ohr Somayach, aux Etats-Unis, puis au kollel de Genève. Il suit aujourd’hui un programme de Masters en philosophie juive (Machshevet Israel) à l’Université Hébraïque, et prévoit de se spécialiser en philosophie de la Halakha.(source : cheela.org)

Repondeur sur le site de questions/réponses juives cheela.org, Emmanuel est aussi un lecteur régulier du blog. Malgré son emploi du temps serré, Emmanuel nous fait l’honneur d’un guest post passionnant – comme toujours. Ses anciens posts sont disponibles dans la catégorie « les Billets d’Emmanuel Bloch« .

 

 

Dans ce billet, je voudrais examiner la question suivante : la foi juive orthodoxe est-elle compatible avec l’idée de  ?

A priori, l’ implique une foi. Le juif orthodoxe croit en un certain nombre de vérités axiomatiques, dont le nombre et le contenu peuvent changer d’un sous-groupe à l’autre, mais qui contiennent a minimales idées suivantes : l’existence de Dieu, l’unicité de Dieu, la Révélation de la Torah, l’avènement futur de l’Ere Messianique, l’importance des mitsvot, et d’autres encore1.

Aux yeux de l’orthodoxie, ces vérités religieuses sont des « Vérités » avec un « V » majuscule : elles sont absolument vraies. Pour un juif orthodoxe, l’athée qui ne croit pas en Dieu, le Chrétien qui admet la doctrine de la Trinité, l’archéologue qui rejette (faute de preuves sur le terrain) qu’un Exode massif ait pu avoir lieu il y a 3300 ans, etc., se trompent, purement et simplement.

Dès lors, il nous faut poser la question de l’attitude qu’un juif orthodoxe est censé adopter face à ceux qui professent des idées hétérodoxes ou hérétiques. Faut-il chercher à les détromper ? Leur faire subir des discriminations ? Ou bien, les ignorer ? Ou encore, les respecter ?

Je voudrais argumenter ici que l’idée de tolérance est non seulement parfaitement compatible avec la Torah, mais qu’elle trouve même appui dans un grand nombre de sources juives authentiques. Toutefois, sous peine de tomber dans l’apologétique, il me faut préciser d’emblée que de nombreuses idées intolérantes (voire parfaitement racistes) peuvent également être trouvées dans nos textes consacrés, et j’espère me confronter à cet écueil dans un prochain billet. Dans ce premier volet, je voudrais tout d’abord examiner quelques-uns des arguments juifs en faveur de la tolérance.

Le concept de « tolérance » a une histoire riche et complexe ; pour certains, c’est une philosophie politique (« l’Etat n’a pas à s’occuper des croyances de ses citoyens » – idée défendue notamment par Spinoza dans son Traité Théologico-Politique) ; d’autres y arrivent en suivant une position sceptique jusqu’à sa logique ultime (« puisqu’on ne pourra jamais prouver définitivement quelle religion a raison, pourquoi en préférer l’une par rapport aux autres ? »). Et d’autres positions et arguments existent encore2.

Par souci de simplification, je vais distinguer un peu grossièrement entre deux concepts voisins, que j’appellerai « tolérance » et «  ». La tolérance, dans ce sens plus restreint, c’est admettre que l’autre a le droit d’avoir tort ; une personne, même si elle est persuadée d’avoir raison et de détenir la vérité, reconnait qu’un tiers a le droit de penser et d’agir différemment (et donc de se tromper). Le pluralismeva plus loin ; une personne est pluraliste lorsqu’elle estime que les divergences d’opinions ont une valeur intrinsèque ; le pluraliste, soit qu’il doute de l’existence d’une vérité unique, soit simplement de sa capacité à la découvrir, s’estime heureux que d’autres pensent différemment de lui, il n’y voit pas une erreur supportable mais un enrichissement culturel. C’est toute la différence, par exemple, entre les philosophes John Locke (A Letter concerning Toleration, disponible ici :http://www.constitution.org/jl/tolerati.htm) et Isaiah Berlin (Four Essays on Liberty).

Le Judaïsme orthodoxe ne s’accommode qu’assez mal du pluralisme. Certes, le concept de מחלוקת (dispute entre Sages) a parfois été compris comme permettant la coexistence de plusieurs opinions légitimes, toutes « vraies » et parfaitement défendables3 ; pour autant, cela ne signifie encore pas que n’importe quelle idéesoit acceptable. En d’autres termes, il est possible que les opinions conflictuelles de rabbi Akiba et rabbi Yichmael, lorsque ces derniers sont en discussion sur un point précis de la loi, représentent deux facettes d’une Vérité supérieure ; par contre, des opinions réellement hérétiques ne peuvent être considérées autrement que comme fausses4.

Par contre, le Judaïsme orthodoxe est parfaitement compatible avec l’idée de tolérance au sens restreint, c’est-à-dire avec l’opinion selon laquelle une personne a le droit de penser et d’agir différemment. C’est même, selon toute vraisemblance, la position préconisée par la Torah – voyons maintenant pourquoi.

  1. Il est impossible de forcer quelqu’un à croire. On peut certes contraindre une personne, en employant la force physique ou en exerçant une pression mentale, à agir d’une manière donnée. Mais on ne peut jamais la forcer à croire en une idée, à être convaincu d’un argument, etc. Le for intérieur ne se commande pas.

Dans les sources juives, cet argument est apparu à différentes reprises ; il a notamment été utilisé à l’encontre du Rambam, lequel a codifié, dans la liste des 613 mitsvot établie dans le Sefer haMitsvot, une obligation de croire en l’existence de Dieu. Faux ! S’exclamèrent les critiques (comme par exemple r. ‘Hasday Crescas dans son livre Or Adonay), il est impossible que la Torah contienne un commandement de croire en Dieu, une telle chose ne se contrôle tout simplement pas. La foi n’est pas un choix de l’homme, pour qu’elle puisse se commander5.

  1. Une action n’a de sens religieux que si elle est accomplie volontairement. En employant la force physique, on peut certes forcer quelqu’un à accomplir une action qui ressemble extérieurement à une mitsva (par exemple, mettre les tefillin), mais ce comportement ne saurait avoir la moindre valeur religieuse tant que la personne n’adhère pas intérieurement à l’accomplissement de la mitsva6. Ce consentement intérieur est toute la différence entre une gesticulation forcée et un acte religieux.

Cette idée est fondamentalement juive. A toutes les époques, on retrouve des textes insistant sur le fait que l’homme est libre de choisir entre le bien et le mal, ainsi que des réflexions sur l’importance de ce libre-arbitre. Voyez par exemple le verset de Devarim 30:19, ou la Michna des Pirkei Avot 3:19. Dieu n’a pas besoin de robots, entend-on souvent ; il veut des hommes, soit des créatures qui peuvent librement choisir entre le bien et le mal, et qui de ce fait peuvent accomplir des actes religieux – des mitsvot7.

  1. Il n’est pas nécessaire d’être Juif pour avoir droit au monde futur. L’adage de Saint Cyprien de Carthage, selon lequel « hors de l’Eglise, point de salut », n’a pas d’équivalent juif. Les « Justes parmi les Nations », c’est-à-dire les non-Juifs qui respectent les 7 commandements des descendants de Noah, ont droit au monde futur, tout comme les Juifs (Rambam, Michneh Torah, Hilkhot Techouva 3:13 et Hilkhot Melakhim 8 :118).

Le Judaïsme n’est pas donc pas la seule voie pour servir Dieu, pour un non-Juif tout du moins. La foi juive et la pratique des mitsvot ont un aspect particulariste : elles ne concernent que les Juifs. Des autres peuples, Dieu a d’autres attentes.

Ces trois arguments militent fortement en faveur de la tolérance religieuse : s’il est impossible de contraindre une personne à croire ou à accomplir une mitsva contre son gré, alors la seule alternative intelligente est de laisser chaque personne penser et agir comme elle l’entend. Cela n’empêche pas le juif orthodoxe de considérer une croyance donnée comme erronée, ou un comportement spécifique comme fautif. Mais il ne peut rien y faire, alors autant l’accepter. Et les non-Juifs sont de toute manière tenus à d’autres standards.

Ainsi, le juif orthodoxe faisant face à l’Autre (qu’il soit non-orthodoxe ou non-juif) se doit d’adopter une attitude faite de tolérance religieuse. Dans cette optique, être intolérant ne revient pas à démontrer un zèle religieux pour le respect de la parole divine, mais simplement à faire preuve d’obscurantisme.

(Le prochain billet portera sur le thème : le non-Juif est-il vraiment un homme ???)

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1 La question de savoir quel est le « credo » juif minimal a fait écouler énormément d’encre, et je préfère ne pas entrer dans ce débat ici. Pour quelques livres récents sur le sujet, voyez par exemple Louis Jacobs, Beyond Reasonable Doubt, Littman Library of Jewish Civilization, London 2004 ; Marc Shapiro, the Limits of Orthodox Theology, Littman Library of Jewish Civilization, London 2004 ; Menachem Kellner, Must a Jew Believe Anything?, Littman Library of Jewish Civilization, London 2006 ; ainsi que ce très intéressant billet: http://lemondejuif.blogspot.com/ 2011/09/en-quoi-un-juif-doit-il-croire-limits.html

Il me faut également signaler que certains penseurs juifs, comme Moise Mendelssohn, étaient orthopraxes : pour eux, l’essence du Judaïsme n’est pas une doctrine mais une pratique – le respect des mitsvot. Pour les orthopraxes, en bonne logique, être religieusement tolérant ne pose pas de difficulté théorique particulière.

 

2 Voici deux références bibliographiques récentes pour ceux qui seraient curieux d’apprendre plus à ce sujet: Perez Zagorin, How the Idea of Religious Tolerance came to the West, Princeton University Press 2003 ; Michael Walzer, on Toleration, Yale University Press 1997.

 

3 Ceci fait en soi l’objet d’une discussion ; tous n’acceptent pas cette idée d’une vérité plurielle. Le Rambam, par exemple, pense que dans toute dispute talmudique, une seule opinion représente la vérité, les autres étant par définition erronées (cf. l’introduction à son Commentaire de la Michna).

Cette question, et d’autres connexes, ont été très abondamment traitées dans plusieurs livres récents, dont je ne cite ici  que les deux principaux:

אבי שגיא, אלו ואלו – משמעותה של השיח ההלכתי, הקיבוץ המאוחד, תל אביב 1996.

חנינה בן מנחם, נתן הכט, שי ווזנר, המחלוקת בהלכה, ירושלים 1991.

4 Dans les prochaines années et décennies, il sera intéressant de suivre si la philosophie postmoderne est capable de marquer de son empreinte la pensée juive orthodoxe, auquel cas nous serons éventuellement amenés à revisiter cette conclusion sur la possibilité de réconcilier le pluralisme avec l’orthodoxie.

A ce stade, l’orthodoxie postmoderne est encore largement à créer. En Israël, certains universitaires religieux se penchent sur le sujet dans leurs écrits (Chalom Rosenberg, Tamar Ross, …). Parmi les rabbins, il faut notamment signaler le rav Chimon Gershon Rosenberg (הרב שג »ר) z »l, dont les ouvrages explorent les ouvertures que la philosophie postmoderne offre au Judaïsme religieux. Ainsi, l’un de ses livres (lien :http://he.wikipedia.org/wiki/%D7%9B%D7%9C%D7%99%D7%9D_%D7%A9%D7%91%D7%95%D7%A8%D7%99%D7%9D) identifie le concept kabbalistique de la « brisure des vases » à l’idée postmoderne de la « déconstruction », faisant ainsi se rencontrer, par-delà les siècles, le Arizal et Jacques Derrida. Dans cette optique, la Vérité n’est plus universelle et objective, mais personnelle et relative. Le Juif orthodoxe a « sa » vérité, le Chrétien dispose de la sienne, ainsi que le Musulman, l’Athée, etc.

 

5 La position des critiques semble fondée. Quelle pourrait être la réponse du Rambam ? En vérité, il semble que la position maimonidienne a été mal comprise à la base. Dans la version arabe du Sefer haMitsvot, qui est la version originale puisque le livre a été rédigé dans cette langue, Maimonide ne parle aucunement d’une mitsva de croire, mais d’une mitsva de savoir que Dieu existe. Un savoir est très différence d’une croyance : il peut être prouvé. Fidèle à la position des philosophes du Moyen Age, le Rambam pensait que l’existence de Dieu pouvait être logiquement démontrée (cf. le début de la 2ème partie du Guide des Egarés pour des exemples de « preuves »). Une erreur de traduction a apparemment été commise dans la transition de l’arabe à l’hébreu, et ‘Hasday Crescas réagit à la version traduite en hébreu de Ibn Tibbon, erronée sur ce point.

 

6 Ceci est différent de la discussion halakhique classique sur la nécessité d’une intention positive – מצוות צריכות כוונה או לא ? -, car dans notre hypothèse, la personne étant complètement forcée, son intention est en fait purement négative : il s’oppose à l’accomplissement de la mitsva.

 

7 Pour la curiosité, je note que l’examen des manuscrits de la Mer Morte a démontré que la secte de Qumran était déterministe. Plus près de nous, ce fut aussi le cas de r. ‘Hasday Crescas (Espagne, 14ème siècle). Ce sont là de rares exceptions qui confirment la règle ; je ne connais aucun autre cas de déterminisme dans la très longue histoire de la pensée juive.

 

8 Cette dernière halakha a suscité plusieurs discussions devenues classiques, et a été le sujet d’une correspondance passionnante entre Moise Mendelssohn et le r. Yaakov Emden (Yaavets) ; par souci de concision, je préfère ne pas les traiter dans le cadre de ce billet.

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136 thoughts on “Orthodoxie et tolérance sont-elles compatibles ? Par Emmanuel Bloch

  1. Très intéressant comme toujours vos articles.

    Donc le pluralisme n ‘est pas compatible avec le judaïsme orthodoxe? En creusant un peu ne pourriez vous pas trouver une compatibilité!!!!

  2. tres bon article: bien construit, bien documente bien argumente! mais peut etre qu’on peut admettre une definition plus large de la tolerance: cette definition porterait sur les termes memes de la
    croyance: si on parle de Dieu, par exemple, cela peut-etre vouloir dire quelque chose meme pour un non-croyant (au sens traditionnel de ce mot) si on en elargit la definition a « sens de la vie » ou
    « origine du sens de la vie ». de meme pour le concept de Mitsva-Commandement, cela peut se traduire par « ethique de la vie » ou « sens du devoir »- ce genre de definitions plus souples a le merite de
    rassembler autour de lui un public elargi, et la question de la tolerance s’en trouve facilite, puisqu’on est d’accord sur le but (donner un sens a la vie, realiser une ethique dans son
    quotidien…) et on ne discute (sans se disputer!) que sur le moyen d’y parvenir.

  3. Merci pour cet article qui a le grand mérite de rappeler la définition du concept de tolérance. Car dans notre société moderne occidentale, ce terme est tellement galvaudé qu’il ne veut plus rien
    dire… voire parfois en vient à signifier le contraire de son sens profond !
    Tolérer ne signifie pas être d’accord avec l’Autre, ses choix, ses opinions, mais accepter la présence, à nos côtés, de l’Autre, même si nous pensons qu’il « se trompe ». Dans cette conception, la
    notion de respect de la personne (de l’Autre que moi) est selon moi essentielle. Dans ce sens, il est normal que le judaisme intègre pleinement la notion de tolérance, vu que le rapport à l’Autre,
    ou dit autrement,le soucis de l’Autre (je reprends une nouvelle fois cette formule du Rabbin Gilles Bernheim, qui a la beauté de l’évidence) est au coeur des enseignements la Torah.

    Une réflexion par rapport au pluralisme : ne peut-on envisager ce concept sous un autre angle que celui de « vérité VS fausseté » ? Si le pluralisme, c’était simplement de se dire que – même si on
    n’en comprend pas la raison profonde, la « rationnalité », les thèses qui pour nous sont fausses ont leur raison d’être, et donc quelque part une finalité, même si celle-ci nous échappe (et même si
    cette finalité n’était que de nous faire « réagir », une sorte de mise en perspective de notre Vérité, mise en perspective sans laquelle l’individu serait incapable de percevoir l’entiereté (ou
    l’unité ?) de Sa Vérité ?

  4. Très bon article! Comme tout ce qu’écrit E. Bloch en général!!!

    Par contre, pour en revenir au pluralisme, je m’attendais a ce qu’Emmanuel cite le rav Kook qui insiste sur le fait de voir le point de vérité dans chaque opinion, ce qui peut tout a fait être
    associé a l’idée de pluralisme!

  5. Merci pour votre excellent article. J’aimerai avoir votre avis sur la « non-tolérance » théologique de nombre de Juifs orthodoxes vis-à-vis des Juifs massorti et libéraux.Est-ce plutôt une question
    de pluralisme impossible ?

  6. @Janick

    Je suis heureux que vous ayez apprécié ce billet. Pour le reste, votre question me fait penser à la fameuse phrase de Blu Greenberg, une activiste féministe juive, qui a déclaré « When there is a
    rabbinic will, there is a halachic way » (en gros: si les rabbins le veulent, alors c’est halakhiquement possible).

    On voit bien à quoi il est fait référence – il semble parfois que la créativité rabbinique ne connait aucune limite, tant qu’il s’agit de sauver un enfant du statut de mamzer ou d’un autre but que
    le rabbinat considère comme défendable. Régler le problème des Messoravot Get, si les rabbins le voulaient vraiment, ne serait pas tellement difficile.

    Pour autant, cette attitude prise à l’extrême aboutit à une sorte de relativisme, dans lequel toute phrase peut vouloir dire tout et son contraire, et ne rencontre aucune limite au sens qu’elle
    peut contenir, tant qu’existe la volonté d’interpréter. Est-ce vraiment cela que nous pensons?

    Pour ma part, j’ai du mal à voir comment réconcilier orthodoxie et pluralisme. Je serais heureux de le faire, croyez-moi, et si vous pensez que je me trompe j’écoute avec intérêt vos arguments.
    Mais, à part les deux exceptions que je signale dans mon billet (le pluralisme à l’intérieur de l’orthodoxie, et l’approche post-moderniste), j’ai du mal à le concevoir.

  7. @Serge

    Merci pour ces compliments immérités. Je vois que la question du pluralisme fait réfléchir. J’essaie de penser à votre suggestion, mais …

    Votre approche revient à chercher un accord à un niveau moins détaillé. On ne parle plus de Dieu mais d’une transcendance sur laquelle il serait plus facile de s’entendre… pourquoi pas, mais même
    cette approche syncrétiste laisse néanmoins en-dehors le matérialiste de base, qui ne croit en rien. De plus, si nous tous sommes tous d’accord, ce n’est plus du pluralisme, qui implique des
    divergences par définition. Et finalement, tous ces « petits » détails ne sont pas insignifiants – le mot « dieu » ne veut plus rien dire s’il permet d’inclure à la fois le Dieu du monothéisme,
    l’énergie universelle à laquelle on se connecte et d’autres choses encore…

  8. @ Esther

    Votre idée du pluralisme comme une forme de modestie profonde de la pensée me plaît bien. On raconte qu’un étudiant demanda un jour au Baal Chem Tov pourquoi Dieu tolère l’hérésie (apikorsout).
    L’hérésie a-t-elle une utilité, et si la réponse est négative, ne faut-il pas y voir une réfutation aux thèses du hassidisme naissant, qui voulait voir la présence divine partout et dans tout ?

    Le Baal Chem Tov répondit, dans l’histoire, que l’hérésie a bien une utilité. Celui qui croise un pauvre dans la rue ne doit pas compter sur Dieu pour pourvoir à ses besoins. Face au mendiant, il
    faut être « hérétique » et se dire que, si ce n’est moi, personne d’autre ne pourvoira à ses besoins, et certainement pas Dieu.

    Donc, dans cette logique, l’athéisme et la polygamie ont peut-être une utilité pratique… Mais un droit d’exister sur un plan théorique, cela me paraît plus difficile. Si vous croyez en un Dieu
    Un, vous ne pouvez admettre que l’athéisme ou la polygamie puissent également avoir raison, sinon c’est un problème logique… non?

  9. @Yaniv

    Merci! Vous avez raison, le rav Kook et certaines de ses thèses (union des contraires) aurait mérité d’être mentionné ici, de même que d’autres penseurs d’inspirations hassidique, comme r’ Tsadok
    HaCohen de Lublin.

    Tamar Ross, lorsqu’elle écrit sur la post-modernité et l’orthodoxie, mentionne systématiquement le rav Kook, si cela vous intéresse je peux vous donner quelques réferences (on oublie souvent que
    Tamar Ross n’est pas seulement une spécialiste des questions du féminisme et religion, mais qu’elle a deux autres grands domaines d’expertise, soit le rav Kook et l’école de pensée lithuanienne
    dite du « moussar »).

  10. Chalom ouvraha,

    Le Likoute Thora demande comment peut on nous ordonner de croire en D…, de l’ aimer alors qu’ effectivement ces sentiments ne sont pas controlés.
    Celui ci de repondre comme cela:
    un enfant de 4 ans aime , a envie de bonbons, friandises, jouets ..parceque son sehel et daat n’ est pas assez developpe pour avoir envie de choses plus fines comme un bon sefer, une belle idee,
    comme cela peut etre le cas chez l’ adulte dont le sehel est plus developpé.
    Nous pouvons donc en deduire que des sentiments comme la croyance, l’ amour sont incontrolés soit , mais quand meme consequences d’ une  » hitbonenoute » , reflexion , que nous pouvons et devons
    controlés.
    Il en ressort que je ne peux me forcer ni forcer les autres a croire en lui, mais je peux et doit etre mitbonen et pousser le monde autour de moi a la hitbonenout jusque ce que ces sentiments
    emergent.
    Le monde dans lequel nous vivons est une guerre de philosophies, d’ idees, de mode de vies. Il est bien sur a proscrir d’ employer une quelquonque force pour convaincre qui que ce soit, mais de la
    meme facon que le monde qui nous entoure n’ hesite pas a nous dire ce qu’ il pense de la vie dans ce monde , de la meme facon , juste par le fait que nous soyons fideles a nos preceptes sans faire
    cas des leurs ( etre tolerant est tres bien jusqu’ a ce que cette tolerance s’ applique a nous meme) , alors cela aura surement un impact ( quoi qu’ indirect) et une influence sur le monde positive
    ,  » keitrone haor al hahocheh » de la meme facon qu’ une petite flamme peut repousser beaucoup d’ obscurite. ( d’ alleurs il est a noté que l’ obscurité n’est pas une metsioute en soit, juste un
    manque de lumiere.Comme si tout ne dependait que de notre attitude vis a vis de nous meme).

    kol touv

    ps
    A Emmanuel Bloch, l’ histoire au nom du Baal chem tov est a attribué au Kotsker.C ‘est vrai que de maniere generale le nom importe peu par rapport a l’ idee , mais la , cela touche aussi a la
    personalité de l’ auteur.

  11. Emmanuel,

    J’ai énormément apprécié votre article (comme d’habitude, il faut bien le dire). Votre approche subversive ne cesse de me séduire.

    En ce qui concerne l’idée des חסידי אוה »ע, cela me rappelle une phrase que j’avais beaucoup aimé sur Hirhurim : « Au sein de l’alliance d’Avraham la Vérité ne peut être qu’orthodoxe, mais au sein de
    l’alliance de Noach la Vérité est multiple », afin de justifier l’égale validité des autres religions entre elles. C’était dans le contexte de la philosophie du Rav J. Sacks, dans mon souvenir.

    @Yaniv aussi

    Curieusement, les défenseurs (auto-proclamés) les plus ardents de la pensée du Rav Kook limitent cette acceptation « semi-pluraliste » a la philosophie, mais la rejettent dans la pratique. Un
    compromis qui peut se défendre, mais dont l’application me laisse perpétuellement surpris…

  12. Cher Gabriel,

    ta question serai une question si nous partions juifs et goims a egalité.
    Parfois les idees sont tellement yessodites qu’ on a du mal a les exprimer de maniere concise, mais , si nous admettions qu’ il existe une certaine predisposition au rouhni ( a differencier du
    sehel) chez les juifs qui seraient comme une  » yeroucha tiveit » que l’ on tient des avots ( je n’ invente rien, ce sont les mots du meme auteur) , alors il n’ y a pas grand chose de surprenant a
    cela, car cette  » hitbonenoute » ne serai pas du domaine du sehel seulement ( domaine dans lequel les goims n’ ont rien a nous envier) mais d’ une certaine sorte de sehel rouhni…
    dans la pensee hassidique, notamment dans le tania, on distingue trois sortes de « nechamotes » ( traduis le comme tu veux)
    -nefech habeemite, ou hahyounite commune a tous les hommes , le texte l’ assimile au sang ou si on prefere ce qui nous fait vivre de la meme maniere qu’ un animal vit.

    -nefech elokite , n’ est ossekete que dans le domaine du divin ( thora, mitsvots) , particularite juive.

