Pour l’amour de Sion, je ne garderai pas le silence et pour Jérusalem je n’aurai point de repos. (Isaïe 62:1)

https://i0.wp.com/www.modernorthodox.fr/wp-content/uploads/600px-%D7%A9%D7%91%D7%A2%D7%AA_%D7%94%D7%9E%D7%99%D7%A0%D7%99%D7%9D.jpg?resize=223%2C223Pour une fois, j’ai du mal à écrire. Pourtant, ce n’est pas l’inspiration qui manque – plutôt l’inverse.

Les idées se font désordonnées, tant elles se bousculent. L’émotion s’en mêle également, comment traduire les mots du cœur ?

Comment réussir à toucher l’autre, si proche mais si loin ? Les doutes aussi s’en mêlent. Me comprendrez vous ? Me lirez vous ?

Certains se diront peut être, voilà un jeune idéaliste qui ne tardera pas à être désabusé. D’autres, me liront avec un sincère intérêt, sans pour autant réussir à comprendre ce que la raison ne saisit pas forcement. Mais peut être qu’un lecteur, où qu’il soit, me comprendra. Ce texte est pour lui.

« Quand tu seras arrivé dans le paysque l’Éternel, ton Dieu, te donne en héritage, quand tu en auras pris possession et y seras établi[…] tu te réjouiraspour tous le bien que l’Éternel, ton Dieu, aura donné à toi et à ta famille, et avec toi se réjouiront le Lévite et l’étranger qui est dans ton pays. »1

« tu seras » n’est utilisé que pour parler de joie. Pour t’apprendre qu’il n’y a de joie que dans l’établissement au pays [d’].2

La gloire de Dieu est ta splendeur, la lumière du soleil, de la lune et des étoiles, tu n’en as pas besoin. […] L’air de ta terre est la vie de mon âme comme la myrrhe est ta poussière et suave comme le miel sont tes eaux vives. Il serait doux à mon âme d’aller pieds nus parmi les ruines où fut ta parole…3 Ces vers ne sont pas seulement l’œuvre d’un poète doué. Il s’agit des mots de mes ancêtres, vos ancêtres. Des mots profonds, bouleversants, déchirants. Des mots qui calmaient les pires maux.

Que décrivent ces vers? Notre passé, et notre avenir. Nos joies et nos peines. Nos vies.

Oui, nos vies. Mon cœur est en Orient, mais moi je suis au fin fond de l’occident4.Ceci était, et continue à être, le destin du juif de l’exil. Aujourd’hui, certains ont du mal à se l’avouer, mais ne tremblent-ils pas lorsqu’Israël est menacé ? Ne prient-ils pas chaque jour pour Jérusalem ? Y a t-il un endroit ou nous ne mentionnons pas son nom ? Y a t-il une prière, une fête, un geste, qui ne soit pas lié à Sion ?

Peut être que c’est parce que nous la mentionnons trop que nous l’oublions parfois. Sa présence constante n’est pas supportable. Au cœur de nos prières, la voilà. À chaque naissance, chaque mariage, chaque deuil, elle est là. À chaque fête, elle réapparait, toujours plus présente.

Qu’il soit ta volonté mon Dieu, de nous ramener dans la Joie à Sion5. L’an prochain à Jérusalem6. Lorsque Dieu ramènera les exilés de Sion, nous serons comme dans un rêve.7 Joie pour ta terre et Paix pour ta ville8. Si je t’oublies Jérusalem, que ma droite m’oublie9. La bonne et large terre que tu nous as donné10. Constructeur de Jérusalem11….

Nous l’avons oublié, c’est compréhensible, il n’est pas facile de vivre en sachant que nous avons perdu le socle de nos vies. Nous avons dû réinterpréter, s’arranger sans elle, diminuer son rôle, habituer notre inconscient à ne plus la remarquer – ni dans les prières, ni lors des cérémonies, ni lors de la lecture des prophètes et de la Torah. Nous n’aurions pas pu vivre autrement. Mon chagrin est faible, car je ne peux plus supporter, tant mon âme est amère12.

Mais pourtant, nous avons gardé un espoir fou. Ou peut être est-ce cet espoir qui nous a gardé ?

La véritable bravoure du judaïsme de l’exil proviendra de son profond attachement à Eretz Israël. C’est de l’espoir qu’il place en Eretz Israël qu’il recevra toujours les qualités qui lui sont propres. L’espérance en la délivrance est la force qui maintient le judaïsme de l’exil, et le judaïsme d’Eretz Israël est la délivrance même13.