    -nefech Hasehelet ,s’ habille dans le sehel pour faire un pont entre les deux precedentes. Sans elle , aucune communication entre les deux premieres ne serai possible.
    elle n’ esxiste pas par exemple chez les animaux mais est tout aussi presente chez les goims que chez nous, mais sans faire office de pont.

    il en ressort que selon cette chita , il n’ y a aucun probleme a ce que notre sehel puisse nous pousser a ces sentiments et que le leur non .( sans pour autant qu’ il soit plus faible , le
    contraire ne derangerai meme pas).

    kol touv

  13. Pour ceux qui ne sont pas habitues a cette terminologie hassidique, je vous invite a parcourir le pahad itshak sur pessah.
    il y a un des premiers maamarims si je ne me trompe ou il fait ressortir une contradiction dans les birkot hachahar.

    d’ un cote  » elokai, nechama chenatata bi … » sous entendu je ne suis pas cette nechama. serais je alors un corps?

    de l’ autre  » acher yatsar et haadam… oubara bo nekavim. » comme si je n’ etais pas non plus un corps. ( voir les details)

    il en conclut a la fin du maamar que le  » moi » du juif serai le point d’ intersection entre son corps et sa nechama. ( comme un pont)

    tout cela pour dire que la aussi on retrouve pour le juif ces trois notions une nechama  » divine » ( chenatata bi tehora hi..) , un corps humain , et le  » moi » du juif faisant le pont entre les
    deux.

    j’ essaierai de trouver les refs

    kol touv

  14. @ E.Cohen

    Vos messages anticipent sur mon futur deuxième billet, dans lequel j’avais effectivement prévu de parler du début du Likoutei Amarim, et des différents types d’âme. L’âme du juif est d’un niveau
    supérieur à celui du goy! Pour vous dire la vérité, ce n’est pas le genre d’idées qui me plaisent vraiment (avec tout le respect que j’ai pour ‘habad pour bien d’autres choses).

    Mais je pense aussi parler d’autres livres qui défendent la même idée, c’est malheureusement un thème constant dans les ouvrages kabbalistiques sur la nechama. Et d’autres choses encore. Restez
    dans le coin …

  15. @Emmanuel Bloch,

    Sur le plan théorique, les idées « hérétiques » ne demandent pas le droit ou non d’exister, elles sont… que cela nous plaisent ou non. Et elles confrontent notre « vérité » à une altérité qui peut
    bien évidemment nous apparaître inadmissible car étant inconciliable.

    Par rapport au problème logique que vous soulevez : permettez-moi de l’évacuer (au risque bien sûr de le deplacer ailleurs 🙂 ) en sortant de la logique « avoir tort » VS « avoir raison », car selon
    moi, la notion de Vérité dépasse le simple fait d’être persuadé d’avoir raison (et que l’autre a tort).
    Comme j’essayais de l’exprimer plus haut, j’ai le sentiment que « notre » Vérité ne peut être perçue et approchée dans son entiereté que parce qu’en vis-à-vis, il y a une ou des « fausses
    vérités ».
    Je saute sur l’image de la flamme de lumière proposée plus haut par E. Cohen : la flamme, aussi petite soit-elle, repousse les ténèbres qui en fait n’existent pas en tant que telles.
    La lumière elle existe par elle-même, mais la perception que nous Humains en avons varie en fonction du contexte.
    Nous savons qu’une flamme éclaire, mais quelque part, c’est uniquement dans les ténèbres que nous sommes réellement capables de concevoir, de comprendre l’essence de la lumière (et son
    « utilité »).
    Dans le monde de l’Absolu, une flamme est une flamme, mais dans le monde de l’Humain, une flamme brille plus dans le noir qu’en plein soleil… ou du moins, sa brillance n’a pas le même éclat à nos
    yeux humains.

    Les ténèbres, les « fausses vérités » (athéisme, polygamie, etc) ont donc quelque part une raison d’être acceptées, non en tant que vérités mais en tant que « catalyseurs » de vérité. Leur présence
    nous oblige à aller plus loin, ou plutôt plus près de notre propre recherche de Vérité.
    Sans elles (les fausses vérités), il manquerait quelque chose. Oserais-je même dire : « si les idées fausses n’existaient pas, il faudrait les inventer » ?

    Kol touv,

    Tou Bishvat samea’h

  16. A Emmanuel Bloch

    Je ne suis pas tellement d’ accord dans le  » ame du juif superieure a l’ ame du goi »

    quand une chose est superieur a une autre , c’ est qu’ elles agissent dans le meme domaine, mais qu’ une va plus loin que l’ autre.
    ex : si une equipe de basketball marque plus de points qu’ une autre, alors, elle est superieure

    mais si nous etions dans deux metsioutes differentes, pourrions nous dire que lui est superieure a l’ autre?

    fondamentalement (fondamentalement,cad du cote du boré), il n’ y a peut etre pas de difference entre qui que ce soit ici bas puisque tout n’ est animé que par lui.

    de notre coté ( nivra) ce n’ est pas aussi simple, et peut etre que l’ homme est obligé de designer le  » bien et pas bien » en fonction du  » guiloui elokoute » qui lui est associé…

    cela rejoint un peu ce qu’ a dit esther et si vous allez nous citet des notions « kabalistiques » peut etre que cela rejoint aussi les notions de  » yihoud ilaa et yihoud titaa »…

    kol touv

  17. a Emmanuel Bloch

    dans un autre domaine, je tiens a faire remarquer que dans les halahotes traitant des bne noah, la condition pour laquelle un goy accomplissant les lois de noah lui donne acces au monde futur, est
    qu’ il reconaisse les accomplir au nom de la thora de moche qu’ hachem a donné au mont Sinai ( je ne suis pas sur des mots vu que je n’ ai pas de Rambam sous les yeux, mais cela ressemble a cela il
    me semble)

    Il en ressort que si un goy peut  » avoir tout l’ avenir devant lui » en tant que goy, ses reperes  » hachkafatiques » restent limités.

    Imaginez la chose suivante:

    c’ est un peu grossier , mais je veux faire passer une idee qui a mon sens repondrai a certaines questions ( en en soulevant d’ autres mais bon, soyons juifs…)

    mitsva de tefilin

    oublions que nous sommes bien sur le centre du monde ( je met les tefilines, parceque,et parceque…

    et mettons D.. a notre place pour quelques instants seulement.

    Si la volonte de D… dans ce monde peut se traduire dans le nom  » mitsva » , alors pour D… ,sont necessaires a l’ accomplissment de sa volonté dans ce monde et d’ apres les regles qu’ il a decide
    pour ce monde : le bras d’ un juif ( et donc un juif en vie, du cuir, des nerfs ,et tous les autres details mentionnés dans le choulhan arouh.
    De maniere plus generale la volonte globale de D… se realise avec tout ce que l’ on peut trouver ou imaginer dans ce monde , une pierre, le beth Hamikdach, un goy,une idee, une action, un juif
    que cela soit du domaine du domem,tsomeyah,hay oumedaber. pouvez vous faire une difference entre telle ou telle partie de la volonte de D… , il est indisvisible.

    J’ ai entedu une fois un grand homme dire qu’ il ne faisait pas difference entre mettre ses tefilines et apporter un verre de thé a sa femme car fondamentalement si les deux sont une mitsva, les
    deux sont la meme volonte de D…

    Mais bon revenons au centre du monde, et la ,il y en a des differences…

    une michna dans chabat affirme que si nous sortons chabat dans un endroit ou il n’ y a evidemment pas de erouv avec moins d’ un certain chiour de nourriture , nous sommes patour. La michna demande
    , et si nous sortons avec moins que le chiour de nourriture , mais dans un keli beaucoup plus lourd? La michna de repondre,  » patour, car la volonte de l’ homme est cette nourriture, et le keli est
    donc malgre son poids  » batel » par rapport a la hachivout qu’ on accorde a celle ci.
    Si nous et le monde de maniere generale sommes le keli de la volonte de D…, pour un juif de stricte observance ( al’ alsacienne cela sonne mieux que haredi non?),cad, qui essaie de cadrer sa
    volonte dans celle de D… ,les goyms,juifs,animaux,vegetaux… sont batel devant cette volonte, insignifiants. Il n’ existe donc de difference pour D… a ce niveau la.

    Mais le Keli , meme si il est batel ,existe bien tout de meme physiquement et materielement quand je sors avec chabat apres midi apres la daf ou tchoulent …De la meme facon dans le monde materiel
    dans lequel nous vivons, meme si de maniere fondamentale tout est batel a sa volonte , il est possible de trouver des differences de contenu dans les kelims …

    en d’ autres termes, on ne manque pas de respect en disant qu ‘ une casserole est plus grande qu’ une autre en contenu. l’ essentiel , c’ est la daf qui est dedans.

    kol touv

  18. A Emmanuel n »y
    Il est un point malheureusement pas du tout abordé dans cet article, celui de la Avodah Zarah. La hala’ha et parfaitement intransigeante avec toutes ces pratiques.
    Tout ce qui a été écrit dans l’article est acceptable en dehors de l’aspect ‘Avodah Zarah’.

    Je reconnais que les lois liées à ce sujet seraient très difficilement applicables de nos jours, mais force est de constater que la seule vraie intransigeance de la Torah, se situe à ce niveau.

    Kol Touv.

  19. @ Emmanuel :

    Je ne pense pas que les points qui sont cités sont de la « tolérance ». Pour rebondir sur l’exemple du dernier commentaire : les non-juifs qui ne se situent pas dans le cadre des 7 mitsvot (et il n’y
    a pas que les idolâtres, tu sais bien que les shitot sont nombreuses).

    Dire à l’autre : Rentre dans mon système et je te tolère, ce n’est pas de la tolérance comme on l’entend habituellement. Car c’est de cela qui s’agit, les 7 mitsvot rentrent dans le cadre du
    judaïsme rabbinique (je n’aime pas ce terme, mais il est le plus approprié ici). Donc les tenants de ce système créent un système interne au premier dans lequel tous peuvent êtres tolérés. Mais au
    delà, qu’en est-il ?

    Attention : Je ne dis pas que ‘Hazal prônent le rejet de l’autre. Pas du tout, il n’y a pas de racisme à proprement parler si ce n’est dans certains sifréi ‘Hassidim, dont le début du sefer haTanya
    à propos duquel il y a une discussion entre toi et E. Cohen (pour ma part il me paraît évident qu’il faille comprendre ces histoires de « neshamot juives ou non-juives » comme des idées nécessaires
    pour une certaine époque, lorsque les juifs étaient traités comme des moins de rien, ça laissait de l’espoir lorsqu’on leur disait qu’au fond ils sont supérieurs que les autres… Mais bon en
    dehors du contexte socio-culturel de l’écriture du Tanya, il n’y a plus de pertinence dans de tels propos).

    Mais le fait que ‘Hazal ne soient pas racistes ne signifient pas pour autant qu’ils soient tolérants. Ce concept ne paraît pas très approprié et on vire assez vite vers un discours apologétique à
    cause de l’emploi de mots traduisant mal le discours de ‘Hazal.

    @ Gabriel : J’ai remarqué que j’ai moi aussi employé l’expression de ‘pluralisme réglementé » dans un article. Mais réglementé à quel point ? selon quels critères ? selon quel avis discrétionnaire
    faut-il placer les limites ?
    Rav Soloveitchik a opté pour un pluralisme pragmatique. Il a jugé qu’il était nécessaire d’établir des ponts entre les différents mouvements du judaïsme, car l’intérêt général du kahal en dépendait
    (selon lui). Mais d’un autre côté il n’est jamais rentré dans une Synagogue conservative. C’est aussi la question du « Pourquoi » du pluralisme ? qui le revendique ? et dans quel objectif ?

    Amitiés à tous deux

    Yona

  20. A Yona Ghertman,

    concernant ton avis sur le Tania, il me semble que tu vas un peu vite en besogne…

    Si cela ne me derange pas du tout que certaines chitot ne tiennent pas cet avis, il n ‘en reste pas moins vrai qu’ il n’ est pas du tout l’ avis du seul baal hatania ou meme des maitres de cette
    epoque et endroit uniquement.

    Comme le rappelait Emmauel Bloch, c’ est un avis communement partagé par tous ceux qui tiennent de la Kabbala, des richonims aux aharonims, sefarades achkenazes…

    le Baal Hatania definit en toute anava son sefer dans la hakdama comme  » melaket mipi soferim ousefarim » , en designant par exemple le chlah ou son arriere arriere grand pere qu’ etait le
    maharal.
    Il cite notamment a de nombreuses reprises le Ari ou le Ramak dans des sujets de cet ordre.

    Ne voulant pas faire  » le loubavitch de service », cela m’ etonne quand meme que quelqu’ un etant passe par une yechiva comme or hahaim ( meme si on peut ne pas partager du tout la hachkafa de la
    yechiva ou kollel dans laquelle on a etudie) n’ est pas conscience que ces inianimes de  » neshamotes juives » pour te citer est aussi eune evidence pour bons nombres de sages sefarades et de toutes
    origines..

    bref, la rapidite de ton jugement , sans que pour autant tu aparaisses comme  » baki » dans ce style d’ ouvrage me laisse un peu surpris.

    un rav Soloveitchik que tu as l’ air d’ apprecier un peu plus, aurai a mon avis parlé avec beaucoup plus de koved roch d’ un sujet comme cela, alors qu’ il est connu qu’ il avait une tres grande
    estime pour le tania qu’ il aurai connu …par coeur.

    J’ espere ne pas t ‘ avoir manqué de respect.

    kol touv

  21. Bonjour,

    Merci à tous de vos commentaires!

    @ Lambez

    Oui, vous avez parfaitement raison de relever que la Avoda Zara a toujours été rejetée avec force par la Torah et les Sages.

    Maintenant, cet argument concerne plutôt le troisième point de mon billet – les 7 mitsvot des Bnei Noa’h. L’idolâtre, par définition, ne les respecte pas. Par contre, il me semble que les deux
    premiers points du billet restent applicables même à un idolâtre. En d’autres termes, le juif religieux pense que l’idolâtrie est une erreur, mais il sait qu’il ne peut contraindre son
    interlocuteur à penser différemment, donc il ne peut que tolérer.

    Maintenant, pour les musulmans, les athées et les agnostiques, le troisième point du billet reste valable. Pour les Chrétiens, tout dépend des avis. Selon le Meiri et les Tossafot, le Christianisme
    n’est pas de l’idolâtrie. Selon le Rambam si, mais a-t-il vraiment eu l’occasion dans sa vie de connaître les doctrines chrétiennes? Et puis, les juifs en général connaissent bien peu les divisions
    internes des Chrétiens. Il y a des groupes unitariens, qui ne croient pas en la Trinité, ce qui devrait à mon sens les exclure de la catégorie Avoda Zara. Bref, une situation complexe, mais on peut
    trouver des arguments solides pour soutenir que le Christianisme n’est pas de l’idolâtrie selon le Judaïsme.

    Ce qui signifie que 99.9% des non Juifs qu’un Juif rencontre ne sont pas idolâtres… votre remarque concerne les autres.

  22. @ Yona

    Je ne veux pas dire que ‘Hazal étaient tolérants, effectivement. Ce serait anachronique, tout d’abord, la tolérance étant un concept qui a été développé bien après. Et ce ne serait surtout pas
    vrai. On trouve de tout dans ‘Hazal, dont certaines idées très « ouvertes » à propos des non Juifs, et d’autres qui le sont beaucoup, beaucoup moins (et je suis d’accord avec E.Cohen sur la vision
    des non juifs al pi kabbala, sauf qu’à moi elle pose un gros gros problème). Une étude complète des idées de ‘Hazal sur les non Juifs dépasse largement le cadre de ce billet.

    Ce que je voulais dire, c’est qu’on peut trouver des sources juives à l’appui de l’idée de la tolérance. Autrement dit, que l’on peut être orthodoxe et être tolérant, sur la base de nos sources.
    J’ai conscience que l’on peut aussi être orthodoxe et raciste… j’en croise souvent! 😉

    C’est donc un billet « engagé » que j’ai écrit ici. J’ai laissé de côté ma casquette d’universitaire, ce n’est pas une étude neutre.

    A part cela, je trouve intéressant que tu « neutralises » les sources anti-goyes en limitant leur validité à leur époque spécifique. Ce raisonnement (étudier le contexte d’une source pour en
    déterminer le champ d’application), tu ne l’acceptes pas toujours. Pourquoi ici oui ? Serais-tu prêt à admettre ce que j’ai écris plus haut avec un point d’interrogation à propos du Rambam ?
    Maimonide aurait pu penser différemment à propos du Christianisme s’il avait vécu en pays chrétien…

  23. @ E.Cohen

    Merci de vos remarques. Il n’y a aucun problème à ce que vous soyez le Loubavitch de service, vous serez le Chaliah du Rabbi dans la blogosphère juive francophone 🙂

    Les sources du Baal Chem Tov sortent à l’extérieur …

    Gardons le débat sur le Tanya et les autres sifrei kabbala pour le prochain billet. Pour votre commentaire 19, vous avez parfaitement raison, mais cela entre dans la discussion entre le Yaavetz et
    Mendelssohn que je n’ai fait qu’évoquer dans une note de bas de page. En gros, la question est celle de la bonne girsa dans le Rambam, et cela change énormément le sens de qu’il a écrit. Peut-être
    y reviendrai-je dans le futur.

  24. Honetement, je n’ ai pas la meme definition du racisme que celle rapportee par les differents commentaires de ce blog.
    Cependant, la tfila doit etre  » une torture » ou necessiter un limoud en temps reel assez important pour les personnes concernees.
    elle commence … chelo assani goy… et finit par alenou lechabeyah…chelo ssanou kegoye aratsot….

  25. @ Emmanuel :

    Même dans le fond, je n’approuve pas trop ton approche que tu amènes pour appuyer l’idée que la  » tolérance  » est compatible avec les sources de ‘Hazal, car je la trouve trop apologétique. Cf. Le
    précédent exemple. Mais aussi :
    On n’oblige pas un juif à croire (sauf chez le Rambam, 1ère nuance non des moindres), mais on lui interdit de croire en d’autres choses. Si quelqu’un se pose la question « qu’y a-t-il en haut ou en
    dessous » (pour reprendre simplement la michna de ‘Hagugiga ») sa demande est illégitime, il sort alors du cadre de la croyance nécessaire. Bref, au bout d’un moment, la tolérance est limitée,
    réglementée (remarque il en va de même dans la société, on tolère un mariage homosexuel, mais on ne tolère pas d’autres choses, il y a toujours une limite quelque part, lorsque la nouveauté vient
    déranger les mœurs établies)
    L’acceptation des individus par des individus est un autre problème (rapprocher d’une main etc…). Tu peux trouver des personnes très pointues sur le respect des dogmes, sur le plan de la pensée,
    et en même temps très ouvertes sur le plan concret. ça dépend très souvent des caractères aussi.

    Pour ta question : Il est effectivement possible que le Rambam se soit exprimé différemment s’il avait vécu dans le contexte du Méïri. J’ai beaucoup étudié le sujet et j’en suis arrivé à la
    conclusion que la perception du pikoua’h nefesh entre le Mishna Beroura et d’autres a’haronim postérieurs beaucoup plus souples , est sans doute également lié au contexte.

    (si tu lis attentivement mon texte, tu verras qu’au contraire j’accorde une grande importance à la prise en compte du contexte socio-culturel dans la Pssika).

    @ E. Cohen :

    Ce que j’ai écrit ne constitue pas un manque de kavod. Au contraire, le manque de kavod face à au texte d’un Rav est d’accepter ce qui est marqué sans essayer de réfléchir dessus. J’étudie comme
    tout lamdan le Shoulkhan Aroukh haGra »Z avec les autres posskim, mais je n’accroche pas sur le plan de la pensée juive. Toutefois je suis tolérant si d’autres accrochent, pas de soucis 😉

    Yona

    PS : E. Cohen : On se connaît ? (Je demande ça car vous me tutoyez et vous me rappelez que j’étais à Or ha ‘Haïm -je ne l’avais pas oublié d’ailleurs, superbe année, Rabbanim exceptionnels sur les
    midot, mais je ne dirais pas partager à 100 /° la hashkafa du makom- ).

  26. a Y.Ghertman

    Desole pour le tutoiement, je pensais surement a tort qu il etait de mise sur ce blog.
    Je ne vous connais absolument pas, votre parcour etait mentionne au debut d un article, et il me semblait bien qu or hahaim tenait de rabbanims sefarades tel que rav Ben Tsion Abba Chaoul ou rav
    Yehouda Tsadka dont le cote hashkafique est comme je le decrivais.

    Kol touv
    Chabat chalom

  27. En fait c’était une vraie question ! Le tutoiement ne me dérange pas du tout 😉

    Donc effectivement , le Roch Yechiva est un talmid du Rav Tsion Abba Shaoul. L’aspect mystique de la Torah n’était pas enseigné dans les shiourim classiques (iyoun, békiout moussar), mais le Rav
    lui-même étudiait beaucoup la Kabbala. C’est quelqu’un d’exceptionnel, un talmid ‘hakham et un baal midot. Très tolérant également : il pouvait y avoir des kippot srougot et des ‘habbad à la
    Yechiva (alors que dans d’autres yéchivot « noires » c’est assez mal vu). Il m’aurait peut-être un peu engueulé si je m’étais exprimé comme ça, mais il aurait aussi souri du coin de la lèvre, car il
    savait que mes provocations de ce genre n’ont pas une intention de zilzoul.

    Pour la petite histoire le matin et le soir j’étais à la Yechiva. L’après-midi à Har hatsofim pour mes recherches. J’ai eu une permission pour travailler sur mon travail universitaire dans ma
    chambre pendant les heures du seder du soir. Ça c’est une vraie illustration de tolérance.

    Je te remercie de m’avoir ramené quelques années en arrière (même indirectement)

    Gut Shabbess

  28. Quelques petites remarques…

    Salut Emmanuel,

    Premièrement, je tiens à te féliciter pour ton article, il est plus que bienvenu.
    Je n’ai malheureusement pas suivi le fil de la conversation dans les commentaires, mais je réagirais sur l’article.

    Question: une personne a-t-elle réellement « le droit de penser et d’agir différemment », selon la Torah ? Les arguments que tu avances sont très intéressants.
    Je voudrais cependant faire quelques petites remarques.

    1. Il est vrai qu’il est impossible de forcer quelqu’un à croire. Toutefois, je ne crois pas que le Or H’ attaque le Rambam sur ce point, exactement. Dans la première partie de son livre, il écrit
    qu’il ne se peut pas qu’il y ait un commandement de croyance sans entité qui le commande. S’il existe une entité qui me dit quoi faire, c’est que j’y crois et si j’y crois déjà, comment pourrait-Il
    me commander de croire en lui? C’est là un problème logique. Il n’affirme absolument pas qu’on ne peut pas forcer à croire.

    De plus, la majorité des rishonim ont compté cela comme une mitzva (Sefer hamitzvot, comm. pos. 1, selon Moreh Nevouh’im II, 36 cf. encore drashot haran, 5; Smag, assin 1 (cf. brit moshe, ad loc.);
    Smak, 1; H’inouh’, 25; Azharot de Rabbi Shlomo Ibn Gavirol, Assin 11 et 12; H’aredim 9, 1-2; Ramban, hassagot sur sefer hamitzvot comm. non-pos. 1 et comm. sur la Torah Shemot 20:2, ainsi que dans
    sa drasha « Torat H’ Temima » (il y a une nouvelle édition sortie l’année dernière, avec le commentaire H’azon Yoel, il paraît qu’elle est plus précise que celle du Rav Chavel…); Ibn Ezra sur la
    Torah, ibid. et dans Yessod Mora, 7ème portique).
    Il est à noter que la preuve du Rambam dans le Sefer Hamitzvot est controversée (cf. Zohar Harakya du Tashbetz, lettre 12, selon le T.B. Horayot 8b et la réponse possible du Lev Sameah’ sur Sefer
    Hamitzvot, ad loc.; cf. encore Resp. Tashbetz I, 139; H’idoushei Rav Sh. Eiger, ramené dans le Sefer HaLikoutim; Brit moshé sur le Smag, comm. pos. 1, lettre 7; Maharam Shik, comm. 25; Avodat
    Hameleh’; h’idoushei Mahari Perla sur Rassag, I, 74a) et que Rassag et Bahag ne l’ont pas compté.
    Cependant, la légende veut que Bahag ait changé d’avis à la fin de sa vie, mais trop tard pour changer son livre.
    Il semblerait donc que les propos du Or H’ ne soient pas une preuve. Cependant, c’est une affirmation logique qui ne peut être repoussée (sauf dans certaines situations décrites dans les livres
    d’Orwell) – on ne peut pas forcer quelqu’un à penser quelque chose, ni à croire, mais on peut fortement l’influencer…
    Toutefois, une question semblable est soulevée par certains exégètes dont le Maharal (Tifferet Israel, chap. 37) et Rabbi Tzadok HaCohen de Lublin (Ressissei Layla, 15) qui posent la question
    pourquoi la première parole, anoh’i, n’est pas dite sous forme de commandement… alors que leur réponse va dans une autre direction.
    [Le Maharal, par exemple, explique que le verset vient nous affirmer, nous raconter, la présence Divine non pas comme un ordre, comme un commandement, pour dire « recevez Ma Royauté », mais plutôt
    pour nous dire quelque chose de plus profond : la phase première de la connaissance de l’existence de D’ on la connaissait déjà, cependant les mots « Je suis l’Eternel ton D’ » viennent exprimer la
    nécessité de la chose, il n’y a d’autre possibilité que de Le recevoir, car la Vérité n’est ni statistique, ni relative, ni subjective, elle est absolue sans possibilité d’être repoussée. Selon le
    Maharal, D’ n’est pas D’ selon notre volonté, mais par Sa Volonté et cela est une nécessité, c’est pour cela qu’il a retourné le Mont Sinaï sur nous et a dit : « si vous acceptez ma Torah, tant
    mieux, sinon, ici sera votre tombeau »].
    (La réponse que tu proposes dans la note 5 relativement au Rambam n’est pas la seule possible, et il faut donner une définition exacte du mot « lada’at ». J’espère à l’occasion pouvoir y revenir,
    veod h’azon lamoed.)

    2. Il faut noter que le constat du libre arbitre (dont les sources que tu ramènes parlent) n’est pas forcément lié au fait qu’une « action n’a de sens religieux que si elle est accomplie
    volontairement », si ce n’est qu’il faut accepter le fait du libre arbitre pour pouvoir agir volontairement, même dans un acte religieux.
    Ceci mis à part, dans la note 7 tu notes ne pas connaître un autre cas de déterminisme juif… quid du Admour de Izbitsa et de son disciple Rabbi Tzadok Hacohen de Lublin (déjà cité précédemment),
    leur vision du monde se retrouve même dans une piska de Orot Hatechouva du Rav Kook.

    3. Je n’ai pas compris en quoi le fait d’admettre qu’il « ne soit pas nécessaire d’être juif pour avoir une part au monde futur » était une preuve de tolérance ? Finalement, si le non-juif ne
    respecte pas les sept lois noachides, édictées par le Judaïsme, il n’aura pas part au monde futur (comme dit dans les sources que tu cites). C’est donc que le Judaïsme édicte le bon comportement,
    la juste voie à suivre, même pour les non-juifs! On n’a pas de problème à accepter quiconque suit ce que l’on dit, parce qu’on croit que c’est juste… C’est tout le contraire de la tolérance…

    En fin de compte, je suis plus que d’accord avec ta conclusion, mais je ne crois pas que tu aies amené de preuves concrètes à cela…
    En tous cas, yishar koah’.
    Kol touv et à bientôt j’espère.

  29. Merci à tous de vos commentaires que je lis ce matin! Cette discussion est un vrai plaisir.

    @ E.Cohen (commentaire 26)

    Il y a (en gros) deux manières de concevoir la spécificité d’Israël par rapport aux non Juifs.

    http://www.cheela.org/popread.php?id=53703

    Soit nous sommes juifs parce que nous sommes par essence meilleurs que les autres, soit parce que nous avons plus de devoirs qu’eux. Vous choisissez la première voie, moi la deuxième. La différence
    ne me semble pas être dans l’effort d’interprétation des mots de la tefilah. Par contre, au niveau humain …

  30. @ Yona

    Merci de ta réponse! Mais je dois avouer que certains de tes points m’ont pas mal surpris.

    1. Sur la définition de la tolérance: je veux juste être sûr que nous parlons de la même chose. La définition que j’utilise pour le mot est clairement posée dans le billet (le droit de penser
    différemment et d’avoir tort); alors quand, dans ton commentaire 27, tu mets le mot entre guillemets, ceci implique un désaccord, ou à tout le moins une distance critique… Voudrais-tu
    préciser?

    Par la suite, dans ton commentaire 29, tu emploies effectivement le mot dans un contexte très différent. Je suis convaincu que le Rosh Yeshiva dont tu parles est quelqu’un d’extraordinaire, et mon
    but n’est pas h »v de critiquer, mais enfin … quand tu as un baal techouva qui veut venir étudier dans ta yeshiva, qui fait le seder du matin, passe l’après-midi à étudier des sujets juifs, à
    l’université mais dans une approche non critique pour avoir une parnassa, et qui a besoin du seder du soir pour son travail … quelle raison aurait-il bien pu trouver de refuser? Faisais-tu quoi
    que ce soit d’interdit ? Exprimais-tu des opinions différentes des siennes ?

    2. Sur la définition de l’apologie. Tu as parfaitement le droit de ne pas être en accord avec mon approche, je le respecte. Mais je pense que ma démarche n’est pas apologétique. Elle le serait si
    je prétendais que la tolérance est la seule position de nos sources, et que j’évacuais, en les passant sous silence ou en les réinterprétant, les sources allant dans le sens contraire. Ce n’est pas
    le cas.

    Je verrais les choses ainsi. A la question « le Judaïsme est-il tolérant? », il y a 3 réponses possibles.

    a. Universitaire – réponse: tout dépend des sources. Puis, analyse des différents textes, en fonction de l’endroit, de l’époque, de la personnalité du Sage, etc.

    b. Religieuse apologétique – réponse: oui. Puis, quelques arguments en faveur de la tolérance, et silence radio sur les sources contraires.

    c. Religieuse honnête – réponse: on peut réconcilier l’idée de tolérance avec le Judaïsme orthodoxe, mais cela demande des efforts. Suivi d’une discussion honnête des sources dans les 2 sens.

    J’essaie de prendre la 3ème approche, pas la 2ème.

    3. Ton idée selon laquelle on n’oblige pas un Juif à croire est complètement fausse. Regarde la liste des Richonim cités par S.E. et qui comptent la foi en Dieu comme une mitsva positive! Et puis,
    la liste des 13 Ikkarim du Rambam n’est pas la seule, de nombreux richonim ont établi leur propre liste de croyances nécessaires, en y incluant un peu plus ou un peu moins selon les cas. Lis les
    livres cités dans ma première note de bas de page pour plus de détails, ils sont en anglais.

    Le Rambam a pourtant bien une spécificité: il est le plus sévère au niveau des conséquences. Pour lui, celui qui ne croit pas en l’un des Ikkarim n’ pas le droit au monde futur, ou bien est un
    apikoret, … Il va plus loin que les autres richonim sur ce point très précis.

    4. La question du billet est: quelle doit être l’attitude du juif orthodoxe face à celui qui ne partage pas les dogmes orthodoxes. Je ne crois pas que les questions de mariage homosexuel, etc.,
    soient liées à cette thématique.

  31. @ S.E.

    Merci pour cette longue réponse bourrée de références. J’ai souri en voyant que tu es d’accord avec le message général de l’article tout en pensant que tous mes arguments sont faux 🙂

    Comment répondrais-tu alors à ma question de base? Quels arguments en faveur d’une tolérance juive orthodoxe ? (vois avec Gabriel, cela peut parfaitement donner un autre billet sur ce blog, je
    serais très intéressé)

    Pour te répondre:

    1. Oui, je sais que ‘Hasday Crescas attaque le Rambam par d’autres moyens, y compris celui que tu mentionnes (commander de croire en Dieu est circulaire, pour commander il faut que Dieu existe). Je
    me suis limité au seul argument qui était pertinent pour mon analyse. La faute à Gabriel, qui me dit de faire court pour un billet de blog 😉

    Je n’ai pas le Ohr H’ devant moi, mais dans mon souvenir l’idée qu’on ne peut forcer qqun à croire y figure bel et bien. Si c’est important, je vérifierai pour retrouver la référence exacte.

    Je n’ai pas cherché à faire la liste exhaustive des Richonim qui affirment l’existence d’une mitsva de croire en Dieu (la légende sur le Behag n’est clairement pas partagée par le Ramban, en tout
    cas, vois ce qu’il écrit sur le Sefer haMitsvot). Ce qui m’intéressait, c’était de démontrer que cete obligation de croire pose un problème logique. Ce problème logique existe quel que soit le
    nombre de Richonim, ce n’est plus une question de majorité vs minorité.

    De la même manière, je pense que l’idée selon laquelle on ne peut forcer qqun à croire se retrouve encore ailleurs que dans Hasday Crescas. Encore une fois, mon but n’était pas d’être exhaustif
    ici, mais synthétique.

    2. Je suis désolé, je ne comprends pas bien ton argument ici.

    Pour le Mei HaShiloah et r. Tsadok, je serais très intéressé d’avoir les sources! Mais bon, cela reste toujours des exceptions à la règle…

    3. Oui. Mais vois mon commentaire 23 plus haut. Par opposition à cela, le Christianisme a proclamé pendant des siècles que le salut ne pouvait provenir qu’à travers l’Eglise. Le Judaïsme est bien
    plus ouvert sur les perspectives spirituelles de l’Autre.

    Chabbat chalom à tous!
    Emmanuel

  32. Chavouatov,

    On peut expliquer la « tolérance » de différentes manières. Il faudrait définir l’objet et le sujet pour que l’on comprenne la définition que tu apportes dans le billet : « droit de penser
    différemment et d’avoir tort » .

    Qui détermine ce droit, comment se concrétise-t-il ?

    Dans l’exemple que je donnais dans mon commentaire 29, le Rav admettait que je poursuive des études universitaires alors que pour une lui une telle chose était une erreur, puisque la seule voie
    légitime est le limoud à temps plein. Je pensais différemment et je ne m’en suis jamais caché. De même aujourd’hui au Collel.

    Cependant tu ne parles pas vraiment de cela dans ton billet, donc je reprends tes trois exemples :

    1/ Il est impossible de forcer quelqu’un à croire : cela ne signifie pas qu’il ait le droit de sortir du cadre établi, même par la pensée. Même sans rentrer dans les discussions sur les 13 ikarim,
    il y a des principes de ‘Hazal admis par tous et toute pensée contraire est prohibée (ti’hiat ha métim, michna de ‘haguiga sur la limite au questionnement, etc…). Bref, je ne vois pas dans cet
    exemple une illustration de la tolérance dans le judaïsme.

    2/ Une action n’a de sens religieux que si elle est accomplie volontairement : là je ne vois pas où tu veux en venir : quel rapport avec la tolérance ? (au passage, on ne peut pas forcer quelqu’un
    a faire une mitsva = en théorie. Cf la fantastique pirouette intellectuelle du Rambam dans « kofin oto »)

    3/ L’acceptation du ‘olam ha ba pour celui qui respecte les 7 mitsvot : Nous sommes trois dans les commentaires à avoir soulevé l’erreur, inutile de répéter ce que j’ai déjà écris. Tu réponds à SE
    que cela diffère du christianisme. Donc au mieux tu montres qu’il y a moins d’intolérance dans le judaïsme qu’ailleurs. Il y a une nuance entre « moins intolérant » et « tolérant ».

    Yona

  33. Très intéressant comme toujours vos articles.

    Donc le pluralisme n ‘est pas compatible avec le judaïsme orthodoxe? En creusant un peu ne pourriez vous pas trouver une compatibilité!!!!

  34. tres bon article: bien construit, bien documente bien argumente! mais peut etre qu’on peut admettre une definition plus large de la tolerance: cette definition porterait sur les termes memes de la
    croyance: si on parle de Dieu, par exemple, cela peut-etre vouloir dire quelque chose meme pour un non-croyant (au sens traditionnel de ce mot) si on en elargit la definition a « sens de la vie » ou
    « origine du sens de la vie ». de meme pour le concept de Mitsva-Commandement, cela peut se traduire par « ethique de la vie » ou « sens du devoir »- ce genre de definitions plus souples a le merite de
    rassembler autour de lui un public elargi, et la question de la tolerance s’en trouve facilite, puisqu’on est d’accord sur le but (donner un sens a la vie, realiser une ethique dans son
    quotidien…) et on ne discute (sans se disputer!) que sur le moyen d’y parvenir.

  35. Merci pour cet article qui a le grand mérite de rappeler la définition du concept de tolérance. Car dans notre société moderne occidentale, ce terme est tellement galvaudé qu’il ne veut plus rien
    dire… voire parfois en vient à signifier le contraire de son sens profond !
    Tolérer ne signifie pas être d’accord avec l’Autre, ses choix, ses opinions, mais accepter la présence, à nos côtés, de l’Autre, même si nous pensons qu’il « se trompe ». Dans cette conception, la
    notion de respect de la personne (de l’Autre que moi) est selon moi essentielle. Dans ce sens, il est normal que le judaisme intègre pleinement la notion de tolérance, vu que le rapport à l’Autre,
    ou dit autrement,le soucis de l’Autre (je reprends une nouvelle fois cette formule du Rabbin Gilles Bernheim, qui a la beauté de l’évidence) est au coeur des enseignements la Torah.

    Une réflexion par rapport au pluralisme : ne peut-on envisager ce concept sous un autre angle que celui de « vérité VS fausseté » ? Si le pluralisme, c’était simplement de se dire que – même si on
    n’en comprend pas la raison profonde, la « rationnalité », les thèses qui pour nous sont fausses ont leur raison d’être, et donc quelque part une finalité, même si celle-ci nous échappe (et même si
    cette finalité n’était que de nous faire « réagir », une sorte de mise en perspective de notre Vérité, mise en perspective sans laquelle l’individu serait incapable de percevoir l’entiereté (ou
    l’unité ?) de Sa Vérité ?

  36. Très bon article! Comme tout ce qu’écrit E. Bloch en général!!!

    Par contre, pour en revenir au pluralisme, je m’attendais a ce qu’Emmanuel cite le rav Kook qui insiste sur le fait de voir le point de vérité dans chaque opinion, ce qui peut tout a fait être
    associé a l’idée de pluralisme!

  37. Merci pour votre excellent article. J’aimerai avoir votre avis sur la « non-tolérance » théologique de nombre de Juifs orthodoxes vis-à-vis des Juifs massorti et libéraux.Est-ce plutôt une question
    de pluralisme impossible ?

  38. @Janick

    Je suis heureux que vous ayez apprécié ce billet. Pour le reste, votre question me fait penser à la fameuse phrase de Blu Greenberg, une activiste féministe juive, qui a déclaré « When there is a
    rabbinic will, there is a halachic way » (en gros: si les rabbins le veulent, alors c’est halakhiquement possible).

    On voit bien à quoi il est fait référence – il semble parfois que la créativité rabbinique ne connait aucune limite, tant qu’il s’agit de sauver un enfant du statut de mamzer ou d’un autre but que
    le rabbinat considère comme défendable. Régler le problème des Messoravot Get, si les rabbins le voulaient vraiment, ne serait pas tellement difficile.

    Pour autant, cette attitude prise à l’extrême aboutit à une sorte de relativisme, dans lequel toute phrase peut vouloir dire tout et son contraire, et ne rencontre aucune limite au sens qu’elle
    peut contenir, tant qu’existe la volonté d’interpréter. Est-ce vraiment cela que nous pensons?

    Pour ma part, j’ai du mal à voir comment réconcilier orthodoxie et pluralisme. Je serais heureux de le faire, croyez-moi, et si vous pensez que je me trompe j’écoute avec intérêt vos arguments.
    Mais, à part les deux exceptions que je signale dans mon billet (le pluralisme à l’intérieur de l’orthodoxie, et l’approche post-moderniste), j’ai du mal à le concevoir.

  39. @Serge

    Merci pour ces compliments immérités. Je vois que la question du pluralisme fait réfléchir. J’essaie de penser à votre suggestion, mais …

    Votre approche revient à chercher un accord à un niveau moins détaillé. On ne parle plus de Dieu mais d’une transcendance sur laquelle il serait plus facile de s’entendre… pourquoi pas, mais même
    cette approche syncrétiste laisse néanmoins en-dehors le matérialiste de base, qui ne croit en rien. De plus, si nous tous sommes tous d’accord, ce n’est plus du pluralisme, qui implique des
    divergences par définition. Et finalement, tous ces « petits » détails ne sont pas insignifiants – le mot « dieu » ne veut plus rien dire s’il permet d’inclure à la fois le Dieu du monothéisme,
    l’énergie universelle à laquelle on se connecte et d’autres choses encore…

  40. @ Esther

    Votre idée du pluralisme comme une forme de modestie profonde de la pensée me plaît bien. On raconte qu’un étudiant demanda un jour au Baal Chem Tov pourquoi Dieu tolère l’hérésie (apikorsout).
    L’hérésie a-t-elle une utilité, et si la réponse est négative, ne faut-il pas y voir une réfutation aux thèses du hassidisme naissant, qui voulait voir la présence divine partout et dans tout ?

    Le Baal Chem Tov répondit, dans l’histoire, que l’hérésie a bien une utilité. Celui qui croise un pauvre dans la rue ne doit pas compter sur Dieu pour pourvoir à ses besoins. Face au mendiant, il
    faut être « hérétique » et se dire que, si ce n’est moi, personne d’autre ne pourvoira à ses besoins, et certainement pas Dieu.

    Donc, dans cette logique, l’athéisme et la polygamie ont peut-être une utilité pratique… Mais un droit d’exister sur un plan théorique, cela me paraît plus difficile. Si vous croyez en un Dieu
    Un, vous ne pouvez admettre que l’athéisme ou la polygamie puissent également avoir raison, sinon c’est un problème logique… non?

  41. @Yaniv

    Merci! Vous avez raison, le rav Kook et certaines de ses thèses (union des contraires) aurait mérité d’être mentionné ici, de même que d’autres penseurs d’inspirations hassidique, comme r’ Tsadok
    HaCohen de Lublin.

    Tamar Ross, lorsqu’elle écrit sur la post-modernité et l’orthodoxie, mentionne systématiquement le rav Kook, si cela vous intéresse je peux vous donner quelques réferences (on oublie souvent que
    Tamar Ross n’est pas seulement une spécialiste des questions du féminisme et religion, mais qu’elle a deux autres grands domaines d’expertise, soit le rav Kook et l’école de pensée lithuanienne
    dite du « moussar »).

  42. Chalom ouvraha,

    Le Likoute Thora demande comment peut on nous ordonner de croire en D…, de l’ aimer alors qu’ effectivement ces sentiments ne sont pas controlés.
    Celui ci de repondre comme cela:
    un enfant de 4 ans aime , a envie de bonbons, friandises, jouets ..parceque son sehel et daat n’ est pas assez developpe pour avoir envie de choses plus fines comme un bon sefer, une belle idee,
    comme cela peut etre le cas chez l’ adulte dont le sehel est plus developpé.
    Nous pouvons donc en deduire que des sentiments comme la croyance, l’ amour sont incontrolés soit , mais quand meme consequences d’ une  » hitbonenoute » , reflexion , que nous pouvons et devons
    controlés.
    Il en ressort que je ne peux me forcer ni forcer les autres a croire en lui, mais je peux et doit etre mitbonen et pousser le monde autour de moi a la hitbonenout jusque ce que ces sentiments
    emergent.
    Le monde dans lequel nous vivons est une guerre de philosophies, d’ idees, de mode de vies. Il est bien sur a proscrir d’ employer une quelquonque force pour convaincre qui que ce soit, mais de la
    meme facon que le monde qui nous entoure n’ hesite pas a nous dire ce qu’ il pense de la vie dans ce monde , de la meme facon , juste par le fait que nous soyons fideles a nos preceptes sans faire
    cas des leurs ( etre tolerant est tres bien jusqu’ a ce que cette tolerance s’ applique a nous meme) , alors cela aura surement un impact ( quoi qu’ indirect) et une influence sur le monde positive
    ,  » keitrone haor al hahocheh » de la meme facon qu’ une petite flamme peut repousser beaucoup d’ obscurite. ( d’ alleurs il est a noté que l’ obscurité n’est pas une metsioute en soit, juste un
    manque de lumiere.Comme si tout ne dependait que de notre attitude vis a vis de nous meme).

    kol touv

    ps
    A Emmanuel Bloch, l’ histoire au nom du Baal chem tov est a attribué au Kotsker.C ‘est vrai que de maniere generale le nom importe peu par rapport a l’ idee , mais la , cela touche aussi a la
    personalité de l’ auteur.

  43. Emmanuel,

    J’ai énormément apprécié votre article (comme d’habitude, il faut bien le dire). Votre approche subversive ne cesse de me séduire.

    En ce qui concerne l’idée des חסידי אוה »ע, cela me rappelle une phrase que j’avais beaucoup aimé sur Hirhurim : « Au sein de l’alliance d’Avraham la Vérité ne peut être qu’orthodoxe, mais au sein de
    l’alliance de Noach la Vérité est multiple », afin de justifier l’égale validité des autres religions entre elles. C’était dans le contexte de la philosophie du Rav J. Sacks, dans mon souvenir.

    @Yaniv aussi

    Curieusement, les défenseurs (auto-proclamés) les plus ardents de la pensée du Rav Kook limitent cette acceptation « semi-pluraliste » a la philosophie, mais la rejettent dans la pratique. Un
    compromis qui peut se défendre, mais dont l’application me laisse perpétuellement surpris…

  44. Cher Gabriel,

    ta question serai une question si nous partions juifs et goims a egalité.
    Parfois les idees sont tellement yessodites qu’ on a du mal a les exprimer de maniere concise, mais , si nous admettions qu’ il existe une certaine predisposition au rouhni ( a differencier du
    sehel) chez les juifs qui seraient comme une  » yeroucha tiveit » que l’ on tient des avots ( je n’ invente rien, ce sont les mots du meme auteur) , alors il n’ y a pas grand chose de surprenant a
    cela, car cette  » hitbonenoute » ne serai pas du domaine du sehel seulement ( domaine dans lequel les goims n’ ont rien a nous envier) mais d’ une certaine sorte de sehel rouhni…
    dans la pensee hassidique, notamment dans le tania, on distingue trois sortes de « nechamotes » ( traduis le comme tu veux)
    -nefech habeemite, ou hahyounite commune a tous les hommes , le texte l’ assimile au sang ou si on prefere ce qui nous fait vivre de la meme maniere qu’ un animal vit.

    -nefech elokite , n’ est ossekete que dans le domaine du divin ( thora, mitsvots) , particularite juive.

    -nefech Hasehelet ,s’ habille dans le sehel pour faire un pont entre les deux precedentes. Sans elle , aucune communication entre les deux premieres ne serai possible.
    elle n’ esxiste pas par exemple chez les animaux mais est tout aussi presente chez les goims que chez nous, mais sans faire office de pont.

    il en ressort que selon cette chita , il n’ y a aucun probleme a ce que notre sehel puisse nous pousser a ces sentiments et que le leur non .( sans pour autant qu’ il soit plus faible , le
    contraire ne derangerai meme pas).

    kol touv

  45. Pour ceux qui ne sont pas habitues a cette terminologie hassidique, je vous invite a parcourir le pahad itshak sur pessah.
    il y a un des premiers maamarims si je ne me trompe ou il fait ressortir une contradiction dans les birkot hachahar.

    d’ un cote  » elokai, nechama chenatata bi … » sous entendu je ne suis pas cette nechama. serais je alors un corps?

    de l’ autre  » acher yatsar et haadam… oubara bo nekavim. » comme si je n’ etais pas non plus un corps. ( voir les details)

    il en conclut a la fin du maamar que le  » moi » du juif serai le point d’ intersection entre son corps et sa nechama. ( comme un pont)

    tout cela pour dire que la aussi on retrouve pour le juif ces trois notions une nechama  » divine » ( chenatata bi tehora hi..) , un corps humain , et le  » moi » du juif faisant le pont entre les
    deux.

    j’ essaierai de trouver les refs

    kol touv

  46. @ E.Cohen

    Vos messages anticipent sur mon futur deuxième billet, dans lequel j’avais effectivement prévu de parler du début du Likoutei Amarim, et des différents types d’âme. L’âme du juif est d’un niveau
    supérieur à celui du goy! Pour vous dire la vérité, ce n’est pas le genre d’idées qui me plaisent vraiment (avec tout le respect que j’ai pour ‘habad pour bien d’autres choses).

    Mais je pense aussi parler d’autres livres qui défendent la même idée, c’est malheureusement un thème constant dans les ouvrages kabbalistiques sur la nechama. Et d’autres choses encore. Restez
    dans le coin …

  47. @Emmanuel Bloch,

    Sur le plan théorique, les idées « hérétiques » ne demandent pas le droit ou non d’exister, elles sont… que cela nous plaisent ou non. Et elles confrontent notre « vérité » à une altérité qui peut
    bien évidemment nous apparaître inadmissible car étant inconciliable.

    Par rapport au problème logique que vous soulevez : permettez-moi de l’évacuer (au risque bien sûr de le deplacer ailleurs 🙂 ) en sortant de la logique « avoir tort » VS « avoir raison », car selon
    moi, la notion de Vérité dépasse le simple fait d’être persuadé d’avoir raison (et que l’autre a tort).
    Comme j’essayais de l’exprimer plus haut, j’ai le sentiment que « notre » Vérité ne peut être perçue et approchée dans son entiereté que parce qu’en vis-à-vis, il y a une ou des « fausses
    vérités ».
    Je saute sur l’image de la flamme de lumière proposée plus haut par E. Cohen : la flamme, aussi petite soit-elle, repousse les ténèbres qui en fait n’existent pas en tant que telles.
    La lumière elle existe par elle-même, mais la perception que nous Humains en avons varie en fonction du contexte.
    Nous savons qu’une flamme éclaire, mais quelque part, c’est uniquement dans les ténèbres que nous sommes réellement capables de concevoir, de comprendre l’essence de la lumière (et son
    « utilité »).
    Dans le monde de l’Absolu, une flamme est une flamme, mais dans le monde de l’Humain, une flamme brille plus dans le noir qu’en plein soleil… ou du moins, sa brillance n’a pas le même éclat à nos
    yeux humains.