Même lorsque tout allait bien, nous ne l’oublions pas entièrement. N’est ce pas au cœur de l’Espagne qu’on composa ses plus beaux poèmes ? Je briserai la beauté de mes verrous pour te rejoindre. Qui me donnera des ailes ? Je m’éloignerai errant ! Je déposerai les ruines de mon cœur entre tes ruines. Je poserai ma face sur ta terre, je désirerai tes pierres et je choierai ta poussière14.

Et aujourd’hui, tout cela est possible. Bien plus même. À la place des errances entre les ruines, il nous est donné de construire. À la place des pleurs, sont apparus les rires. Et voilà que déjà, des vieux et des vieilles sont assis sur les places de Jérusalem, tous un bâton à la main à cause de leur grand âge. Et les places de la cité sont pleines d’enfants qui jouent sur ces places15.

C’est un fait indéniable. Une prophétie surréaliste il y a cent ans, devenue le quotidien des habitants de Jérusalem, dont j’ai l’honneur de faire parti. Réjouissez-vous avec Jérusalem et soyez dans l’allégresse pour elle, vous tous qui l’aimez !16

Évidement, tout n’est pas parfait. Le rêve est devenu réalité, et la réalité est toujours plus complexe !

Il n’est pas simple de devenir adulte. Cela ne fait aucun doute. Être aux mains des nations, ignorer le sens de mots comme « politique », « autonomie », « auto-gestion » cela est fort pratique.

Tel un enfant qui passe à l’âge adulte, nous voilà en pleine crise d’adolescence. Voulons-nous vraiment être adultes ? Indépendants ? Les doutes sont là, mais au fond chacun connait la vérité. La vérité est que la terre d’Israël est redevenue le centre de nos vies et de nos espoirs.

La situation n’est pas toujours facile. Comment comprendre que c’est justement dans l’état juif que nous nous séparons les uns des autres ? Au final, nous restons une grande famille réunie.

Une famille avec ses tensions, ses comptes à régler, ses enfants rebelles. Une famille dispersée qui se retrouve et qui à tant à se dire, à faire, à partager.

Je vais vous l’avouer, la famille va très bien. Beaucoup mieux qu’elle veut bien le dire ! Évidement, la mère (juive) est pleine d’inquiétudes. Elle est soucieuse et exigeante, le moindre défaut lui apparaît comme un échec fatal. Mais c’est une battante, qui ne baisse jamais les bras. Les enfants sont turbulents, ils se chamaillent, se battent, se font la tête. Parfois, cela dure même assez longtemps, mais au final, ils se réconcilient toujours. Certains traversent des phases difficiles (la mère juive considère que tout est perdu), mais eux aussi se débrouilleront bien.

La famille est séfarade, elle déborde de sentiments, elle exagère, elle dramatise, et lorsque tout va bien, elle ne connait pas la modération. Prenez de ses nouvelles, elle vous dira que c’est la fin, plus de famille, plus de fête… ou à l’inverse, elle vous pressera de la rejoindre, pleine d’enthousiasme, comme un enfant désirant partagé sa joie avec tout ceux qu’il croise.

Bientôt, chaque enfant trouvera sa voie, sa place au sein de la famille. L’harmonie viendra ensuite. Les frères s’accepteront et s’aimeront de cet amour qui unie les êtres chers, au delà de la raison.

Heureux et l’homme qui attend, il se rapprochera

et verra l’ascension de ta lumière.

Sur lui, tes aubes écloront . Il verra ta place de choix,

et se réjouira lorsque vers toi reviendra, ta jeunesse d’autrefois17.

 

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1Deutéronome 26:1-10

2Rabbi Hayim Ben Attar (18e siècle, Maroc-Israël), Or Hahayim, commentaire sur Deutéronome 26:1

3D’après un poème de Rabbi Yéhouda Halevy (11e siècle, Espagne), Sion.

4D’après un poème de Rabbi Yéhouda Halevy (11e siècle, Espagne), Mon cœur est en Orient.

5Prière du Moussaf

6Clôture de la Haggada de Pessa’h

7Psaume 127, lu avant la récitation du Birkat Hamzon

8Extrait de la Amida de Rosh Hashana

9Psaume 137, récité avant le Birkat Hamazon et lors des mariages.

10Texte du Birkat Hamazon

11Amida quotidienne, Birkat hamazon.

12D’après un poème de Rabbi Yéhouda Halevy (11e siècle, Espagne), Sion.

13Rav Kook, Orot, Eretz Israël 1:1

14D’après un poème de Rabbi Yéhouda Halevy (11e siècle, Espagne), Sion.

15Zacharie 8:4

16Isaïe 66:10

17D’après un poème de Rabbi Yéhouda Halevy (11e siècle, Espagne), Sion.

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