    Les ténèbres, les « fausses vérités » (athéisme, polygamie, etc) ont donc quelque part une raison d’être acceptées, non en tant que vérités mais en tant que « catalyseurs » de vérité. Leur présence
    nous oblige à aller plus loin, ou plutôt plus près de notre propre recherche de Vérité.
    Sans elles (les fausses vérités), il manquerait quelque chose. Oserais-je même dire : « si les idées fausses n’existaient pas, il faudrait les inventer » ?

    Kol touv,

    Tou Bishvat samea’h

  48. A Emmanuel Bloch

    Je ne suis pas tellement d’ accord dans le  » ame du juif superieure a l’ ame du goi »

    quand une chose est superieur a une autre , c’ est qu’ elles agissent dans le meme domaine, mais qu’ une va plus loin que l’ autre.
    ex : si une equipe de basketball marque plus de points qu’ une autre, alors, elle est superieure

    mais si nous etions dans deux metsioutes differentes, pourrions nous dire que lui est superieure a l’ autre?

    fondamentalement (fondamentalement,cad du cote du boré), il n’ y a peut etre pas de difference entre qui que ce soit ici bas puisque tout n’ est animé que par lui.

    de notre coté ( nivra) ce n’ est pas aussi simple, et peut etre que l’ homme est obligé de designer le  » bien et pas bien » en fonction du  » guiloui elokoute » qui lui est associé…

    cela rejoint un peu ce qu’ a dit esther et si vous allez nous citet des notions « kabalistiques » peut etre que cela rejoint aussi les notions de  » yihoud ilaa et yihoud titaa »…

    kol touv

  49. a Emmanuel Bloch

    dans un autre domaine, je tiens a faire remarquer que dans les halahotes traitant des bne noah, la condition pour laquelle un goy accomplissant les lois de noah lui donne acces au monde futur, est
    qu’ il reconaisse les accomplir au nom de la thora de moche qu’ hachem a donné au mont Sinai ( je ne suis pas sur des mots vu que je n’ ai pas de Rambam sous les yeux, mais cela ressemble a cela il
    me semble)

    Il en ressort que si un goy peut  » avoir tout l’ avenir devant lui » en tant que goy, ses reperes  » hachkafatiques » restent limités.

    Imaginez la chose suivante:

    c’ est un peu grossier , mais je veux faire passer une idee qui a mon sens repondrai a certaines questions ( en en soulevant d’ autres mais bon, soyons juifs…)

    mitsva de tefilin

    oublions que nous sommes bien sur le centre du monde ( je met les tefilines, parceque,et parceque…

    et mettons D.. a notre place pour quelques instants seulement.

    Si la volonte de D… dans ce monde peut se traduire dans le nom  » mitsva » , alors pour D… ,sont necessaires a l’ accomplissment de sa volonté dans ce monde et d’ apres les regles qu’ il a decide
    pour ce monde : le bras d’ un juif ( et donc un juif en vie, du cuir, des nerfs ,et tous les autres details mentionnés dans le choulhan arouh.
    De maniere plus generale la volonte globale de D… se realise avec tout ce que l’ on peut trouver ou imaginer dans ce monde , une pierre, le beth Hamikdach, un goy,une idee, une action, un juif
    que cela soit du domaine du domem,tsomeyah,hay oumedaber. pouvez vous faire une difference entre telle ou telle partie de la volonte de D… , il est indisvisible.

    J’ ai entedu une fois un grand homme dire qu’ il ne faisait pas difference entre mettre ses tefilines et apporter un verre de thé a sa femme car fondamentalement si les deux sont une mitsva, les
    deux sont la meme volonte de D…

    Mais bon revenons au centre du monde, et la ,il y en a des differences…

    une michna dans chabat affirme que si nous sortons chabat dans un endroit ou il n’ y a evidemment pas de erouv avec moins d’ un certain chiour de nourriture , nous sommes patour. La michna demande
    , et si nous sortons avec moins que le chiour de nourriture , mais dans un keli beaucoup plus lourd? La michna de repondre,  » patour, car la volonte de l’ homme est cette nourriture, et le keli est
    donc malgre son poids  » batel » par rapport a la hachivout qu’ on accorde a celle ci.
    Si nous et le monde de maniere generale sommes le keli de la volonte de D…, pour un juif de stricte observance ( al’ alsacienne cela sonne mieux que haredi non?),cad, qui essaie de cadrer sa
    volonte dans celle de D… ,les goyms,juifs,animaux,vegetaux… sont batel devant cette volonte, insignifiants. Il n’ existe donc de difference pour D… a ce niveau la.

    Mais le Keli , meme si il est batel ,existe bien tout de meme physiquement et materielement quand je sors avec chabat apres midi apres la daf ou tchoulent …De la meme facon dans le monde materiel
    dans lequel nous vivons, meme si de maniere fondamentale tout est batel a sa volonte , il est possible de trouver des differences de contenu dans les kelims …

    en d’ autres termes, on ne manque pas de respect en disant qu ‘ une casserole est plus grande qu’ une autre en contenu. l’ essentiel , c’ est la daf qui est dedans.

    kol touv

  50. A Emmanuel n »y
    Il est un point malheureusement pas du tout abordé dans cet article, celui de la Avodah Zarah. La hala’ha et parfaitement intransigeante avec toutes ces pratiques.
    Tout ce qui a été écrit dans l’article est acceptable en dehors de l’aspect ‘Avodah Zarah’.

    Je reconnais que les lois liées à ce sujet seraient très difficilement applicables de nos jours, mais force est de constater que la seule vraie intransigeance de la Torah, se situe à ce niveau.

    Kol Touv.

  51. @ Emmanuel :

    Je ne pense pas que les points qui sont cités sont de la « tolérance ». Pour rebondir sur l’exemple du dernier commentaire : les non-juifs qui ne se situent pas dans le cadre des 7 mitsvot (et il n’y
    a pas que les idolâtres, tu sais bien que les shitot sont nombreuses).

    Dire à l’autre : Rentre dans mon système et je te tolère, ce n’est pas de la tolérance comme on l’entend habituellement. Car c’est de cela qui s’agit, les 7 mitsvot rentrent dans le cadre du
    judaïsme rabbinique (je n’aime pas ce terme, mais il est le plus approprié ici). Donc les tenants de ce système créent un système interne au premier dans lequel tous peuvent êtres tolérés. Mais au
    delà, qu’en est-il ?

    Attention : Je ne dis pas que ‘Hazal prônent le rejet de l’autre. Pas du tout, il n’y a pas de racisme à proprement parler si ce n’est dans certains sifréi ‘Hassidim, dont le début du sefer haTanya
    à propos duquel il y a une discussion entre toi et E. Cohen (pour ma part il me paraît évident qu’il faille comprendre ces histoires de « neshamot juives ou non-juives » comme des idées nécessaires
    pour une certaine époque, lorsque les juifs étaient traités comme des moins de rien, ça laissait de l’espoir lorsqu’on leur disait qu’au fond ils sont supérieurs que les autres… Mais bon en
    dehors du contexte socio-culturel de l’écriture du Tanya, il n’y a plus de pertinence dans de tels propos).

    Mais le fait que ‘Hazal ne soient pas racistes ne signifient pas pour autant qu’ils soient tolérants. Ce concept ne paraît pas très approprié et on vire assez vite vers un discours apologétique à
    cause de l’emploi de mots traduisant mal le discours de ‘Hazal.

    @ Gabriel : J’ai remarqué que j’ai moi aussi employé l’expression de ‘pluralisme réglementé » dans un article. Mais réglementé à quel point ? selon quels critères ? selon quel avis discrétionnaire
    faut-il placer les limites ?
    Rav Soloveitchik a opté pour un pluralisme pragmatique. Il a jugé qu’il était nécessaire d’établir des ponts entre les différents mouvements du judaïsme, car l’intérêt général du kahal en dépendait
    (selon lui). Mais d’un autre côté il n’est jamais rentré dans une Synagogue conservative. C’est aussi la question du « Pourquoi » du pluralisme ? qui le revendique ? et dans quel objectif ?

    Amitiés à tous deux

    Yona

  52. A Yona Ghertman,

    concernant ton avis sur le Tania, il me semble que tu vas un peu vite en besogne…

    Si cela ne me derange pas du tout que certaines chitot ne tiennent pas cet avis, il n ‘en reste pas moins vrai qu’ il n’ est pas du tout l’ avis du seul baal hatania ou meme des maitres de cette
    epoque et endroit uniquement.

    Comme le rappelait Emmauel Bloch, c’ est un avis communement partagé par tous ceux qui tiennent de la Kabbala, des richonims aux aharonims, sefarades achkenazes…

    le Baal Hatania definit en toute anava son sefer dans la hakdama comme  » melaket mipi soferim ousefarim » , en designant par exemple le chlah ou son arriere arriere grand pere qu’ etait le
    maharal.
    Il cite notamment a de nombreuses reprises le Ari ou le Ramak dans des sujets de cet ordre.

    Ne voulant pas faire  » le loubavitch de service », cela m’ etonne quand meme que quelqu’ un etant passe par une yechiva comme or hahaim ( meme si on peut ne pas partager du tout la hachkafa de la
    yechiva ou kollel dans laquelle on a etudie) n’ est pas conscience que ces inianimes de  » neshamotes juives » pour te citer est aussi eune evidence pour bons nombres de sages sefarades et de toutes
    origines..

    bref, la rapidite de ton jugement , sans que pour autant tu aparaisses comme  » baki » dans ce style d’ ouvrage me laisse un peu surpris.

    un rav Soloveitchik que tu as l’ air d’ apprecier un peu plus, aurai a mon avis parlé avec beaucoup plus de koved roch d’ un sujet comme cela, alors qu’ il est connu qu’ il avait une tres grande
    estime pour le tania qu’ il aurai connu …par coeur.

    J’ espere ne pas t ‘ avoir manqué de respect.

    kol touv

  53. Bonjour,

    Merci à tous de vos commentaires!

    @ Lambez

    Oui, vous avez parfaitement raison de relever que la Avoda Zara a toujours été rejetée avec force par la Torah et les Sages.

    Maintenant, cet argument concerne plutôt le troisième point de mon billet – les 7 mitsvot des Bnei Noa’h. L’idolâtre, par définition, ne les respecte pas. Par contre, il me semble que les deux
    premiers points du billet restent applicables même à un idolâtre. En d’autres termes, le juif religieux pense que l’idolâtrie est une erreur, mais il sait qu’il ne peut contraindre son
    interlocuteur à penser différemment, donc il ne peut que tolérer.

    Maintenant, pour les musulmans, les athées et les agnostiques, le troisième point du billet reste valable. Pour les Chrétiens, tout dépend des avis. Selon le Meiri et les Tossafot, le Christianisme
    n’est pas de l’idolâtrie. Selon le Rambam si, mais a-t-il vraiment eu l’occasion dans sa vie de connaître les doctrines chrétiennes? Et puis, les juifs en général connaissent bien peu les divisions
    internes des Chrétiens. Il y a des groupes unitariens, qui ne croient pas en la Trinité, ce qui devrait à mon sens les exclure de la catégorie Avoda Zara. Bref, une situation complexe, mais on peut
    trouver des arguments solides pour soutenir que le Christianisme n’est pas de l’idolâtrie selon le Judaïsme.

    Ce qui signifie que 99.9% des non Juifs qu’un Juif rencontre ne sont pas idolâtres… votre remarque concerne les autres.

  54. @ Yona

    Je ne veux pas dire que ‘Hazal étaient tolérants, effectivement. Ce serait anachronique, tout d’abord, la tolérance étant un concept qui a été développé bien après. Et ce ne serait surtout pas
    vrai. On trouve de tout dans ‘Hazal, dont certaines idées très « ouvertes » à propos des non Juifs, et d’autres qui le sont beaucoup, beaucoup moins (et je suis d’accord avec E.Cohen sur la vision
    des non juifs al pi kabbala, sauf qu’à moi elle pose un gros gros problème). Une étude complète des idées de ‘Hazal sur les non Juifs dépasse largement le cadre de ce billet.

    Ce que je voulais dire, c’est qu’on peut trouver des sources juives à l’appui de l’idée de la tolérance. Autrement dit, que l’on peut être orthodoxe et être tolérant, sur la base de nos sources.
    J’ai conscience que l’on peut aussi être orthodoxe et raciste… j’en croise souvent! 😉

    C’est donc un billet « engagé » que j’ai écrit ici. J’ai laissé de côté ma casquette d’universitaire, ce n’est pas une étude neutre.

    A part cela, je trouve intéressant que tu « neutralises » les sources anti-goyes en limitant leur validité à leur époque spécifique. Ce raisonnement (étudier le contexte d’une source pour en
    déterminer le champ d’application), tu ne l’acceptes pas toujours. Pourquoi ici oui ? Serais-tu prêt à admettre ce que j’ai écris plus haut avec un point d’interrogation à propos du Rambam ?
    Maimonide aurait pu penser différemment à propos du Christianisme s’il avait vécu en pays chrétien…

  55. @ E.Cohen

    Merci de vos remarques. Il n’y a aucun problème à ce que vous soyez le Loubavitch de service, vous serez le Chaliah du Rabbi dans la blogosphère juive francophone 🙂

    Les sources du Baal Chem Tov sortent à l’extérieur …

    Gardons le débat sur le Tanya et les autres sifrei kabbala pour le prochain billet. Pour votre commentaire 19, vous avez parfaitement raison, mais cela entre dans la discussion entre le Yaavetz et
    Mendelssohn que je n’ai fait qu’évoquer dans une note de bas de page. En gros, la question est celle de la bonne girsa dans le Rambam, et cela change énormément le sens de qu’il a écrit. Peut-être
    y reviendrai-je dans le futur.

  56. Honetement, je n’ ai pas la meme definition du racisme que celle rapportee par les differents commentaires de ce blog.
    Cependant, la tfila doit etre  » une torture » ou necessiter un limoud en temps reel assez important pour les personnes concernees.
    elle commence … chelo assani goy… et finit par alenou lechabeyah…chelo ssanou kegoye aratsot….

  57. @ Emmanuel :

    Même dans le fond, je n’approuve pas trop ton approche que tu amènes pour appuyer l’idée que la  » tolérance  » est compatible avec les sources de ‘Hazal, car je la trouve trop apologétique. Cf. Le
    précédent exemple. Mais aussi :
    On n’oblige pas un juif à croire (sauf chez le Rambam, 1ère nuance non des moindres), mais on lui interdit de croire en d’autres choses. Si quelqu’un se pose la question « qu’y a-t-il en haut ou en
    dessous » (pour reprendre simplement la michna de ‘Hagugiga ») sa demande est illégitime, il sort alors du cadre de la croyance nécessaire. Bref, au bout d’un moment, la tolérance est limitée,
    réglementée (remarque il en va de même dans la société, on tolère un mariage homosexuel, mais on ne tolère pas d’autres choses, il y a toujours une limite quelque part, lorsque la nouveauté vient
    déranger les mœurs établies)
    L’acceptation des individus par des individus est un autre problème (rapprocher d’une main etc…). Tu peux trouver des personnes très pointues sur le respect des dogmes, sur le plan de la pensée,
    et en même temps très ouvertes sur le plan concret. ça dépend très souvent des caractères aussi.

    Pour ta question : Il est effectivement possible que le Rambam se soit exprimé différemment s’il avait vécu dans le contexte du Méïri. J’ai beaucoup étudié le sujet et j’en suis arrivé à la
    conclusion que la perception du pikoua’h nefesh entre le Mishna Beroura et d’autres a’haronim postérieurs beaucoup plus souples , est sans doute également lié au contexte.

    (si tu lis attentivement mon texte, tu verras qu’au contraire j’accorde une grande importance à la prise en compte du contexte socio-culturel dans la Pssika).

    @ E. Cohen :

    Ce que j’ai écrit ne constitue pas un manque de kavod. Au contraire, le manque de kavod face à au texte d’un Rav est d’accepter ce qui est marqué sans essayer de réfléchir dessus. J’étudie comme
    tout lamdan le Shoulkhan Aroukh haGra »Z avec les autres posskim, mais je n’accroche pas sur le plan de la pensée juive. Toutefois je suis tolérant si d’autres accrochent, pas de soucis 😉

    Yona

    PS : E. Cohen : On se connaît ? (Je demande ça car vous me tutoyez et vous me rappelez que j’étais à Or ha ‘Haïm -je ne l’avais pas oublié d’ailleurs, superbe année, Rabbanim exceptionnels sur les
    midot, mais je ne dirais pas partager à 100 /° la hashkafa du makom- ).

  58. a Y.Ghertman

    Desole pour le tutoiement, je pensais surement a tort qu il etait de mise sur ce blog.
    Je ne vous connais absolument pas, votre parcour etait mentionne au debut d un article, et il me semblait bien qu or hahaim tenait de rabbanims sefarades tel que rav Ben Tsion Abba Chaoul ou rav
    Yehouda Tsadka dont le cote hashkafique est comme je le decrivais.

    Kol touv
    Chabat chalom

  59. En fait c’était une vraie question ! Le tutoiement ne me dérange pas du tout 😉

    Donc effectivement , le Roch Yechiva est un talmid du Rav Tsion Abba Shaoul. L’aspect mystique de la Torah n’était pas enseigné dans les shiourim classiques (iyoun, békiout moussar), mais le Rav
    lui-même étudiait beaucoup la Kabbala. C’est quelqu’un d’exceptionnel, un talmid ‘hakham et un baal midot. Très tolérant également : il pouvait y avoir des kippot srougot et des ‘habbad à la
    Yechiva (alors que dans d’autres yéchivot « noires » c’est assez mal vu). Il m’aurait peut-être un peu engueulé si je m’étais exprimé comme ça, mais il aurait aussi souri du coin de la lèvre, car il
    savait que mes provocations de ce genre n’ont pas une intention de zilzoul.

    Pour la petite histoire le matin et le soir j’étais à la Yechiva. L’après-midi à Har hatsofim pour mes recherches. J’ai eu une permission pour travailler sur mon travail universitaire dans ma
    chambre pendant les heures du seder du soir. Ça c’est une vraie illustration de tolérance.

    Je te remercie de m’avoir ramené quelques années en arrière (même indirectement)

    Gut Shabbess

  60. Quelques petites remarques…

    Salut Emmanuel,

    Premièrement, je tiens à te féliciter pour ton article, il est plus que bienvenu.
    Je n’ai malheureusement pas suivi le fil de la conversation dans les commentaires, mais je réagirais sur l’article.

    Question: une personne a-t-elle réellement « le droit de penser et d’agir différemment », selon la Torah ? Les arguments que tu avances sont très intéressants.
    Je voudrais cependant faire quelques petites remarques.

    1. Il est vrai qu’il est impossible de forcer quelqu’un à croire. Toutefois, je ne crois pas que le Or H’ attaque le Rambam sur ce point, exactement. Dans la première partie de son livre, il écrit
    qu’il ne se peut pas qu’il y ait un commandement de croyance sans entité qui le commande. S’il existe une entité qui me dit quoi faire, c’est que j’y crois et si j’y crois déjà, comment pourrait-Il
    me commander de croire en lui? C’est là un problème logique. Il n’affirme absolument pas qu’on ne peut pas forcer à croire.

    De plus, la majorité des rishonim ont compté cela comme une mitzva (Sefer hamitzvot, comm. pos. 1, selon Moreh Nevouh’im II, 36 cf. encore drashot haran, 5; Smag, assin 1 (cf. brit moshe, ad loc.);
    Smak, 1; H’inouh’, 25; Azharot de Rabbi Shlomo Ibn Gavirol, Assin 11 et 12; H’aredim 9, 1-2; Ramban, hassagot sur sefer hamitzvot comm. non-pos. 1 et comm. sur la Torah Shemot 20:2, ainsi que dans
    sa drasha « Torat H’ Temima » (il y a une nouvelle édition sortie l’année dernière, avec le commentaire H’azon Yoel, il paraît qu’elle est plus précise que celle du Rav Chavel…); Ibn Ezra sur la
    Torah, ibid. et dans Yessod Mora, 7ème portique).
    Il est à noter que la preuve du Rambam dans le Sefer Hamitzvot est controversée (cf. Zohar Harakya du Tashbetz, lettre 12, selon le T.B. Horayot 8b et la réponse possible du Lev Sameah’ sur Sefer
    Hamitzvot, ad loc.; cf. encore Resp. Tashbetz I, 139; H’idoushei Rav Sh. Eiger, ramené dans le Sefer HaLikoutim; Brit moshé sur le Smag, comm. pos. 1, lettre 7; Maharam Shik, comm. 25; Avodat
    Hameleh’; h’idoushei Mahari Perla sur Rassag, I, 74a) et que Rassag et Bahag ne l’ont pas compté.
    Cependant, la légende veut que Bahag ait changé d’avis à la fin de sa vie, mais trop tard pour changer son livre.
    Il semblerait donc que les propos du Or H’ ne soient pas une preuve. Cependant, c’est une affirmation logique qui ne peut être repoussée (sauf dans certaines situations décrites dans les livres
    d’Orwell) – on ne peut pas forcer quelqu’un à penser quelque chose, ni à croire, mais on peut fortement l’influencer…
    Toutefois, une question semblable est soulevée par certains exégètes dont le Maharal (Tifferet Israel, chap. 37) et Rabbi Tzadok HaCohen de Lublin (Ressissei Layla, 15) qui posent la question
    pourquoi la première parole, anoh’i, n’est pas dite sous forme de commandement… alors que leur réponse va dans une autre direction.
    [Le Maharal, par exemple, explique que le verset vient nous affirmer, nous raconter, la présence Divine non pas comme un ordre, comme un commandement, pour dire « recevez Ma Royauté », mais plutôt
    pour nous dire quelque chose de plus profond : la phase première de la connaissance de l’existence de D’ on la connaissait déjà, cependant les mots « Je suis l’Eternel ton D’ » viennent exprimer la
    nécessité de la chose, il n’y a d’autre possibilité que de Le recevoir, car la Vérité n’est ni statistique, ni relative, ni subjective, elle est absolue sans possibilité d’être repoussée. Selon le
    Maharal, D’ n’est pas D’ selon notre volonté, mais par Sa Volonté et cela est une nécessité, c’est pour cela qu’il a retourné le Mont Sinaï sur nous et a dit : « si vous acceptez ma Torah, tant
    mieux, sinon, ici sera votre tombeau »].
    (La réponse que tu proposes dans la note 5 relativement au Rambam n’est pas la seule possible, et il faut donner une définition exacte du mot « lada’at ». J’espère à l’occasion pouvoir y revenir,
    veod h’azon lamoed.)

    2. Il faut noter que le constat du libre arbitre (dont les sources que tu ramènes parlent) n’est pas forcément lié au fait qu’une « action n’a de sens religieux que si elle est accomplie
    volontairement », si ce n’est qu’il faut accepter le fait du libre arbitre pour pouvoir agir volontairement, même dans un acte religieux.
    Ceci mis à part, dans la note 7 tu notes ne pas connaître un autre cas de déterminisme juif… quid du Admour de Izbitsa et de son disciple Rabbi Tzadok Hacohen de Lublin (déjà cité précédemment),
    leur vision du monde se retrouve même dans une piska de Orot Hatechouva du Rav Kook.

    3. Je n’ai pas compris en quoi le fait d’admettre qu’il « ne soit pas nécessaire d’être juif pour avoir une part au monde futur » était une preuve de tolérance ? Finalement, si le non-juif ne
    respecte pas les sept lois noachides, édictées par le Judaïsme, il n’aura pas part au monde futur (comme dit dans les sources que tu cites). C’est donc que le Judaïsme édicte le bon comportement,
    la juste voie à suivre, même pour les non-juifs! On n’a pas de problème à accepter quiconque suit ce que l’on dit, parce qu’on croit que c’est juste… C’est tout le contraire de la tolérance…

    En fin de compte, je suis plus que d’accord avec ta conclusion, mais je ne crois pas que tu aies amené de preuves concrètes à cela…
    En tous cas, yishar koah’.
    Kol touv et à bientôt j’espère.

  61. Merci à tous de vos commentaires que je lis ce matin! Cette discussion est un vrai plaisir.

    @ E.Cohen (commentaire 26)

    Il y a (en gros) deux manières de concevoir la spécificité d’Israël par rapport aux non Juifs.

    http://www.cheela.org/popread.php?id=53703

    Soit nous sommes juifs parce que nous sommes par essence meilleurs que les autres, soit parce que nous avons plus de devoirs qu’eux. Vous choisissez la première voie, moi la deuxième. La différence
    ne me semble pas être dans l’effort d’interprétation des mots de la tefilah. Par contre, au niveau humain …

  62. @ Yona

    Merci de ta réponse! Mais je dois avouer que certains de tes points m’ont pas mal surpris.

    1. Sur la définition de la tolérance: je veux juste être sûr que nous parlons de la même chose. La définition que j’utilise pour le mot est clairement posée dans le billet (le droit de penser
    différemment et d’avoir tort); alors quand, dans ton commentaire 27, tu mets le mot entre guillemets, ceci implique un désaccord, ou à tout le moins une distance critique… Voudrais-tu
    préciser?

    Par la suite, dans ton commentaire 29, tu emploies effectivement le mot dans un contexte très différent. Je suis convaincu que le Rosh Yeshiva dont tu parles est quelqu’un d’extraordinaire, et mon
    but n’est pas h »v de critiquer, mais enfin … quand tu as un baal techouva qui veut venir étudier dans ta yeshiva, qui fait le seder du matin, passe l’après-midi à étudier des sujets juifs, à
    l’université mais dans une approche non critique pour avoir une parnassa, et qui a besoin du seder du soir pour son travail … quelle raison aurait-il bien pu trouver de refuser? Faisais-tu quoi
    que ce soit d’interdit ? Exprimais-tu des opinions différentes des siennes ?

    2. Sur la définition de l’apologie. Tu as parfaitement le droit de ne pas être en accord avec mon approche, je le respecte. Mais je pense que ma démarche n’est pas apologétique. Elle le serait si
    je prétendais que la tolérance est la seule position de nos sources, et que j’évacuais, en les passant sous silence ou en les réinterprétant, les sources allant dans le sens contraire. Ce n’est pas
    le cas.

    Je verrais les choses ainsi. A la question « le Judaïsme est-il tolérant? », il y a 3 réponses possibles.

    a. Universitaire – réponse: tout dépend des sources. Puis, analyse des différents textes, en fonction de l’endroit, de l’époque, de la personnalité du Sage, etc.

    b. Religieuse apologétique – réponse: oui. Puis, quelques arguments en faveur de la tolérance, et silence radio sur les sources contraires.

    c. Religieuse honnête – réponse: on peut réconcilier l’idée de tolérance avec le Judaïsme orthodoxe, mais cela demande des efforts. Suivi d’une discussion honnête des sources dans les 2 sens.

    J’essaie de prendre la 3ème approche, pas la 2ème.

    3. Ton idée selon laquelle on n’oblige pas un Juif à croire est complètement fausse. Regarde la liste des Richonim cités par S.E. et qui comptent la foi en Dieu comme une mitsva positive! Et puis,
    la liste des 13 Ikkarim du Rambam n’est pas la seule, de nombreux richonim ont établi leur propre liste de croyances nécessaires, en y incluant un peu plus ou un peu moins selon les cas. Lis les
    livres cités dans ma première note de bas de page pour plus de détails, ils sont en anglais.

    Le Rambam a pourtant bien une spécificité: il est le plus sévère au niveau des conséquences. Pour lui, celui qui ne croit pas en l’un des Ikkarim n’ pas le droit au monde futur, ou bien est un
    apikoret, … Il va plus loin que les autres richonim sur ce point très précis.

    4. La question du billet est: quelle doit être l’attitude du juif orthodoxe face à celui qui ne partage pas les dogmes orthodoxes. Je ne crois pas que les questions de mariage homosexuel, etc.,
    soient liées à cette thématique.

  63. @ S.E.

    Merci pour cette longue réponse bourrée de références. J’ai souri en voyant que tu es d’accord avec le message général de l’article tout en pensant que tous mes arguments sont faux 🙂

    Comment répondrais-tu alors à ma question de base? Quels arguments en faveur d’une tolérance juive orthodoxe ? (vois avec Gabriel, cela peut parfaitement donner un autre billet sur ce blog, je
    serais très intéressé)

    Pour te répondre:

    1. Oui, je sais que ‘Hasday Crescas attaque le Rambam par d’autres moyens, y compris celui que tu mentionnes (commander de croire en Dieu est circulaire, pour commander il faut que Dieu existe). Je
    me suis limité au seul argument qui était pertinent pour mon analyse. La faute à Gabriel, qui me dit de faire court pour un billet de blog 😉

    Je n’ai pas le Ohr H’ devant moi, mais dans mon souvenir l’idée qu’on ne peut forcer qqun à croire y figure bel et bien. Si c’est important, je vérifierai pour retrouver la référence exacte.

    Je n’ai pas cherché à faire la liste exhaustive des Richonim qui affirment l’existence d’une mitsva de croire en Dieu (la légende sur le Behag n’est clairement pas partagée par le Ramban, en tout
    cas, vois ce qu’il écrit sur le Sefer haMitsvot). Ce qui m’intéressait, c’était de démontrer que cete obligation de croire pose un problème logique. Ce problème logique existe quel que soit le
    nombre de Richonim, ce n’est plus une question de majorité vs minorité.

    De la même manière, je pense que l’idée selon laquelle on ne peut forcer qqun à croire se retrouve encore ailleurs que dans Hasday Crescas. Encore une fois, mon but n’était pas d’être exhaustif
    ici, mais synthétique.

    2. Je suis désolé, je ne comprends pas bien ton argument ici.

    Pour le Mei HaShiloah et r. Tsadok, je serais très intéressé d’avoir les sources! Mais bon, cela reste toujours des exceptions à la règle…

    3. Oui. Mais vois mon commentaire 23 plus haut. Par opposition à cela, le Christianisme a proclamé pendant des siècles que le salut ne pouvait provenir qu’à travers l’Eglise. Le Judaïsme est bien
    plus ouvert sur les perspectives spirituelles de l’Autre.

    Chabbat chalom à tous!
    Emmanuel

  64. Chavouatov,

    On peut expliquer la « tolérance » de différentes manières. Il faudrait définir l’objet et le sujet pour que l’on comprenne la définition que tu apportes dans le billet : « droit de penser
    différemment et d’avoir tort » .

    Qui détermine ce droit, comment se concrétise-t-il ?

    Dans l’exemple que je donnais dans mon commentaire 29, le Rav admettait que je poursuive des études universitaires alors que pour une lui une telle chose était une erreur, puisque la seule voie
    légitime est le limoud à temps plein. Je pensais différemment et je ne m’en suis jamais caché. De même aujourd’hui au Collel.

    Cependant tu ne parles pas vraiment de cela dans ton billet, donc je reprends tes trois exemples :

    1/ Il est impossible de forcer quelqu’un à croire : cela ne signifie pas qu’il ait le droit de sortir du cadre établi, même par la pensée. Même sans rentrer dans les discussions sur les 13 ikarim,
    il y a des principes de ‘Hazal admis par tous et toute pensée contraire est prohibée (ti’hiat ha métim, michna de ‘haguiga sur la limite au questionnement, etc…). Bref, je ne vois pas dans cet
    exemple une illustration de la tolérance dans le judaïsme.

    2/ Une action n’a de sens religieux que si elle est accomplie volontairement : là je ne vois pas où tu veux en venir : quel rapport avec la tolérance ? (au passage, on ne peut pas forcer quelqu’un
    a faire une mitsva = en théorie. Cf la fantastique pirouette intellectuelle du Rambam dans « kofin oto »)

    3/ L’acceptation du ‘olam ha ba pour celui qui respecte les 7 mitsvot : Nous sommes trois dans les commentaires à avoir soulevé l’erreur, inutile de répéter ce que j’ai déjà écris. Tu réponds à SE
    que cela diffère du christianisme. Donc au mieux tu montres qu’il y a moins d’intolérance dans le judaïsme qu’ailleurs. Il y a une nuance entre « moins intolérant » et « tolérant ».

    Yona

  65. Très intéressant comme toujours vos articles.

    Donc le pluralisme n ‘est pas compatible avec le judaïsme orthodoxe? En creusant un peu ne pourriez vous pas trouver une compatibilité!!!!

  66. tres bon article: bien construit, bien documente bien argumente! mais peut etre qu’on peut admettre une definition plus large de la tolerance: cette definition porterait sur les termes memes de la
    croyance: si on parle de Dieu, par exemple, cela peut-etre vouloir dire quelque chose meme pour un non-croyant (au sens traditionnel de ce mot) si on en elargit la definition a « sens de la vie » ou
    « origine du sens de la vie ». de meme pour le concept de Mitsva-Commandement, cela peut se traduire par « ethique de la vie » ou « sens du devoir »- ce genre de definitions plus souples a le merite de
    rassembler autour de lui un public elargi, et la question de la tolerance s’en trouve facilite, puisqu’on est d’accord sur le but (donner un sens a la vie, realiser une ethique dans son
    quotidien…) et on ne discute (sans se disputer!) que sur le moyen d’y parvenir.

  67. Merci pour cet article qui a le grand mérite de rappeler la définition du concept de tolérance. Car dans notre société moderne occidentale, ce terme est tellement galvaudé qu’il ne veut plus rien
    dire… voire parfois en vient à signifier le contraire de son sens profond !
    Tolérer ne signifie pas être d’accord avec l’Autre, ses choix, ses opinions, mais accepter la présence, à nos côtés, de l’Autre, même si nous pensons qu’il « se trompe ». Dans cette conception, la
    notion de respect de la personne (de l’Autre que moi) est selon moi essentielle. Dans ce sens, il est normal que le judaisme intègre pleinement la notion de tolérance, vu que le rapport à l’Autre,
    ou dit autrement,le soucis de l’Autre (je reprends une nouvelle fois cette formule du Rabbin Gilles Bernheim, qui a la beauté de l’évidence) est au coeur des enseignements la Torah.

    Une réflexion par rapport au pluralisme : ne peut-on envisager ce concept sous un autre angle que celui de « vérité VS fausseté » ? Si le pluralisme, c’était simplement de se dire que – même si on
    n’en comprend pas la raison profonde, la « rationnalité », les thèses qui pour nous sont fausses ont leur raison d’être, et donc quelque part une finalité, même si celle-ci nous échappe (et même si
    cette finalité n’était que de nous faire « réagir », une sorte de mise en perspective de notre Vérité, mise en perspective sans laquelle l’individu serait incapable de percevoir l’entiereté (ou
    l’unité ?) de Sa Vérité ?

  68. Très bon article! Comme tout ce qu’écrit E. Bloch en général!!!

    Par contre, pour en revenir au pluralisme, je m’attendais a ce qu’Emmanuel cite le rav Kook qui insiste sur le fait de voir le point de vérité dans chaque opinion, ce qui peut tout a fait être
    associé a l’idée de pluralisme!

  69. Merci pour votre excellent article. J’aimerai avoir votre avis sur la « non-tolérance » théologique de nombre de Juifs orthodoxes vis-à-vis des Juifs massorti et libéraux.Est-ce plutôt une question
    de pluralisme impossible ?

  70. @Janick

    Je suis heureux que vous ayez apprécié ce billet. Pour le reste, votre question me fait penser à la fameuse phrase de Blu Greenberg, une activiste féministe juive, qui a déclaré « When there is a
    rabbinic will, there is a halachic way » (en gros: si les rabbins le veulent, alors c’est halakhiquement possible).

    On voit bien à quoi il est fait référence – il semble parfois que la créativité rabbinique ne connait aucune limite, tant qu’il s’agit de sauver un enfant du statut de mamzer ou d’un autre but que
    le rabbinat considère comme défendable. Régler le problème des Messoravot Get, si les rabbins le voulaient vraiment, ne serait pas tellement difficile.

    Pour autant, cette attitude prise à l’extrême aboutit à une sorte de relativisme, dans lequel toute phrase peut vouloir dire tout et son contraire, et ne rencontre aucune limite au sens qu’elle
    peut contenir, tant qu’existe la volonté d’interpréter. Est-ce vraiment cela que nous pensons?

    Pour ma part, j’ai du mal à voir comment réconcilier orthodoxie et pluralisme. Je serais heureux de le faire, croyez-moi, et si vous pensez que je me trompe j’écoute avec intérêt vos arguments.
    Mais, à part les deux exceptions que je signale dans mon billet (le pluralisme à l’intérieur de l’orthodoxie, et l’approche post-moderniste), j’ai du mal à le concevoir.

  71. @Serge

    Merci pour ces compliments immérités. Je vois que la question du pluralisme fait réfléchir. J’essaie de penser à votre suggestion, mais …

    Votre approche revient à chercher un accord à un niveau moins détaillé. On ne parle plus de Dieu mais d’une transcendance sur laquelle il serait plus facile de s’entendre… pourquoi pas, mais même
    cette approche syncrétiste laisse néanmoins en-dehors le matérialiste de base, qui ne croit en rien. De plus, si nous tous sommes tous d’accord, ce n’est plus du pluralisme, qui implique des
    divergences par définition. Et finalement, tous ces « petits » détails ne sont pas insignifiants – le mot « dieu » ne veut plus rien dire s’il permet d’inclure à la fois le Dieu du monothéisme,
    l’énergie universelle à laquelle on se connecte et d’autres choses encore…

  72. @ Esther

    Votre idée du pluralisme comme une forme de modestie profonde de la pensée me plaît bien. On raconte qu’un étudiant demanda un jour au Baal Chem Tov pourquoi Dieu tolère l’hérésie (apikorsout).
    L’hérésie a-t-elle une utilité, et si la réponse est négative, ne faut-il pas y voir une réfutation aux thèses du hassidisme naissant, qui voulait voir la présence divine partout et dans tout ?

    Le Baal Chem Tov répondit, dans l’histoire, que l’hérésie a bien une utilité. Celui qui croise un pauvre dans la rue ne doit pas compter sur Dieu pour pourvoir à ses besoins. Face au mendiant, il
    faut être « hérétique » et se dire que, si ce n’est moi, personne d’autre ne pourvoira à ses besoins, et certainement pas Dieu.

    Donc, dans cette logique, l’athéisme et la polygamie ont peut-être une utilité pratique… Mais un droit d’exister sur un plan théorique, cela me paraît plus difficile. Si vous croyez en un Dieu
    Un, vous ne pouvez admettre que l’athéisme ou la polygamie puissent également avoir raison, sinon c’est un problème logique… non?

  73. @Yaniv

    Merci! Vous avez raison, le rav Kook et certaines de ses thèses (union des contraires) aurait mérité d’être mentionné ici, de même que d’autres penseurs d’inspirations hassidique, comme r’ Tsadok
    HaCohen de Lublin.

    Tamar Ross, lorsqu’elle écrit sur la post-modernité et l’orthodoxie, mentionne systématiquement le rav Kook, si cela vous intéresse je peux vous donner quelques réferences (on oublie souvent que
    Tamar Ross n’est pas seulement une spécialiste des questions du féminisme et religion, mais qu’elle a deux autres grands domaines d’expertise, soit le rav Kook et l’école de pensée lithuanienne
    dite du « moussar »).

  74. Chalom ouvraha,

    Le Likoute Thora demande comment peut on nous ordonner de croire en D…, de l’ aimer alors qu’ effectivement ces sentiments ne sont pas controlés.
    Celui ci de repondre comme cela:
    un enfant de 4 ans aime , a envie de bonbons, friandises, jouets ..parceque son sehel et daat n’ est pas assez developpe pour avoir envie de choses plus fines comme un bon sefer, une belle idee,
    comme cela peut etre le cas chez l’ adulte dont le sehel est plus developpé.
    Nous pouvons donc en deduire que des sentiments comme la croyance, l’ amour sont incontrolés soit , mais quand meme consequences d’ une  » hitbonenoute » , reflexion , que nous pouvons et devons
    controlés.
    Il en ressort que je ne peux me forcer ni forcer les autres a croire en lui, mais je peux et doit etre mitbonen et pousser le monde autour de moi a la hitbonenout jusque ce que ces sentiments
    emergent.
    Le monde dans lequel nous vivons est une guerre de philosophies, d’ idees, de mode de vies. Il est bien sur a proscrir d’ employer une quelquonque force pour convaincre qui que ce soit, mais de la
    meme facon que le monde qui nous entoure n’ hesite pas a nous dire ce qu’ il pense de la vie dans ce monde , de la meme facon , juste par le fait que nous soyons fideles a nos preceptes sans faire
    cas des leurs ( etre tolerant est tres bien jusqu’ a ce que cette tolerance s’ applique a nous meme) , alors cela aura surement un impact ( quoi qu’ indirect) et une influence sur le monde positive
    ,  » keitrone haor al hahocheh » de la meme facon qu’ une petite flamme peut repousser beaucoup d’ obscurite. ( d’ alleurs il est a noté que l’ obscurité n’est pas une metsioute en soit, juste un
    manque de lumiere.Comme si tout ne dependait que de notre attitude vis a vis de nous meme).

    kol touv

    ps
    A Emmanuel Bloch, l’ histoire au nom du Baal chem tov est a attribué au Kotsker.C ‘est vrai que de maniere generale le nom importe peu par rapport a l’ idee , mais la , cela touche aussi a la
    personalité de l’ auteur.

  75. Emmanuel,

    J’ai énormément apprécié votre article (comme d’habitude, il faut bien le dire). Votre approche subversive ne cesse de me séduire.

    En ce qui concerne l’idée des חסידי אוה »ע, cela me rappelle une phrase que j’avais beaucoup aimé sur Hirhurim : « Au sein de l’alliance d’Avraham la Vérité ne peut être qu’orthodoxe, mais au sein de
    l’alliance de Noach la Vérité est multiple », afin de justifier l’égale validité des autres religions entre elles. C’était dans le contexte de la philosophie du Rav J. Sacks, dans mon souvenir.

    @Yaniv aussi

    Curieusement, les défenseurs (auto-proclamés) les plus ardents de la pensée du Rav Kook limitent cette acceptation « semi-pluraliste » a la philosophie, mais la rejettent dans la pratique. Un
    compromis qui peut se défendre, mais dont l’application me laisse perpétuellement surpris…

  76. Cher Gabriel,

    ta question serai une question si nous partions juifs et goims a egalité.
    Parfois les idees sont tellement yessodites qu’ on a du mal a les exprimer de maniere concise, mais , si nous admettions qu’ il existe une certaine predisposition au rouhni ( a differencier du
    sehel) chez les juifs qui seraient comme une  » yeroucha tiveit » que l’ on tient des avots ( je n’ invente rien, ce sont les mots du meme auteur) , alors il n’ y a pas grand chose de surprenant a
    cela, car cette  » hitbonenoute » ne serai pas du domaine du sehel seulement ( domaine dans lequel les goims n’ ont rien a nous envier) mais d’ une certaine sorte de sehel rouhni…
    dans la pensee hassidique, notamment dans le tania, on distingue trois sortes de « nechamotes » ( traduis le comme tu veux)
    -nefech habeemite, ou hahyounite commune a tous les hommes , le texte l’ assimile au sang ou si on prefere ce qui nous fait vivre de la meme maniere qu’ un animal vit.

    -nefech elokite , n’ est ossekete que dans le domaine du divin ( thora, mitsvots) , particularite juive.

    -nefech Hasehelet ,s’ habille dans le sehel pour faire un pont entre les deux precedentes. Sans elle , aucune communication entre les deux premieres ne serai possible.
    elle n’ esxiste pas par exemple chez les animaux mais est tout aussi presente chez les goims que chez nous, mais sans faire office de pont.

    il en ressort que selon cette chita , il n’ y a aucun probleme a ce que notre sehel puisse nous pousser a ces sentiments et que le leur non .( sans pour autant qu’ il soit plus faible , le
    contraire ne derangerai meme pas).

    kol touv

  77. Pour ceux qui ne sont pas habitues a cette terminologie hassidique, je vous invite a parcourir le pahad itshak sur pessah.
    il y a un des premiers maamarims si je ne me trompe ou il fait ressortir une contradiction dans les birkot hachahar.

    d’ un cote  » elokai, nechama chenatata bi … » sous entendu je ne suis pas cette nechama. serais je alors un corps?

    de l’ autre  » acher yatsar et haadam… oubara bo nekavim. » comme si je n’ etais pas non plus un corps. ( voir les details)

    il en conclut a la fin du maamar que le  » moi » du juif serai le point d’ intersection entre son corps et sa nechama. ( comme un pont)

    tout cela pour dire que la aussi on retrouve pour le juif ces trois notions une nechama  » divine » ( chenatata bi tehora hi..) , un corps humain , et le  » moi » du juif faisant le pont entre les
    deux.

    j’ essaierai de trouver les refs

    kol touv

  78. @ E.Cohen

    Vos messages anticipent sur mon futur deuxième billet, dans lequel j’avais effectivement prévu de parler du début du Likoutei Amarim, et des différents types d’âme. L’âme du juif est d’un niveau
    supérieur à celui du goy! Pour vous dire la vérité, ce n’est pas le genre d’idées qui me plaisent vraiment (avec tout le respect que j’ai pour ‘habad pour bien d’autres choses).

    Mais je pense aussi parler d’autres livres qui défendent la même idée, c’est malheureusement un thème constant dans les ouvrages kabbalistiques sur la nechama. Et d’autres choses encore. Restez
    dans le coin …

  79. @Emmanuel Bloch,

    Sur le plan théorique, les idées « hérétiques » ne demandent pas le droit ou non d’exister, elles sont… que cela nous plaisent ou non. Et elles confrontent notre « vérité » à une altérité qui peut
    bien évidemment nous apparaître inadmissible car étant inconciliable.

    Par rapport au problème logique que vous soulevez : permettez-moi de l’évacuer (au risque bien sûr de le deplacer ailleurs 🙂 ) en sortant de la logique « avoir tort » VS « avoir raison », car selon
    moi, la notion de Vérité dépasse le simple fait d’être persuadé d’avoir raison (et que l’autre a tort).
    Comme j’essayais de l’exprimer plus haut, j’ai le sentiment que « notre » Vérité ne peut être perçue et approchée dans son entiereté que parce qu’en vis-à-vis, il y a une ou des « fausses
    vérités ».
    Je saute sur l’image de la flamme de lumière proposée plus haut par E. Cohen : la flamme, aussi petite soit-elle, repousse les ténèbres qui en fait n’existent pas en tant que telles.
    La lumière elle existe par elle-même, mais la perception que nous Humains en avons varie en fonction du contexte.
    Nous savons qu’une flamme éclaire, mais quelque part, c’est uniquement dans les ténèbres que nous sommes réellement capables de concevoir, de comprendre l’essence de la lumière (et son
    « utilité »).
    Dans le monde de l’Absolu, une flamme est une flamme, mais dans le monde de l’Humain, une flamme brille plus dans le noir qu’en plein soleil… ou du moins, sa brillance n’a pas le même éclat à nos
    yeux humains.

    Les ténèbres, les « fausses vérités » (athéisme, polygamie, etc) ont donc quelque part une raison d’être acceptées, non en tant que vérités mais en tant que « catalyseurs » de vérité. Leur présence
    nous oblige à aller plus loin, ou plutôt plus près de notre propre recherche de Vérité.
    Sans elles (les fausses vérités), il manquerait quelque chose. Oserais-je même dire : « si les idées fausses n’existaient pas, il faudrait les inventer » ?

    Kol touv,

    Tou Bishvat samea’h

  80. A Emmanuel Bloch

    Je ne suis pas tellement d’ accord dans le  » ame du juif superieure a l’ ame du goi »

    quand une chose est superieur a une autre , c’ est qu’ elles agissent dans le meme domaine, mais qu’ une va plus loin que l’ autre.
    ex : si une equipe de basketball marque plus de points qu’ une autre, alors, elle est superieure

    mais si nous etions dans deux metsioutes differentes, pourrions nous dire que lui est superieure a l’ autre?

    fondamentalement (fondamentalement,cad du cote du boré), il n’ y a peut etre pas de difference entre qui que ce soit ici bas puisque tout n’ est animé que par lui.

    de notre coté ( nivra) ce n’ est pas aussi simple, et peut etre que l’ homme est obligé de designer le  » bien et pas bien » en fonction du  » guiloui elokoute » qui lui est associé…

    cela rejoint un peu ce qu’ a dit esther et si vous allez nous citet des notions « kabalistiques » peut etre que cela rejoint aussi les notions de  » yihoud ilaa et yihoud titaa »…

    kol touv

  81. a Emmanuel Bloch

    dans un autre domaine, je tiens a faire remarquer que dans les halahotes traitant des bne noah, la condition pour laquelle un goy accomplissant les lois de noah lui donne acces au monde futur, est
    qu’ il reconaisse les accomplir au nom de la thora de moche qu’ hachem a donné au mont Sinai ( je ne suis pas sur des mots vu que je n’ ai pas de Rambam sous les yeux, mais cela ressemble a cela il
    me semble)

    Il en ressort que si un goy peut  » avoir tout l’ avenir devant lui » en tant que goy, ses reperes  » hachkafatiques » restent limités.

    Imaginez la chose suivante:

    c’ est un peu grossier , mais je veux faire passer une idee qui a mon sens repondrai a certaines questions ( en en soulevant d’ autres mais bon, soyons juifs…)

    mitsva de tefilin

    oublions que nous sommes bien sur le centre du monde ( je met les tefilines, parceque,et parceque…

    et mettons D.. a notre place pour quelques instants seulement.

    Si la volonte de D… dans ce monde peut se traduire dans le nom  » mitsva » , alors pour D… ,sont necessaires a l’ accomplissment de sa volonté dans ce monde et d’ apres les regles qu’ il a decide
    pour ce monde : le bras d’ un juif ( et donc un juif en vie, du cuir, des nerfs ,et tous les autres details mentionnés dans le choulhan arouh.
    De maniere plus generale la volonte globale de D… se realise avec tout ce que l’ on peut trouver ou imaginer dans ce monde , une pierre, le beth Hamikdach, un goy,une idee, une action, un juif
    que cela soit du domaine du domem,tsomeyah,hay oumedaber. pouvez vous faire une difference entre telle ou telle partie de la volonte de D… , il est indisvisible.

    J’ ai entedu une fois un grand homme dire qu’ il ne faisait pas difference entre mettre ses tefilines et apporter un verre de thé a sa femme car fondamentalement si les deux sont une mitsva, les
    deux sont la meme volonte de D…

    Mais bon revenons au centre du monde, et la ,il y en a des differences…

    une michna dans chabat affirme que si nous sortons chabat dans un endroit ou il n’ y a evidemment pas de erouv avec moins d’ un certain chiour de nourriture , nous sommes patour. La michna demande
    , et si nous sortons avec moins que le chiour de nourriture , mais dans un keli beaucoup plus lourd? La michna de repondre,  » patour, car la volonte de l’ homme est cette nourriture, et le keli est
    donc malgre son poids  » batel » par rapport a la hachivout qu’ on accorde a celle ci.
    Si nous et le monde de maniere generale sommes le keli de la volonte de D…, pour un juif de stricte observance ( al’ alsacienne cela sonne mieux que haredi non?),cad, qui essaie de cadrer sa
    volonte dans celle de D… ,les goyms,juifs,animaux,vegetaux… sont batel devant cette volonte, insignifiants. Il n’ existe donc de difference pour D… a ce niveau la.

    Mais le Keli , meme si il est batel ,existe bien tout de meme physiquement et materielement quand je sors avec chabat apres midi apres la daf ou tchoulent …De la meme facon dans le monde materiel
    dans lequel nous vivons, meme si de maniere fondamentale tout est batel a sa volonte , il est possible de trouver des differences de contenu dans les kelims …

    en d’ autres termes, on ne manque pas de respect en disant qu ‘ une casserole est plus grande qu’ une autre en contenu. l’ essentiel , c’ est la daf qui est dedans.

    kol touv

  82. A Emmanuel n »y
    Il est un point malheureusement pas du tout abordé dans cet article, celui de la Avodah Zarah. La hala’ha et parfaitement intransigeante avec toutes ces pratiques.
    Tout ce qui a été écrit dans l’article est acceptable en dehors de l’aspect ‘Avodah Zarah’.

    Je reconnais que les lois liées à ce sujet seraient très difficilement applicables de nos jours, mais force est de constater que la seule vraie intransigeance de la Torah, se situe à ce niveau.

    Kol Touv.

  83. @ Emmanuel :

    Je ne pense pas que les points qui sont cités sont de la « tolérance ». Pour rebondir sur l’exemple du dernier commentaire : les non-juifs qui ne se situent pas dans le cadre des 7 mitsvot (et il n’y
    a pas que les idolâtres, tu sais bien que les shitot sont nombreuses).

    Dire à l’autre : Rentre dans mon système et je te tolère, ce n’est pas de la tolérance comme on l’entend habituellement. Car c’est de cela qui s’agit, les 7 mitsvot rentrent dans le cadre du
    judaïsme rabbinique (je n’aime pas ce terme, mais il est le plus approprié ici). Donc les tenants de ce système créent un système interne au premier dans lequel tous peuvent êtres tolérés. Mais au
    delà, qu’en est-il ?

    Attention : Je ne dis pas que ‘Hazal prônent le rejet de l’autre. Pas du tout, il n’y a pas de racisme à proprement parler si ce n’est dans certains sifréi ‘Hassidim, dont le début du sefer haTanya
    à propos duquel il y a une discussion entre toi et E. Cohen (pour ma part il me paraît évident qu’il faille comprendre ces histoires de « neshamot juives ou non-juives » comme des idées nécessaires
    pour une certaine époque, lorsque les juifs étaient traités comme des moins de rien, ça laissait de l’espoir lorsqu’on leur disait qu’au fond ils sont supérieurs que les autres… Mais bon en
    dehors du contexte socio-culturel de l’écriture du Tanya, il n’y a plus de pertinence dans de tels propos).

    Mais le fait que ‘Hazal ne soient pas racistes ne signifient pas pour autant qu’ils soient tolérants. Ce concept ne paraît pas très approprié et on vire assez vite vers un discours apologétique à
    cause de l’emploi de mots traduisant mal le discours de ‘Hazal.

    @ Gabriel : J’ai remarqué que j’ai moi aussi employé l’expression de ‘pluralisme réglementé » dans un article. Mais réglementé à quel point ? selon quels critères ? selon quel avis discrétionnaire
    faut-il placer les limites ?
    Rav Soloveitchik a opté pour un pluralisme pragmatique. Il a jugé qu’il était nécessaire d’établir des ponts entre les différents mouvements du judaïsme, car l’intérêt général du kahal en dépendait
    (selon lui). Mais d’un autre côté il n’est jamais rentré dans une Synagogue conservative. C’est aussi la question du « Pourquoi » du pluralisme ? qui le revendique ? et dans quel objectif ?

    Amitiés à tous deux

    Yona

  84. A Yona Ghertman,

    concernant ton avis sur le Tania, il me semble que tu vas un peu vite en besogne…

    Si cela ne me derange pas du tout que certaines chitot ne tiennent pas cet avis, il n ‘en reste pas moins vrai qu’ il n’ est pas du tout l’ avis du seul baal hatania ou meme des maitres de cette
    epoque et endroit uniquement.

    Comme le rappelait Emmauel Bloch, c’ est un avis communement partagé par tous ceux qui tiennent de la Kabbala, des richonims aux aharonims, sefarades achkenazes…

    le Baal Hatania definit en toute anava son sefer dans la hakdama comme  » melaket mipi soferim ousefarim » , en designant par exemple le chlah ou son arriere arriere grand pere qu’ etait le
    maharal.
    Il cite notamment a de nombreuses reprises le Ari ou le Ramak dans des sujets de cet ordre.

    Ne voulant pas faire  » le loubavitch de service », cela m’ etonne quand meme que quelqu’ un etant passe par une yechiva comme or hahaim ( meme si on peut ne pas partager du tout la hachkafa de la
    yechiva ou kollel dans laquelle on a etudie) n’ est pas conscience que ces inianimes de  » neshamotes juives » pour te citer est aussi eune evidence pour bons nombres de sages sefarades et de toutes
    origines..

    bref, la rapidite de ton jugement , sans que pour autant tu aparaisses comme  » baki » dans ce style d’ ouvrage me laisse un peu surpris.

    un rav Soloveitchik que tu as l’ air d’ apprecier un peu plus, aurai a mon avis parlé avec beaucoup plus de koved roch d’ un sujet comme cela, alors qu’ il est connu qu’ il avait une tres grande
    estime pour le tania qu’ il aurai connu …par coeur.

    J’ espere ne pas t ‘ avoir manqué de respect.

    kol touv

  85. Bonjour,

    Merci à tous de vos commentaires!

    @ Lambez

    Oui, vous avez parfaitement raison de relever que la Avoda Zara a toujours été rejetée avec force par la Torah et les Sages.

    Maintenant, cet argument concerne plutôt le troisième point de mon billet – les 7 mitsvot des Bnei Noa’h. L’idolâtre, par définition, ne les respecte pas. Par contre, il me semble que les deux
    premiers points du billet restent applicables même à un idolâtre. En d’autres termes, le juif religieux pense que l’idolâtrie est une erreur, mais il sait qu’il ne peut contraindre son
    interlocuteur à penser différemment, donc il ne peut que tolérer.

    Maintenant, pour les musulmans, les athées et les agnostiques, le troisième point du billet reste valable. Pour les Chrétiens, tout dépend des avis. Selon le Meiri et les Tossafot, le Christianisme
    n’est pas de l’idolâtrie. Selon le Rambam si, mais a-t-il vraiment eu l’occasion dans sa vie de connaître les doctrines chrétiennes? Et puis, les juifs en général connaissent bien peu les divisions
    internes des Chrétiens. Il y a des groupes unitariens, qui ne croient pas en la Trinité, ce qui devrait à mon sens les exclure de la catégorie Avoda Zara. Bref, une situation complexe, mais on peut
    trouver des arguments solides pour soutenir que le Christianisme n’est pas de l’idolâtrie selon le Judaïsme.

    Ce qui signifie que 99.9% des non Juifs qu’un Juif rencontre ne sont pas idolâtres… votre remarque concerne les autres.

  86. @ Yona

    Je ne veux pas dire que ‘Hazal étaient tolérants, effectivement. Ce serait anachronique, tout d’abord, la tolérance étant un concept qui a été développé bien après. Et ce ne serait surtout pas
    vrai. On trouve de tout dans ‘Hazal, dont certaines idées très « ouvertes » à propos des non Juifs, et d’autres qui le sont beaucoup, beaucoup moins (et je suis d’accord avec E.Cohen sur la vision
    des non juifs al pi kabbala, sauf qu’à moi elle pose un gros gros problème). Une étude complète des idées de ‘Hazal sur les non Juifs dépasse largement le cadre de ce billet.

    Ce que je voulais dire, c’est qu’on peut trouver des sources juives à l’appui de l’idée de la tolérance. Autrement dit, que l’on peut être orthodoxe et être tolérant, sur la base de nos sources.
    J’ai conscience que l’on peut aussi être orthodoxe et raciste… j’en croise souvent! 😉

    C’est donc un billet « engagé » que j’ai écrit ici. J’ai laissé de côté ma casquette d’universitaire, ce n’est pas une étude neutre.

    A part cela, je trouve intéressant que tu « neutralises » les sources anti-goyes en limitant leur validité à leur époque spécifique. Ce raisonnement (étudier le contexte d’une source pour en
    déterminer le champ d’application), tu ne l’acceptes pas toujours. Pourquoi ici oui ? Serais-tu prêt à admettre ce que j’ai écris plus haut avec un point d’interrogation à propos du Rambam ?
    Maimonide aurait pu penser différemment à propos du Christianisme s’il avait vécu en pays chrétien…

  87. @ E.Cohen

    Merci de vos remarques. Il n’y a aucun problème à ce que vous soyez le Loubavitch de service, vous serez le Chaliah du Rabbi dans la blogosphère juive francophone 🙂

    Les sources du Baal Chem Tov sortent à l’extérieur …

    Gardons le débat sur le Tanya et les autres sifrei kabbala pour le prochain billet. Pour votre commentaire 19, vous avez parfaitement raison, mais cela entre dans la discussion entre le Yaavetz et
    Mendelssohn que je n’ai fait qu’évoquer dans une note de bas de page. En gros, la question est celle de la bonne girsa dans le Rambam, et cela change énormément le sens de qu’il a écrit. Peut-être
    y reviendrai-je dans le futur.

  88. Honetement, je n’ ai pas la meme definition du racisme que celle rapportee par les differents commentaires de ce blog.
    Cependant, la tfila doit etre  » une torture » ou necessiter un limoud en temps reel assez important pour les personnes concernees.
    elle commence … chelo assani goy… et finit par alenou lechabeyah…chelo ssanou kegoye aratsot….

  89. @ Emmanuel :

    Même dans le fond, je n’approuve pas trop ton approche que tu amènes pour appuyer l’idée que la  » tolérance  » est compatible avec les sources de ‘Hazal, car je la trouve trop apologétique. Cf. Le
    précédent exemple. Mais aussi :
    On n’oblige pas un juif à croire (sauf chez le Rambam, 1ère nuance non des moindres), mais on lui interdit de croire en d’autres choses. Si quelqu’un se pose la question « qu’y a-t-il en haut ou en
    dessous » (pour reprendre simplement la michna de ‘Hagugiga ») sa demande est illégitime, il sort alors du cadre de la croyance nécessaire. Bref, au bout d’un moment, la tolérance est limitée,
    réglementée (remarque il en va de même dans la société, on tolère un mariage homosexuel, mais on ne tolère pas d’autres choses, il y a toujours une limite quelque part, lorsque la nouveauté vient
    déranger les mœurs établies)
    L’acceptation des individus par des individus est un autre problème (rapprocher d’une main etc…). Tu peux trouver des personnes très pointues sur le respect des dogmes, sur le plan de la pensée,
    et en même temps très ouvertes sur le plan concret. ça dépend très souvent des caractères aussi.

    Pour ta question : Il est effectivement possible que le Rambam se soit exprimé différemment s’il avait vécu dans le contexte du Méïri. J’ai beaucoup étudié le sujet et j’en suis arrivé à la
    conclusion que la perception du pikoua’h nefesh entre le Mishna Beroura et d’autres a’haronim postérieurs beaucoup plus souples , est sans doute également lié au contexte.

    (si tu lis attentivement mon texte, tu verras qu’au contraire j’accorde une grande importance à la prise en compte du contexte socio-culturel dans la Pssika).

    @ E. Cohen :

    Ce que j’ai écrit ne constitue pas un manque de kavod. Au contraire, le manque de kavod face à au texte d’un Rav est d’accepter ce qui est marqué sans essayer de réfléchir dessus. J’étudie comme
    tout lamdan le Shoulkhan Aroukh haGra »Z avec les autres posskim, mais je n’accroche pas sur le plan de la pensée juive. Toutefois je suis tolérant si d’autres accrochent, pas de soucis 😉

    Yona

    PS : E. Cohen : On se connaît ? (Je demande ça car vous me tutoyez et vous me rappelez que j’étais à Or ha ‘Haïm -je ne l’avais pas oublié d’ailleurs, superbe année, Rabbanim exceptionnels sur les
    midot, mais je ne dirais pas partager à 100 /° la hashkafa du makom- ).

  90. a Y.Ghertman

    Desole pour le tutoiement, je pensais surement a tort qu il etait de mise sur ce blog.
    Je ne vous connais absolument pas, votre parcour etait mentionne au debut d un article, et il me semblait bien qu or hahaim tenait de rabbanims sefarades tel que rav Ben Tsion Abba Chaoul ou rav
    Yehouda Tsadka dont le cote hashkafique est comme je le decrivais.

    Kol touv
    Chabat chalom

  91. En fait c’était une vraie question ! Le tutoiement ne me dérange pas du tout 😉

    Donc effectivement , le Roch Yechiva est un talmid du Rav Tsion Abba Shaoul. L’aspect mystique de la Torah n’était pas enseigné dans les shiourim classiques (iyoun, békiout moussar), mais le Rav
    lui-même étudiait beaucoup la Kabbala. C’est quelqu’un d’exceptionnel, un talmid ‘hakham et un baal midot. Très tolérant également : il pouvait y avoir des kippot srougot et des ‘habbad à la
    Yechiva (alors que dans d’autres yéchivot « noires » c’est assez mal vu). Il m’aurait peut-être un peu engueulé si je m’étais exprimé comme ça, mais il aurait aussi souri du coin de la lèvre, car il
    savait que mes provocations de ce genre n’ont pas une intention de zilzoul.

    Pour la petite histoire le matin et le soir j’étais à la Yechiva. L’après-midi à Har hatsofim pour mes recherches. J’ai eu une permission pour travailler sur mon travail universitaire dans ma
    chambre pendant les heures du seder du soir. Ça c’est une vraie illustration de tolérance.

    Je te remercie de m’avoir ramené quelques années en arrière (même indirectement)

    Gut Shabbess

  92. Quelques petites remarques…

    Salut Emmanuel,

    Premièrement, je tiens à te féliciter pour ton article, il est plus que bienvenu.
    Je n’ai malheureusement pas suivi le fil de la conversation dans les commentaires, mais je réagirais sur l’article.

    Question: une personne a-t-elle réellement « le droit de penser et d’agir différemment », selon la Torah ? Les arguments que tu avances sont très intéressants.
    Je voudrais cependant faire quelques petites remarques.

    1. Il est vrai qu’il est impossible de forcer quelqu’un à croire. Toutefois, je ne crois pas que le Or H’ attaque le Rambam sur ce point, exactement. Dans la première partie de son livre, il écrit
    qu’il ne se peut pas qu’il y ait un commandement de croyance sans entité qui le commande. S’il existe une entité qui me dit quoi faire, c’est que j’y crois et si j’y crois déjà, comment pourrait-Il
    me commander de croire en lui? C’est là un problème logique. Il n’affirme absolument pas qu’on ne peut pas forcer à croire.

    De plus, la majorité des rishonim ont compté cela comme une mitzva (Sefer hamitzvot, comm. pos. 1, selon Moreh Nevouh’im II, 36 cf. encore drashot haran, 5; Smag, assin 1 (cf. brit moshe, ad loc.);
    Smak, 1; H’inouh’, 25; Azharot de Rabbi Shlomo Ibn Gavirol, Assin 11 et 12; H’aredim 9, 1-2; Ramban, hassagot sur sefer hamitzvot comm. non-pos. 1 et comm. sur la Torah Shemot 20:2, ainsi que dans
    sa drasha « Torat H’ Temima » (il y a une nouvelle édition sortie l’année dernière, avec le commentaire H’azon Yoel, il paraît qu’elle est plus précise que celle du Rav Chavel…); Ibn Ezra sur la
    Torah, ibid. et dans Yessod Mora, 7ème portique).
    Il est à noter que la preuve du Rambam dans le Sefer Hamitzvot est controversée (cf. Zohar Harakya du Tashbetz, lettre 12, selon le T.B. Horayot 8b et la réponse possible du Lev Sameah’ sur Sefer
    Hamitzvot, ad loc.; cf. encore Resp. Tashbetz I, 139; H’idoushei Rav Sh. Eiger, ramené dans le Sefer HaLikoutim; Brit moshé sur le Smag, comm. pos. 1, lettre 7; Maharam Shik, comm. 25; Avodat
    Hameleh’; h’idoushei Mahari Perla sur Rassag, I, 74a) et que Rassag et Bahag ne l’ont pas compté.
    Cependant, la légende veut que Bahag ait changé d’avis à la fin de sa vie, mais trop tard pour changer son livre.
    Il semblerait donc que les propos du Or H’ ne soient pas une preuve. Cependant, c’est une affirmation logique qui ne peut être repoussée (sauf dans certaines situations décrites dans les livres
    d’Orwell) – on ne peut pas forcer quelqu’un à penser quelque chose, ni à croire, mais on peut fortement l’influencer…
    Toutefois, une question semblable est soulevée par certains exégètes dont le Maharal (Tifferet Israel, chap. 37) et Rabbi Tzadok HaCohen de Lublin (Ressissei Layla, 15) qui posent la question
    pourquoi la première parole, anoh’i, n’est pas dite sous forme de commandement… alors que leur réponse va dans une autre direction.
    [Le Maharal, par exemple, explique que le verset vient nous affirmer, nous raconter, la présence Divine non pas comme un ordre, comme un commandement, pour dire « recevez Ma Royauté », mais plutôt
    pour nous dire quelque chose de plus profond : la phase première de la connaissance de l’existence de D’ on la connaissait déjà, cependant les mots « Je suis l’Eternel ton D’ » viennent exprimer la
    nécessité de la chose, il n’y a d’autre possibilité que de Le recevoir, car la Vérité n’est ni statistique, ni relative, ni subjective, elle est absolue sans possibilité d’être repoussée. Selon le
    Maharal, D’ n’est pas D’ selon notre volonté, mais par Sa Volonté et cela est une nécessité, c’est pour cela qu’il a retourné le Mont Sinaï sur nous et a dit : « si vous acceptez ma Torah, tant
    mieux, sinon, ici sera votre tombeau »].
    (La réponse que tu proposes dans la note 5 relativement au Rambam n’est pas la seule possible, et il faut donner une définition exacte du mot « lada’at ». J’espère à l’occasion pouvoir y revenir,
    veod h’azon lamoed.)

    2. Il faut noter que le constat du libre arbitre (dont les sources que tu ramènes parlent) n’est pas forcément lié au fait qu’une « action n’a de sens religieux que si elle est accomplie
    volontairement », si ce n’est qu’il faut accepter le fait du libre arbitre pour pouvoir agir volontairement, même dans un acte religieux.
    Ceci mis à part, dans la note 7 tu notes ne pas connaître un autre cas de déterminisme juif… quid du Admour de Izbitsa et de son disciple Rabbi Tzadok Hacohen de Lublin (déjà cité précédemment),
    leur vision du monde se retrouve même dans une piska de Orot Hatechouva du Rav Kook.

    3. Je n’ai pas compris en quoi le fait d’admettre qu’il « ne soit pas nécessaire d’être juif pour avoir une part au monde futur » était une preuve de tolérance ? Finalement, si le non-juif ne
    respecte pas les sept lois noachides, édictées par le Judaïsme, il n’aura pas part au monde futur (comme dit dans les sources que tu cites). C’est donc que le Judaïsme édicte le bon comportement,
    la juste voie à suivre, même pour les non-juifs! On n’a pas de problème à accepter quiconque suit ce que l’on dit, parce qu’on croit que c’est juste… C’est tout le contraire de la tolérance…

    En fin de compte, je suis plus que d’accord avec ta conclusion, mais je ne crois pas que tu aies amené de preuves concrètes à cela…
    En tous cas, yishar koah’.
    Kol touv et à bientôt j’espère.

  93. Merci à tous de vos commentaires que je lis ce matin! Cette discussion est un vrai plaisir.

    @ E.Cohen (commentaire 26)

    Il y a (en gros) deux manières de concevoir la spécificité d’Israël par rapport aux non Juifs.

    http://www.cheela.org/popread.php?id=53703

    Soit nous sommes juifs parce que nous sommes par essence meilleurs que les autres, soit parce que nous avons plus de devoirs qu’eux. Vous choisissez la première voie, moi la deuxième. La différence
    ne me semble pas être dans l’effort d’interprétation des mots de la tefilah. Par contre, au niveau humain …

  94. @ Yona

    Merci de ta réponse! Mais je dois avouer que certains de tes points m’ont pas mal surpris.

    1. Sur la définition de la tolérance: je veux juste être sûr que nous parlons de la même chose. La définition que j’utilise pour le mot est clairement posée dans le billet (le droit de penser
    différemment et d’avoir tort); alors quand, dans ton commentaire 27, tu mets le mot entre guillemets, ceci implique un désaccord, ou à tout le moins une distance critique… Voudrais-tu
    préciser?

    Par la suite, dans ton commentaire 29, tu emploies effectivement le mot dans un contexte très différent. Je suis convaincu que le Rosh Yeshiva dont tu parles est quelqu’un d’extraordinaire, et mon
    but n’est pas h »v de critiquer, mais enfin … quand tu as un baal techouva qui veut venir étudier dans ta yeshiva, qui fait le seder du matin, passe l’après-midi à étudier des sujets juifs, à
    l’université mais dans une approche non critique pour avoir une parnassa, et qui a besoin du seder du soir pour son travail … quelle raison aurait-il bien pu trouver de refuser? Faisais-tu quoi
    que ce soit d’interdit ? Exprimais-tu des opinions différentes des siennes ?

    2. Sur la définition de l’apologie. Tu as parfaitement le droit de ne pas être en accord avec mon approche, je le respecte. Mais je pense que ma démarche n’est pas apologétique. Elle le serait si
    je prétendais que la tolérance est la seule position de nos sources, et que j’évacuais, en les passant sous silence ou en les réinterprétant, les sources allant dans le sens contraire. Ce n’est pas
    le cas.

    Je verrais les choses ainsi. A la question « le Judaïsme est-il tolérant? », il y a 3 réponses possibles.

    a. Universitaire – réponse: tout dépend des sources. Puis, analyse des différents textes, en fonction de l’endroit, de l’époque, de la personnalité du Sage, etc.

    b. Religieuse apologétique – réponse: oui. Puis, quelques arguments en faveur de la tolérance, et silence radio sur les sources contraires.

    c. Religieuse honnête – réponse: on peut réconcilier l’idée de tolérance avec le Judaïsme orthodoxe, mais cela demande des efforts. Suivi d’une discussion honnête des sources dans les 2 sens.

    J’essaie de prendre la 3ème approche, pas la 2ème.

    3. Ton idée selon laquelle on n’oblige pas un Juif à croire est complètement fausse. Regarde la liste des Richonim cités par S.E. et qui comptent la foi en Dieu comme une mitsva positive! Et puis,
    la liste des 13 Ikkarim du Rambam n’est pas la seule, de nombreux richonim ont établi leur propre liste de croyances nécessaires, en y incluant un peu plus ou un peu moins selon les cas. Lis les
    livres cités dans ma première note de bas de page pour plus de détails, ils sont en anglais.

    Le Rambam a pourtant bien une spécificité: il est le plus sévère au niveau des conséquences. Pour lui, celui qui ne croit pas en l’un des Ikkarim n’ pas le droit au monde futur, ou bien est un
    apikoret, … Il va plus loin que les autres richonim sur ce point très précis.

    4. La question du billet est: quelle doit être l’attitude du juif orthodoxe face à celui qui ne partage pas les dogmes orthodoxes. Je ne crois pas que les questions de mariage homosexuel, etc.,
    soient liées à cette thématique.

  95. @ S.E.

    Merci pour cette longue réponse bourrée de références. J’ai souri en voyant que tu es d’accord avec le message général de l’article tout en pensant que tous mes arguments sont faux 🙂

    Comment répondrais-tu alors à ma question de base? Quels arguments en faveur d’une tolérance juive orthodoxe ? (vois avec Gabriel, cela peut parfaitement donner un autre billet sur ce blog, je
    serais très intéressé)

    Pour te répondre:

    1. Oui, je sais que ‘Hasday Crescas attaque le Rambam par d’autres moyens, y compris celui que tu mentionnes (commander de croire en Dieu est circulaire, pour commander il faut que Dieu existe). Je
    me suis limité au seul argument qui était pertinent pour mon analyse. La faute à Gabriel, qui me dit de faire court pour un billet de blog 😉

    Je n’ai pas le Ohr H’ devant moi, mais dans mon souvenir l’idée qu’on ne peut forcer qqun à croire y figure bel et bien. Si c’est important, je vérifierai pour retrouver la référence exacte.

    Je n’ai pas cherché à faire la liste exhaustive des Richonim qui affirment l’existence d’une mitsva de croire en Dieu (la légende sur le Behag n’est clairement pas partagée par le Ramban, en tout
    cas, vois ce qu’il écrit sur le Sefer haMitsvot). Ce qui m’intéressait, c’était de démontrer que cete obligation de croire pose un problème logique. Ce problème logique existe quel que soit le
    nombre de Richonim, ce n’est plus une question de majorité vs minorité.

    De la même manière, je pense que l’idée selon laquelle on ne peut forcer qqun à croire se retrouve encore ailleurs que dans Hasday Crescas. Encore une fois, mon but n’était pas d’être exhaustif
    ici, mais synthétique.

    2. Je suis désolé, je ne comprends pas bien ton argument ici.

    Pour le Mei HaShiloah et r. Tsadok, je serais très intéressé d’avoir les sources! Mais bon, cela reste toujours des exceptions à la règle…

    3. Oui. Mais vois mon commentaire 23 plus haut. Par opposition à cela, le Christianisme a proclamé pendant des siècles que le salut ne pouvait provenir qu’à travers l’Eglise. Le Judaïsme est bien
    plus ouvert sur les perspectives spirituelles de l’Autre.

    Chabbat chalom à tous!
    Emmanuel

  96. Chavouatov,

    On peut expliquer la « tolérance » de différentes manières. Il faudrait définir l’objet et le sujet pour que l’on comprenne la définition que tu apportes dans le billet : « droit de penser
    différemment et d’avoir tort » .

    Qui détermine ce droit, comment se concrétise-t-il ?

    Dans l’exemple que je donnais dans mon commentaire 29, le Rav admettait que je poursuive des études universitaires alors que pour une lui une telle chose était une erreur, puisque la seule voie
    légitime est le limoud à temps plein. Je pensais différemment et je ne m’en suis jamais caché. De même aujourd’hui au Collel.

    Cependant tu ne parles pas vraiment de cela dans ton billet, donc je reprends tes trois exemples :

    1/ Il est impossible de forcer quelqu’un à croire : cela ne signifie pas qu’il ait le droit de sortir du cadre établi, même par la pensée. Même sans rentrer dans les discussions sur les 13 ikarim,
    il y a des principes de ‘Hazal admis par tous et toute pensée contraire est prohibée (ti’hiat ha métim, michna de ‘haguiga sur la limite au questionnement, etc…). Bref, je ne vois pas dans cet
    exemple une illustration de la tolérance dans le judaïsme.

    2/ Une action n’a de sens religieux que si elle est accomplie volontairement : là je ne vois pas où tu veux en venir : quel rapport avec la tolérance ? (au passage, on ne peut pas forcer quelqu’un
    a faire une mitsva = en théorie. Cf la fantastique pirouette intellectuelle du Rambam dans « kofin oto »)

    3/ L’acceptation du ‘olam ha ba pour celui qui respecte les 7 mitsvot : Nous sommes trois dans les commentaires à avoir soulevé l’erreur, inutile de répéter ce que j’ai déjà écris. Tu réponds à SE
    que cela diffère du christianisme. Donc au mieux tu montres qu’il y a moins d’intolérance dans le judaïsme qu’ailleurs. Il y a une nuance entre « moins intolérant » et « tolérant ».

    Yona

  97. Très intéressant comme toujours vos articles.

    Donc le pluralisme n ‘est pas compatible avec le judaïsme orthodoxe? En creusant un peu ne pourriez vous pas trouver une compatibilité!!!!

  98. tres bon article: bien construit, bien documente bien argumente! mais peut etre qu’on peut admettre une definition plus large de la tolerance: cette definition porterait sur les termes memes de la
    croyance: si on parle de Dieu, par exemple, cela peut-etre vouloir dire quelque chose meme pour un non-croyant (au sens traditionnel de ce mot) si on en elargit la definition a « sens de la vie » ou
    « origine du sens de la vie ». de meme pour le concept de Mitsva-Commandement, cela peut se traduire par « ethique de la vie » ou « sens du devoir »- ce genre de definitions plus souples a le merite de
    rassembler autour de lui un public elargi, et la question de la tolerance s’en trouve facilite, puisqu’on est d’accord sur le but (donner un sens a la vie, realiser une ethique dans son
    quotidien…) et on ne discute (sans se disputer!) que sur le moyen d’y parvenir.

  99. Merci pour cet article qui a le grand mérite de rappeler la définition du concept de tolérance. Car dans notre société moderne occidentale, ce terme est tellement galvaudé qu’il ne veut plus rien
    dire… voire parfois en vient à signifier le contraire de son sens profond !
    Tolérer ne signifie pas être d’accord avec l’Autre, ses choix, ses opinions, mais accepter la présence, à nos côtés, de l’Autre, même si nous pensons qu’il « se trompe ». Dans cette conception, la
    notion de respect de la personne (de l’Autre que moi) est selon moi essentielle. Dans ce sens, il est normal que le judaisme intègre pleinement la notion de tolérance, vu que le rapport à l’Autre,
    ou dit autrement,le soucis de l’Autre (je reprends une nouvelle fois cette formule du Rabbin Gilles Bernheim, qui a la beauté de l’évidence) est au coeur des enseignements la Torah.

    Une réflexion par rapport au pluralisme : ne peut-on envisager ce concept sous un autre angle que celui de « vérité VS fausseté » ? Si le pluralisme, c’était simplement de se dire que – même si on
    n’en comprend pas la raison profonde, la « rationnalité », les thèses qui pour nous sont fausses ont leur raison d’être, et donc quelque part une finalité, même si celle-ci nous échappe (et même si
    cette finalité n’était que de nous faire « réagir », une sorte de mise en perspective de notre Vérité, mise en perspective sans laquelle l’individu serait incapable de percevoir l’entiereté (ou
    l’unité ?) de Sa Vérité ?

  100. Très bon article! Comme tout ce qu’écrit E. Bloch en général!!!

    Par contre, pour en revenir au pluralisme, je m’attendais a ce qu’Emmanuel cite le rav Kook qui insiste sur le fait de voir le point de vérité dans chaque opinion, ce qui peut tout a fait être
    associé a l’idée de pluralisme!

  101. Merci pour votre excellent article. J’aimerai avoir votre avis sur la « non-tolérance » théologique de nombre de Juifs orthodoxes vis-à-vis des Juifs massorti et libéraux.Est-ce plutôt une question
    de pluralisme impossible ?

  102. @Janick

    Je suis heureux que vous ayez apprécié ce billet. Pour le reste, votre question me fait penser à la fameuse phrase de Blu Greenberg, une activiste féministe juive, qui a déclaré « When there is a
    rabbinic will, there is a halachic way » (en gros: si les rabbins le veulent, alors c’est halakhiquement possible).

    On voit bien à quoi il est fait référence – il semble parfois que la créativité rabbinique ne connait aucune limite, tant qu’il s’agit de sauver un enfant du statut de mamzer ou d’un autre but que
    le rabbinat considère comme défendable. Régler le problème des Messoravot Get, si les rabbins le voulaient vraiment, ne serait pas tellement difficile.

    Pour autant, cette attitude prise à l’extrême aboutit à une sorte de relativisme, dans lequel toute phrase peut vouloir dire tout et son contraire, et ne rencontre aucune limite au sens qu’elle
    peut contenir, tant qu’existe la volonté d’interpréter. Est-ce vraiment cela que nous pensons?

    Pour ma part, j’ai du mal à voir comment réconcilier orthodoxie et pluralisme. Je serais heureux de le faire, croyez-moi, et si vous pensez que je me trompe j’écoute avec intérêt vos arguments.
    Mais, à part les deux exceptions que je signale dans mon billet (le pluralisme à l’intérieur de l’orthodoxie, et l’approche post-moderniste), j’ai du mal à le concevoir.

  103. @Serge

    Merci pour ces compliments immérités. Je vois que la question du pluralisme fait réfléchir. J’essaie de penser à votre suggestion, mais …

    Votre approche revient à chercher un accord à un niveau moins détaillé. On ne parle plus de Dieu mais d’une transcendance sur laquelle il serait plus facile de s’entendre… pourquoi pas, mais même
    cette approche syncrétiste laisse néanmoins en-dehors le matérialiste de base, qui ne croit en rien. De plus, si nous tous sommes tous d’accord, ce n’est plus du pluralisme, qui implique des
    divergences par définition. Et finalement, tous ces « petits » détails ne sont pas insignifiants – le mot « dieu » ne veut plus rien dire s’il permet d’inclure à la fois le Dieu du monothéisme,
    l’énergie universelle à laquelle on se connecte et d’autres choses encore…

  104. @ Esther

    Votre idée du pluralisme comme une forme de modestie profonde de la pensée me plaît bien. On raconte qu’un étudiant demanda un jour au Baal Chem Tov pourquoi Dieu tolère l’hérésie (apikorsout).
    L’hérésie a-t-elle une utilité, et si la réponse est négative, ne faut-il pas y voir une réfutation aux thèses du hassidisme naissant, qui voulait voir la présence divine partout et dans tout ?

    Le Baal Chem Tov répondit, dans l’histoire, que l’hérésie a bien une utilité. Celui qui croise un pauvre dans la rue ne doit pas compter sur Dieu pour pourvoir à ses besoins. Face au mendiant, il
    faut être « hérétique » et se dire que, si ce n’est moi, personne d’autre ne pourvoira à ses besoins, et certainement pas Dieu.

    Donc, dans cette logique, l’athéisme et la polygamie ont peut-être une utilité pratique… Mais un droit d’exister sur un plan théorique, cela me paraît plus difficile. Si vous croyez en un Dieu
    Un, vous ne pouvez admettre que l’athéisme ou la polygamie puissent également avoir raison, sinon c’est un problème logique… non?

  105. @Yaniv

    Merci! Vous avez raison, le rav Kook et certaines de ses thèses (union des contraires) aurait mérité d’être mentionné ici, de même que d’autres penseurs d’inspirations hassidique, comme r’ Tsadok
    HaCohen de Lublin.

    Tamar Ross, lorsqu’elle écrit sur la post-modernité et l’orthodoxie, mentionne systématiquement le rav Kook, si cela vous intéresse je peux vous donner quelques réferences (on oublie souvent que
    Tamar Ross n’est pas seulement une spécialiste des questions du féminisme et religion, mais qu’elle a deux autres grands domaines d’expertise, soit le rav Kook et l’école de pensée lithuanienne
    dite du « moussar »).

  106. Chalom ouvraha,

    Le Likoute Thora demande comment peut on nous ordonner de croire en D…, de l’ aimer alors qu’ effectivement ces sentiments ne sont pas controlés.
    Celui ci de repondre comme cela:
    un enfant de 4 ans aime , a envie de bonbons, friandises, jouets ..parceque son sehel et daat n’ est pas assez developpe pour avoir envie de choses plus fines comme un bon sefer, une belle idee,
    comme cela peut etre le cas chez l’ adulte dont le sehel est plus developpé.
    Nous pouvons donc en deduire que des sentiments comme la croyance, l’ amour sont incontrolés soit , mais quand meme consequences d’ une  » hitbonenoute » , reflexion , que nous pouvons et devons
    controlés.
    Il en ressort que je ne peux me forcer ni forcer les autres a croire en lui, mais je peux et doit etre mitbonen et pousser le monde autour de moi a la hitbonenout jusque ce que ces sentiments
    emergent.
    Le monde dans lequel nous vivons est une guerre de philosophies, d’ idees, de mode de vies. Il est bien sur a proscrir d’ employer une quelquonque force pour convaincre qui que ce soit, mais de la
    meme facon que le monde qui nous entoure n’ hesite pas a nous dire ce qu’ il pense de la vie dans ce monde , de la meme facon , juste par le fait que nous soyons fideles a nos preceptes sans faire
    cas des leurs ( etre tolerant est tres bien jusqu’ a ce que cette tolerance s’ applique a nous meme) , alors cela aura surement un impact ( quoi qu’ indirect) et une influence sur le monde positive
    ,  » keitrone haor al hahocheh » de la meme facon qu’ une petite flamme peut repousser beaucoup d’ obscurite. ( d’ alleurs il est a noté que l’ obscurité n’est pas une metsioute en soit, juste un
    manque de lumiere.Comme si tout ne dependait que de notre attitude vis a vis de nous meme).

    kol touv

    ps
    A Emmanuel Bloch, l’ histoire au nom du Baal chem tov est a attribué au Kotsker.C ‘est vrai que de maniere generale le nom importe peu par rapport a l’ idee , mais la , cela touche aussi a la
    personalité de l’ auteur.

  107. Emmanuel,

    J’ai énormément apprécié votre article (comme d’habitude, il faut bien le dire). Votre approche subversive ne cesse de me séduire.

    En ce qui concerne l’idée des חסידי אוה »ע, cela me rappelle une phrase que j’avais beaucoup aimé sur Hirhurim : « Au sein de l’alliance d’Avraham la Vérité ne peut être qu’orthodoxe, mais au sein de
    l’alliance de Noach la Vérité est multiple », afin de justifier l’égale validité des autres religions entre elles. C’était dans le contexte de la philosophie du Rav J. Sacks, dans mon souvenir.

    @Yaniv aussi

    Curieusement, les défenseurs (auto-proclamés) les plus ardents de la pensée du Rav Kook limitent cette acceptation « semi-pluraliste » a la philosophie, mais la rejettent dans la pratique. Un
    compromis qui peut se défendre, mais dont l’application me laisse perpétuellement surpris…

  108. Cher Gabriel,

    ta question serai une question si nous partions juifs et goims a egalité.
    Parfois les idees sont tellement yessodites qu’ on a du mal a les exprimer de maniere concise, mais , si nous admettions qu’ il existe une certaine predisposition au rouhni ( a differencier du
    sehel) chez les juifs qui seraient comme une  » yeroucha tiveit » que l’ on tient des avots ( je n’ invente rien, ce sont les mots du meme auteur) , alors il n’ y a pas grand chose de surprenant a
    cela, car cette  » hitbonenoute » ne serai pas du domaine du sehel seulement ( domaine dans lequel les goims n’ ont rien a nous envier) mais d’ une certaine sorte de sehel rouhni…
    dans la pensee hassidique, notamment dans le tania, on distingue trois sortes de « nechamotes » ( traduis le comme tu veux)
    -nefech habeemite, ou hahyounite commune a tous les hommes , le texte l’ assimile au sang ou si on prefere ce qui nous fait vivre de la meme maniere qu’ un animal vit.

    -nefech elokite , n’ est ossekete que dans le domaine du divin ( thora, mitsvots) , particularite juive.

    -nefech Hasehelet ,s’ habille dans le sehel pour faire un pont entre les deux precedentes. Sans elle , aucune communication entre les deux premieres ne serai possible.
    elle n’ esxiste pas par exemple chez les animaux mais est tout aussi presente chez les goims que chez nous, mais sans faire office de pont.

    il en ressort que selon cette chita , il n’ y a aucun probleme a ce que notre sehel puisse nous pousser a ces sentiments et que le leur non .( sans pour autant qu’ il soit plus faible , le
    contraire ne derangerai meme pas).

    kol touv

  109. Pour ceux qui ne sont pas habitues a cette terminologie hassidique, je vous invite a parcourir le pahad itshak sur pessah.
    il y a un des premiers maamarims si je ne me trompe ou il fait ressortir une contradiction dans les birkot hachahar.

    d’ un cote  » elokai, nechama chenatata bi … » sous entendu je ne suis pas cette nechama. serais je alors un corps?

    de l’ autre  » acher yatsar et haadam… oubara bo nekavim. » comme si je n’ etais pas non plus un corps. ( voir les details)

    il en conclut a la fin du maamar que le  » moi » du juif serai le point d’ intersection entre son corps et sa nechama. ( comme un pont)

    tout cela pour dire que la aussi on retrouve pour le juif ces trois notions une nechama  » divine » ( chenatata bi tehora hi..) , un corps humain , et le  » moi » du juif faisant le pont entre les
    deux.

    j’ essaierai de trouver les refs

    kol touv

  110. @ E.Cohen

    Vos messages anticipent sur mon futur deuxième billet, dans lequel j’avais effectivement prévu de parler du début du Likoutei Amarim, et des différents types d’âme. L’âme du juif est d’un niveau
    supérieur à celui du goy! Pour vous dire la vérité, ce n’est pas le genre d’idées qui me plaisent vraiment (avec tout le respect que j’ai pour ‘habad pour bien d’autres choses).

    Mais je pense aussi parler d’autres livres qui défendent la même idée, c’est malheureusement un thème constant dans les ouvrages kabbalistiques sur la nechama. Et d’autres choses encore. Restez
    dans le coin …

  111. @Emmanuel Bloch,

    Sur le plan théorique, les idées « hérétiques » ne demandent pas le droit ou non d’exister, elles sont… que cela nous plaisent ou non. Et elles confrontent notre « vérité » à une altérité qui peut
    bien évidemment nous apparaître inadmissible car étant inconciliable.

    Par rapport au problème logique que vous soulevez : permettez-moi de l’évacuer (au risque bien sûr de le deplacer ailleurs 🙂 ) en sortant de la logique « avoir tort » VS « avoir raison », car selon
    moi, la notion de Vérité dépasse le simple fait d’être persuadé d’avoir raison (et que l’autre a tort).
    Comme j’essayais de l’exprimer plus haut, j’ai le sentiment que « notre » Vérité ne peut être perçue et approchée dans son entiereté que parce qu’en vis-à-vis, il y a une ou des « fausses
    vérités ».
    Je saute sur l’image de la flamme de lumière proposée plus haut par E. Cohen : la flamme, aussi petite soit-elle, repousse les ténèbres qui en fait n’existent pas en tant que telles.
    La lumière elle existe par elle-même, mais la perception que nous Humains en avons varie en fonction du contexte.
    Nous savons qu’une flamme éclaire, mais quelque part, c’est uniquement dans les ténèbres que nous sommes réellement capables de concevoir, de comprendre l’essence de la lumière (et son
    « utilité »).
    Dans le monde de l’Absolu, une flamme est une flamme, mais dans le monde de l’Humain, une flamme brille plus dans le noir qu’en plein soleil… ou du moins, sa brillance n’a pas le même éclat à nos
    yeux humains.

    Les ténèbres, les « fausses vérités » (athéisme, polygamie, etc) ont donc quelque part une raison d’être acceptées, non en tant que vérités mais en tant que « catalyseurs » de vérité. Leur présence
    nous oblige à aller plus loin, ou plutôt plus près de notre propre recherche de Vérité.
    Sans elles (les fausses vérités), il manquerait quelque chose. Oserais-je même dire : « si les idées fausses n’existaient pas, il faudrait les inventer » ?

    Kol touv,

    Tou Bishvat samea’h

  112. A Emmanuel Bloch

    Je ne suis pas tellement d’ accord dans le  » ame du juif superieure a l’ ame du goi »

    quand une chose est superieur a une autre , c’ est qu’ elles agissent dans le meme domaine, mais qu’ une va plus loin que l’ autre.
    ex : si une equipe de basketball marque plus de points qu’ une autre, alors, elle est superieure

    mais si nous etions dans deux metsioutes differentes, pourrions nous dire que lui est superieure a l’ autre?

    fondamentalement (fondamentalement,cad du cote du boré), il n’ y a peut etre pas de difference entre qui que ce soit ici bas puisque tout n’ est animé que par lui.

    de notre coté ( nivra) ce n’ est pas aussi simple, et peut etre que l’ homme est obligé de designer le  » bien et pas bien » en fonction du  » guiloui elokoute » qui lui est associé…

    cela rejoint un peu ce qu’ a dit esther et si vous allez nous citet des notions « kabalistiques » peut etre que cela rejoint aussi les notions de  » yihoud ilaa et yihoud titaa »…

    kol touv

  113. a Emmanuel Bloch

    dans un autre domaine, je tiens a faire remarquer que dans les halahotes traitant des bne noah, la condition pour laquelle un goy accomplissant les lois de noah lui donne acces au monde futur, est
    qu’ il reconaisse les accomplir au nom de la thora de moche qu’ hachem a donné au mont Sinai ( je ne suis pas sur des mots vu que je n’ ai pas de Rambam sous les yeux, mais cela ressemble a cela il
    me semble)

    Il en ressort que si un goy peut  » avoir tout l’ avenir devant lui » en tant que goy, ses reperes  » hachkafatiques » restent limités.

    Imaginez la chose suivante:

    c’ est un peu grossier , mais je veux faire passer une idee qui a mon sens repondrai a certaines questions ( en en soulevant d’ autres mais bon, soyons juifs…)

    mitsva de tefilin

    oublions que nous sommes bien sur le centre du monde ( je met les tefilines, parceque,et parceque…

    et mettons D.. a notre place pour quelques instants seulement.

    Si la volonte de D… dans ce monde peut se traduire dans le nom  » mitsva » , alors pour D… ,sont necessaires a l’ accomplissment de sa volonté dans ce monde et d’ apres les regles qu’ il a decide
    pour ce monde : le bras d’ un juif ( et donc un juif en vie, du cuir, des nerfs ,et tous les autres details mentionnés dans le choulhan arouh.
    De maniere plus generale la volonte globale de D… se realise avec tout ce que l’ on peut trouver ou imaginer dans ce monde , une pierre, le beth Hamikdach, un goy,une idee, une action, un juif
    que cela soit du domaine du domem,tsomeyah,hay oumedaber. pouvez vous faire une difference entre telle ou telle partie de la volonte de D… , il est indisvisible.

    J’ ai entedu une fois un grand homme dire qu’ il ne faisait pas difference entre mettre ses tefilines et apporter un verre de thé a sa femme car fondamentalement si les deux sont une mitsva, les
    deux sont la meme volonte de D…

    Mais bon revenons au centre du monde, et la ,il y en a des differences…

    une michna dans chabat affirme que si nous sortons chabat dans un endroit ou il n’ y a evidemment pas de erouv avec moins d’ un certain chiour de nourriture , nous sommes patour. La michna demande
    , et si nous sortons avec moins que le chiour de nourriture , mais dans un keli beaucoup plus lourd? La michna de repondre,  » patour, car la volonte de l’ homme est cette nourriture, et le keli est
    donc malgre son poids  » batel » par rapport a la hachivout qu’ on accorde a celle ci.
    Si nous et le monde de maniere generale sommes le keli de la volonte de D…, pour un juif de stricte observance ( al’ alsacienne cela sonne mieux que haredi non?),cad, qui essaie de cadrer sa
    volonte dans celle de D… ,les goyms,juifs,animaux,vegetaux… sont batel devant cette volonte, insignifiants. Il n’ existe donc de difference pour D… a ce niveau la.

    Mais le Keli , meme si il est batel ,existe bien tout de meme physiquement et materielement quand je sors avec chabat apres midi apres la daf ou tchoulent …De la meme facon dans le monde materiel
    dans lequel nous vivons, meme si de maniere fondamentale tout est batel a sa volonte , il est possible de trouver des differences de contenu dans les kelims …

    en d’ autres termes, on ne manque pas de respect en disant qu ‘ une casserole est plus grande qu’ une autre en contenu. l’ essentiel , c’ est la daf qui est dedans.

    kol touv

  114. A Emmanuel n »y
    Il est un point malheureusement pas du tout abordé dans cet article, celui de la Avodah Zarah. La hala’ha et parfaitement intransigeante avec toutes ces pratiques.
    Tout ce qui a été écrit dans l’article est acceptable en dehors de l’aspect ‘Avodah Zarah’.

    Je reconnais que les lois liées à ce sujet seraient très difficilement applicables de nos jours, mais force est de constater que la seule vraie intransigeance de la Torah, se situe à ce niveau.

    Kol Touv.

  115. @ Emmanuel :

    Je ne pense pas que les points qui sont cités sont de la « tolérance ». Pour rebondir sur l’exemple du dernier commentaire : les non-juifs qui ne se situent pas dans le cadre des 7 mitsvot (et il n’y
    a pas que les idolâtres, tu sais bien que les shitot sont nombreuses).

    Dire à l’autre : Rentre dans mon système et je te tolère, ce n’est pas de la tolérance comme on l’entend habituellement. Car c’est de cela qui s’agit, les 7 mitsvot rentrent dans le cadre du
    judaïsme rabbinique (je n’aime pas ce terme, mais il est le plus approprié ici). Donc les tenants de ce système créent un système interne au premier dans lequel tous peuvent êtres tolérés. Mais au
    delà, qu’en est-il ?

    Attention : Je ne dis pas que ‘Hazal prônent le rejet de l’autre. Pas du tout, il n’y a pas de racisme à proprement parler si ce n’est dans certains sifréi ‘Hassidim, dont le début du sefer haTanya
    à propos duquel il y a une discussion entre toi et E. Cohen (pour ma part il me paraît évident qu’il faille comprendre ces histoires de « neshamot juives ou non-juives » comme des idées nécessaires
    pour une certaine époque, lorsque les juifs étaient traités comme des moins de rien, ça laissait de l’espoir lorsqu’on leur disait qu’au fond ils sont supérieurs que les autres… Mais bon en
    dehors du contexte socio-culturel de l’écriture du Tanya, il n’y a plus de pertinence dans de tels propos).

    Mais le fait que ‘Hazal ne soient pas racistes ne signifient pas pour autant qu’ils soient tolérants. Ce concept ne paraît pas très approprié et on vire assez vite vers un discours apologétique à
    cause de l’emploi de mots traduisant mal le discours de ‘Hazal.

    @ Gabriel : J’ai remarqué que j’ai moi aussi employé l’expression de ‘pluralisme réglementé » dans un article. Mais réglementé à quel point ? selon quels critères ? selon quel avis discrétionnaire
    faut-il placer les limites ?
    Rav Soloveitchik a opté pour un pluralisme pragmatique. Il a jugé qu’il était nécessaire d’établir des ponts entre les différents mouvements du judaïsme, car l’intérêt général du kahal en dépendait
    (selon lui). Mais d’un autre côté il n’est jamais rentré dans une Synagogue conservative. C’est aussi la question du « Pourquoi » du pluralisme ? qui le revendique ? et dans quel objectif ?

    Amitiés à tous deux

    Yona

  116. A Yona Ghertman,

    concernant ton avis sur le Tania, il me semble que tu vas un peu vite en besogne…

    Si cela ne me derange pas du tout que certaines chitot ne tiennent pas cet avis, il n ‘en reste pas moins vrai qu’ il n’ est pas du tout l’ avis du seul baal hatania ou meme des maitres de cette
    epoque et endroit uniquement.

    Comme le rappelait Emmauel Bloch, c’ est un avis communement partagé par tous ceux qui tiennent de la Kabbala, des richonims aux aharonims, sefarades achkenazes…

    le Baal Hatania definit en toute anava son sefer dans la hakdama comme  » melaket mipi soferim ousefarim » , en designant par exemple le chlah ou son arriere arriere grand pere qu’ etait le
    maharal.
    Il cite notamment a de nombreuses reprises le Ari ou le Ramak dans des sujets de cet ordre.

    Ne voulant pas faire  » le loubavitch de service », cela m’ etonne quand meme que quelqu’ un etant passe par une yechiva comme or hahaim ( meme si on peut ne pas partager du tout la hachkafa de la
    yechiva ou kollel dans laquelle on a etudie) n’ est pas conscience que ces inianimes de  » neshamotes juives » pour te citer est aussi eune evidence pour bons nombres de sages sefarades et de toutes
    origines..

    bref, la rapidite de ton jugement , sans que pour autant tu aparaisses comme  » baki » dans ce style d’ ouvrage me laisse un peu surpris.

    un rav Soloveitchik que tu as l’ air d’ apprecier un peu plus, aurai a mon avis parlé avec beaucoup plus de koved roch d’ un sujet comme cela, alors qu’ il est connu qu’ il avait une tres grande
    estime pour le tania qu’ il aurai connu …par coeur.

    J’ espere ne pas t ‘ avoir manqué de respect.

    kol touv

  117. Bonjour,

    Merci à tous de vos commentaires!

    @ Lambez

    Oui, vous avez parfaitement raison de relever que la Avoda Zara a toujours été rejetée avec force par la Torah et les Sages.

    Maintenant, cet argument concerne plutôt le troisième point de mon billet – les 7 mitsvot des Bnei Noa’h. L’idolâtre, par définition, ne les respecte pas. Par contre, il me semble que les deux
    premiers points du billet restent applicables même à un idolâtre. En d’autres termes, le juif religieux pense que l’idolâtrie est une erreur, mais il sait qu’il ne peut contraindre son
    interlocuteur à penser différemment, donc il ne peut que tolérer.

    Maintenant, pour les musulmans, les athées et les agnostiques, le troisième point du billet reste valable. Pour les Chrétiens, tout dépend des avis. Selon le Meiri et les Tossafot, le Christianisme
    n’est pas de l’idolâtrie. Selon le Rambam si, mais a-t-il vraiment eu l’occasion dans sa vie de connaître les doctrines chrétiennes? Et puis, les juifs en général connaissent bien peu les divisions
    internes des Chrétiens. Il y a des groupes unitariens, qui ne croient pas en la Trinité, ce qui devrait à mon sens les exclure de la catégorie Avoda Zara. Bref, une situation complexe, mais on peut
    trouver des arguments solides pour soutenir que le Christianisme n’est pas de l’idolâtrie selon le Judaïsme.

    Ce qui signifie que 99.9% des non Juifs qu’un Juif rencontre ne sont pas idolâtres… votre remarque concerne les autres.

  118. @ Yona

    Je ne veux pas dire que ‘Hazal étaient tolérants, effectivement. Ce serait anachronique, tout d’abord, la tolérance étant un concept qui a été développé bien après. Et ce ne serait surtout pas
    vrai. On trouve de tout dans ‘Hazal, dont certaines idées très « ouvertes » à propos des non Juifs, et d’autres qui le sont beaucoup, beaucoup moins (et je suis d’accord avec E.Cohen sur la vision
    des non juifs al pi kabbala, sauf qu’à moi elle pose un gros gros problème). Une étude complète des idées de ‘Hazal sur les non Juifs dépasse largement le cadre de ce billet.

    Ce que je voulais dire, c’est qu’on peut trouver des sources juives à l’appui de l’idée de la tolérance. Autrement dit, que l’on peut être orthodoxe et être tolérant, sur la base de nos sources.
    J’ai conscience que l’on peut aussi être orthodoxe et raciste… j’en croise souvent! 😉

    C’est donc un billet « engagé » que j’ai écrit ici. J’ai laissé de côté ma casquette d’universitaire, ce n’est pas une étude neutre.

    A part cela, je trouve intéressant que tu « neutralises » les sources anti-goyes en limitant leur validité à leur époque spécifique. Ce raisonnement (étudier le contexte d’une source pour en
    déterminer le champ d’application), tu ne l’acceptes pas toujours. Pourquoi ici oui ? Serais-tu prêt à admettre ce que j’ai écris plus haut avec un point d’interrogation à propos du Rambam ?
    Maimonide aurait pu penser différemment à propos du Christianisme s’il avait vécu en pays chrétien…

  119. @ E.Cohen

    Merci de vos remarques. Il n’y a aucun problème à ce que vous soyez le Loubavitch de service, vous serez le Chaliah du Rabbi dans la blogosphère juive francophone 🙂

    Les sources du Baal Chem Tov sortent à l’extérieur …

    Gardons le débat sur le Tanya et les autres sifrei kabbala pour le prochain billet. Pour votre commentaire 19, vous avez parfaitement raison, mais cela entre dans la discussion entre le Yaavetz et
    Mendelssohn que je n’ai fait qu’évoquer dans une note de bas de page. En gros, la question est celle de la bonne girsa dans le Rambam, et cela change énormément le sens de qu’il a écrit. Peut-être
    y reviendrai-je dans le futur.

  120. Honetement, je n’ ai pas la meme definition du racisme que celle rapportee par les differents commentaires de ce blog.
    Cependant, la tfila doit etre  » une torture » ou necessiter un limoud en temps reel assez important pour les personnes concernees.
    elle commence … chelo assani goy… et finit par alenou lechabeyah…chelo ssanou kegoye aratsot….

  121. @ Emmanuel :

    Même dans le fond, je n’approuve pas trop ton approche que tu amènes pour appuyer l’idée que la  » tolérance  » est compatible avec les sources de ‘Hazal, car je la trouve trop apologétique. Cf. Le
    précédent exemple. Mais aussi :
    On n’oblige pas un juif à croire (sauf chez le Rambam, 1ère nuance non des moindres), mais on lui interdit de croire en d’autres choses. Si quelqu’un se pose la question « qu’y a-t-il en haut ou en
    dessous » (pour reprendre simplement la michna de ‘Hagugiga ») sa demande est illégitime, il sort alors du cadre de la croyance nécessaire. Bref, au bout d’un moment, la tolérance est limitée,
    réglementée (remarque il en va de même dans la société, on tolère un mariage homosexuel, mais on ne tolère pas d’autres choses, il y a toujours une limite quelque part, lorsque la nouveauté vient
    déranger les mœurs établies)
    L’acceptation des individus par des individus est un autre problème (rapprocher d’une main etc…). Tu peux trouver des personnes très pointues sur le respect des dogmes, sur le plan de la pensée,
    et en même temps très ouvertes sur le plan concret. ça dépend très souvent des caractères aussi.

    Pour ta question : Il est effectivement possible que le Rambam se soit exprimé différemment s’il avait vécu dans le contexte du Méïri. J’ai beaucoup étudié le sujet et j’en suis arrivé à la
    conclusion que la perception du pikoua’h nefesh entre le Mishna Beroura et d’autres a’haronim postérieurs beaucoup plus souples , est sans doute également lié au contexte.

    (si tu lis attentivement mon texte, tu verras qu’au contraire j’accorde une grande importance à la prise en compte du contexte socio-culturel dans la Pssika).

    @ E. Cohen :

    Ce que j’ai écrit ne constitue pas un manque de kavod. Au contraire, le manque de kavod face à au texte d’un Rav est d’accepter ce qui est marqué sans essayer de réfléchir dessus. J’étudie comme
    tout lamdan le Shoulkhan Aroukh haGra »Z avec les autres posskim, mais je n’accroche pas sur le plan de la pensée juive. Toutefois je suis tolérant si d’autres accrochent, pas de soucis 😉

    Yona

    PS : E. Cohen : On se connaît ? (Je demande ça car vous me tutoyez et vous me rappelez que j’étais à Or ha ‘Haïm -je ne l’avais pas oublié d’ailleurs, superbe année, Rabbanim exceptionnels sur les
    midot, mais je ne dirais pas partager à 100 /° la hashkafa du makom- ).

  122. a Y.Ghertman

    Desole pour le tutoiement, je pensais surement a tort qu il etait de mise sur ce blog.
    Je ne vous connais absolument pas, votre parcour etait mentionne au debut d un article, et il me semblait bien qu or hahaim tenait de rabbanims sefarades tel que rav Ben Tsion Abba Chaoul ou rav
    Yehouda Tsadka dont le cote hashkafique est comme je le decrivais.

    Kol touv
    Chabat chalom

  123. En fait c’était une vraie question ! Le tutoiement ne me dérange pas du tout 😉

    Donc effectivement , le Roch Yechiva est un talmid du Rav Tsion Abba Shaoul. L’aspect mystique de la Torah n’était pas enseigné dans les shiourim classiques (iyoun, békiout moussar), mais le Rav
    lui-même étudiait beaucoup la Kabbala. C’est quelqu’un d’exceptionnel, un talmid ‘hakham et un baal midot. Très tolérant également : il pouvait y avoir des kippot srougot et des ‘habbad à la
    Yechiva (alors que dans d’autres yéchivot « noires » c’est assez mal vu). Il m’aurait peut-être un peu engueulé si je m’étais exprimé comme ça, mais il aurait aussi souri du coin de la lèvre, car il
    savait que mes provocations de ce genre n’ont pas une intention de zilzoul.

    Pour la petite histoire le matin et le soir j’étais à la Yechiva. L’après-midi à Har hatsofim pour mes recherches. J’ai eu une permission pour travailler sur mon travail universitaire dans ma
    chambre pendant les heures du seder du soir. Ça c’est une vraie illustration de tolérance.

    Je te remercie de m’avoir ramené quelques années en arrière (même indirectement)

    Gut Shabbess

  124. Quelques petites remarques…

    Salut Emmanuel,

    Premièrement, je tiens à te féliciter pour ton article, il est plus que bienvenu.
    Je n’ai malheureusement pas suivi le fil de la conversation dans les commentaires, mais je réagirais sur l’article.

    Question: une personne a-t-elle réellement « le droit de penser et d’agir différemment », selon la Torah ? Les arguments que tu avances sont très intéressants.
    Je voudrais cependant faire quelques petites remarques.

    1. Il est vrai qu’il est impossible de forcer quelqu’un à croire. Toutefois, je ne crois pas que le Or H’ attaque le Rambam sur ce point, exactement. Dans la première partie de son livre, il écrit
    qu’il ne se peut pas qu’il y ait un commandement de croyance sans entité qui le commande. S’il existe une entité qui me dit quoi faire, c’est que j’y crois et si j’y crois déjà, comment pourrait-Il
    me commander de croire en lui? C’est là un problème logique. Il n’affirme absolument pas qu’on ne peut pas forcer à croire.

    De plus, la majorité des rishonim ont compté cela comme une mitzva (Sefer hamitzvot, comm. pos. 1, selon Moreh Nevouh’im II, 36 cf. encore drashot haran, 5; Smag, assin 1 (cf. brit moshe, ad loc.);
    Smak, 1; H’inouh’, 25; Azharot de Rabbi Shlomo Ibn Gavirol, Assin 11 et 12; H’aredim 9, 1-2; Ramban, hassagot sur sefer hamitzvot comm. non-pos. 1 et comm. sur la Torah Shemot 20:2, ainsi que dans
    sa drasha « Torat H’ Temima » (il y a une nouvelle édition sortie l’année dernière, avec le commentaire H’azon Yoel, il paraît qu’elle est plus précise que celle du Rav Chavel…); Ibn Ezra sur la
    Torah, ibid. et dans Yessod Mora, 7ème portique).
    Il est à noter que la preuve du Rambam dans le Sefer Hamitzvot est controversée (cf. Zohar Harakya du Tashbetz, lettre 12, selon le T.B. Horayot 8b et la réponse possible du Lev Sameah’ sur Sefer
    Hamitzvot, ad loc.; cf. encore Resp. Tashbetz I, 139; H’idoushei Rav Sh. Eiger, ramené dans le Sefer HaLikoutim; Brit moshé sur le Smag, comm. pos. 1, lettre 7; Maharam Shik, comm. 25; Avodat
    Hameleh’; h’idoushei Mahari Perla sur Rassag, I, 74a) et que Rassag et Bahag ne l’ont pas compté.
    Cependant, la légende veut que Bahag ait changé d’avis à la fin de sa vie, mais trop tard pour changer son livre.
    Il semblerait donc que les propos du Or H’ ne soient pas une preuve. Cependant, c’est une affirmation logique qui ne peut être repoussée (sauf dans certaines situations décrites dans les livres
    d’Orwell) – on ne peut pas forcer quelqu’un à penser quelque chose, ni à croire, mais on peut fortement l’influencer…
    Toutefois, une question semblable est soulevée par certains exégètes dont le Maharal (Tifferet Israel, chap. 37) et Rabbi Tzadok HaCohen de Lublin (Ressissei Layla, 15) qui posent la question
    pourquoi la première parole, anoh’i, n’est pas dite sous forme de commandement… alors que leur réponse va dans une autre direction.
    [Le Maharal, par exemple, explique que le verset vient nous affirmer, nous raconter, la présence Divine non pas comme un ordre, comme un commandement, pour dire « recevez Ma Royauté », mais plutôt
    pour nous dire quelque chose de plus profond : la phase première de la connaissance de l’existence de D’ on la connaissait déjà, cependant les mots « Je suis l’Eternel ton D’ » viennent exprimer la
    nécessité de la chose, il n’y a d’autre possibilité que de Le recevoir, car la Vérité n’est ni statistique, ni relative, ni subjective, elle est absolue sans possibilité d’être repoussée. Selon le
    Maharal, D’ n’est pas D’ selon notre volonté, mais par Sa Volonté et cela est une nécessité, c’est pour cela qu’il a retourné le Mont Sinaï sur nous et a dit : « si vous acceptez ma Torah, tant
    mieux, sinon, ici sera votre tombeau »].
    (La réponse que tu proposes dans la note 5 relativement au Rambam n’est pas la seule possible, et il faut donner une définition exacte du mot « lada’at ». J’espère à l’occasion pouvoir y revenir,
    veod h’azon lamoed.)

    2. Il faut noter que le constat du libre arbitre (dont les sources que tu ramènes parlent) n’est pas forcément lié au fait qu’une « action n’a de sens religieux que si elle est accomplie
    volontairement », si ce n’est qu’il faut accepter le fait du libre arbitre pour pouvoir agir volontairement, même dans un acte religieux.
    Ceci mis à part, dans la note 7 tu notes ne pas connaître un autre cas de déterminisme juif… quid du Admour de Izbitsa et de son disciple Rabbi Tzadok Hacohen de Lublin (déjà cité précédemment),
    leur vision du monde se retrouve même dans une piska de Orot Hatechouva du Rav Kook.

    3. Je n’ai pas compris en quoi le fait d’admettre qu’il « ne soit pas nécessaire d’être juif pour avoir une part au monde futur » était une preuve de tolérance ? Finalement, si le non-juif ne
    respecte pas les sept lois noachides, édictées par le Judaïsme, il n’aura pas part au monde futur (comme dit dans les sources que tu cites). C’est donc que le Judaïsme édicte le bon comportement,
    la juste voie à suivre, même pour les non-juifs! On n’a pas de problème à accepter quiconque suit ce que l’on dit, parce qu’on croit que c’est juste… C’est tout le contraire de la tolérance…

    En fin de compte, je suis plus que d’accord avec ta conclusion, mais je ne crois pas que tu aies amené de preuves concrètes à cela…
    En tous cas, yishar koah’.
    Kol touv et à bientôt j’espère.

  125. Merci à tous de vos commentaires que je lis ce matin! Cette discussion est un vrai plaisir.

    @ E.Cohen (commentaire 26)

    Il y a (en gros) deux manières de concevoir la spécificité d’Israël par rapport aux non Juifs.

    http://www.cheela.org/popread.php?id=53703

    Soit nous sommes juifs parce que nous sommes par essence meilleurs que les autres, soit parce que nous avons plus de devoirs qu’eux. Vous choisissez la première voie, moi la deuxième. La différence
    ne me semble pas être dans l’effort d’interprétation des mots de la tefilah. Par contre, au niveau humain …

  126. @ Yona

    Merci de ta réponse! Mais je dois avouer que certains de tes points m’ont pas mal surpris.

    1. Sur la définition de la tolérance: je veux juste être sûr que nous parlons de la même chose. La définition que j’utilise pour le mot est clairement posée dans le billet (le droit de penser
    différemment et d’avoir tort); alors quand, dans ton commentaire 27, tu mets le mot entre guillemets, ceci implique un désaccord, ou à tout le moins une distance critique… Voudrais-tu
    préciser?

    Par la suite, dans ton commentaire 29, tu emploies effectivement le mot dans un contexte très différent. Je suis convaincu que le Rosh Yeshiva dont tu parles est quelqu’un d’extraordinaire, et mon
    but n’est pas h »v de critiquer, mais enfin … quand tu as un baal techouva qui veut venir étudier dans ta yeshiva, qui fait le seder du matin, passe l’après-midi à étudier des sujets juifs, à
    l’université mais dans une approche non critique pour avoir une parnassa, et qui a besoin du seder du soir pour son travail … quelle raison aurait-il bien pu trouver de refuser? Faisais-tu quoi
    que ce soit d’interdit ? Exprimais-tu des opinions différentes des siennes ?

    2. Sur la définition de l’apologie. Tu as parfaitement le droit de ne pas être en accord avec mon approche, je le respecte. Mais je pense que ma démarche n’est pas apologétique. Elle le serait si
    je prétendais que la tolérance est la seule position de nos sources, et que j’évacuais, en les passant sous silence ou en les réinterprétant, les sources allant dans le sens contraire. Ce n’est pas
    le cas.

    Je verrais les choses ainsi. A la question « le Judaïsme est-il tolérant? », il y a 3 réponses possibles.

    a. Universitaire – réponse: tout dépend des sources. Puis, analyse des différents textes, en fonction de l’endroit, de l’époque, de la personnalité du Sage, etc.

    b. Religieuse apologétique – réponse: oui. Puis, quelques arguments en faveur de la tolérance, et silence radio sur les sources contraires.

    c. Religieuse honnête – réponse: on peut réconcilier l’idée de tolérance avec le Judaïsme orthodoxe, mais cela demande des efforts. Suivi d’une discussion honnête des sources dans les 2 sens.

    J’essaie de prendre la 3ème approche, pas la 2ème.

    3. Ton idée selon laquelle on n’oblige pas un Juif à croire est complètement fausse. Regarde la liste des Richonim cités par S.E. et qui comptent la foi en Dieu comme une mitsva positive! Et puis,
    la liste des 13 Ikkarim du Rambam n’est pas la seule, de nombreux richonim ont établi leur propre liste de croyances nécessaires, en y incluant un peu plus ou un peu moins selon les cas. Lis les
    livres cités dans ma première note de bas de page pour plus de détails, ils sont en anglais.

    Le Rambam a pourtant bien une spécificité: il est le plus sévère au niveau des conséquences. Pour lui, celui qui ne croit pas en l’un des Ikkarim n’ pas le droit au monde futur, ou bien est un
    apikoret, … Il va plus loin que les autres richonim sur ce point très précis.

    4. La question du billet est: quelle doit être l’attitude du juif orthodoxe face à celui qui ne partage pas les dogmes orthodoxes. Je ne crois pas que les questions de mariage homosexuel, etc.,
    soient liées à cette thématique.

  127. @ S.E.

    Merci pour cette longue réponse bourrée de références. J’ai souri en voyant que tu es d’accord avec le message général de l’article tout en pensant que tous mes arguments sont faux 🙂

    Comment répondrais-tu alors à ma question de base? Quels arguments en faveur d’une tolérance juive orthodoxe ? (vois avec Gabriel, cela peut parfaitement donner un autre billet sur ce blog, je
    serais très intéressé)

    Pour te répondre:

    1. Oui, je sais que ‘Hasday Crescas attaque le Rambam par d’autres moyens, y compris celui que tu mentionnes (commander de croire en Dieu est circulaire, pour commander il faut que Dieu existe). Je
    me suis limité au seul argument qui était pertinent pour mon analyse. La faute à Gabriel, qui me dit de faire court pour un billet de blog 😉

    Je n’ai pas le Ohr H’ devant moi, mais dans mon souvenir l’idée qu’on ne peut forcer qqun à croire y figure bel et bien. Si c’est important, je vérifierai pour retrouver la référence exacte.

    Je n’ai pas cherché à faire la liste exhaustive des Richonim qui affirment l’existence d’une mitsva de croire en Dieu (la légende sur le Behag n’est clairement pas partagée par le Ramban, en tout
    cas, vois ce qu’il écrit sur le Sefer haMitsvot). Ce qui m’intéressait, c’était de démontrer que cete obligation de croire pose un problème logique. Ce problème logique existe quel que soit le
    nombre de Richonim, ce n’est plus une question de majorité vs minorité.

    De la même manière, je pense que l’idée selon laquelle on ne peut forcer qqun à croire se retrouve encore ailleurs que dans Hasday Crescas. Encore une fois, mon but n’était pas d’être exhaustif
    ici, mais synthétique.

    2. Je suis désolé, je ne comprends pas bien ton argument ici.

    Pour le Mei HaShiloah et r. Tsadok, je serais très intéressé d’avoir les sources! Mais bon, cela reste toujours des exceptions à la règle…

    3. Oui. Mais vois mon commentaire 23 plus haut. Par opposition à cela, le Christianisme a proclamé pendant des siècles que le salut ne pouvait provenir qu’à travers l’Eglise. Le Judaïsme est bien
    plus ouvert sur les perspectives spirituelles de l’Autre.

    Chabbat chalom à tous!
    Emmanuel

  128. Chavouatov,

    On peut expliquer la « tolérance » de différentes manières. Il faudrait définir l’objet et le sujet pour que l’on comprenne la définition que tu apportes dans le billet : « droit de penser
    différemment et d’avoir tort » .

    Qui détermine ce droit, comment se concrétise-t-il ?

    Dans l’exemple que je donnais dans mon commentaire 29, le Rav admettait que je poursuive des études universitaires alors que pour une lui une telle chose était une erreur, puisque la seule voie
    légitime est le limoud à temps plein. Je pensais différemment et je ne m’en suis jamais caché. De même aujourd’hui au Collel.

    Cependant tu ne parles pas vraiment de cela dans ton billet, donc je reprends tes trois exemples :

    1/ Il est impossible de forcer quelqu’un à croire : cela ne signifie pas qu’il ait le droit de sortir du cadre établi, même par la pensée. Même sans rentrer dans les discussions sur les 13 ikarim,
    il y a des principes de ‘Hazal admis par tous et toute pensée contraire est prohibée (ti’hiat ha métim, michna de ‘haguiga sur la limite au questionnement, etc…). Bref, je ne vois pas dans cet
    exemple une illustration de la tolérance dans le judaïsme.

    2/ Une action n’a de sens religieux que si elle est accomplie volontairement : là je ne vois pas où tu veux en venir : quel rapport avec la tolérance ? (au passage, on ne peut pas forcer quelqu’un
    a faire une mitsva = en théorie. Cf la fantastique pirouette intellectuelle du Rambam dans « kofin oto »)

    3/ L’acceptation du ‘olam ha ba pour celui qui respecte les 7 mitsvot : Nous sommes trois dans les commentaires à avoir soulevé l’erreur, inutile de répéter ce que j’ai déjà écris. Tu réponds à SE
    que cela diffère du christianisme. Donc au mieux tu montres qu’il y a moins d’intolérance dans le judaïsme qu’ailleurs. Il y a une nuance entre « moins intolérant » et « tolérant ».

    Yona

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