Honi_Ha_Ma'agelLe 4 ou 5 Décembre, les juifs de Diaspora commencent à réciter la pour la pluie durant leurs prières quotidiennes (ותן טל ומטר/ברך). Mais saviez-vous que cette date fut fixée suite à une historique due au changement du calendrier par le Pape  ?

 

Quand prie-t-on pour la pluie ?

Selon la Michna[1], on commence à prier pour la pluie dès le 7 Heshvan, soit deux semaines après la fin de la fête de Souccot. C’est ainsi qu’agissent les juifs vivant en Israël.

Cependant, le Talmud[2] nous apprend qu’en Babylone, les juifs ne commençaient ces prières que 60 jours après l’Automne, car “ils n’ont pas tellement besoin de pluie”[3].

Pour une raison qui mériterait un développement à part, la finit par s’imposer ainsi : les juifs d’Israël suivirent l’avis de la Michna et les juifs de Diaspora adoptèrent la coutume babylonienne.

Notez que la logique du Talmud est justement de prier lorsque la pluie est nécessaire. Ainsi, selon cette logique un juif d’Afrique du Nord devrait probablement prier dès le 6 ‘Heshvan, en accord avec les besoins locaux. De nombreux rishonim[4] ont effectivement défendu cette position, le Rosh (Allemagne, 13e siècle) a même tenté par la force de changer les coutumes de sa communauté, sans succès[5].

Quoi qu’il en soit, tous les décisionnaires contemporains s’accordent à dire que les juifs de Diaspora suivent l’avis du Talmud et débutent leurs prières pour la pluie 60 jours après l’Automne. Vraiment ?

 

Un peu de mathématiques et d’astronomie

S’il faut prier pour la pluie 60 jours après l’Automne, encore faut-il définir quand commence l’Automne. Or, l’équinoxe d’Automne n’est pas fixe[6]. Il peut tomber le 21, 22, 23 ou 24 Septembre. Si le  Rav Aboudaram[7] (Espagne, 14e siècle) est conscient que la date n’est pas fixe, il ne parle que du 22 et 23 Septembre. Le Tashbetz (Algérie, 15e siècle)[8] ne parle quant à lui que du 24 Septembre.

Quoi qu’il en soit, soixante jours plus tard nous sommes, au choix, le 20, 21, 22 ou 23 Novembre. Il nous manque toujours une dizaine de jours pour arriver au 4 ou 5 Décembre.

 

Grégoire XIII et la loi juive

En 1582, le pape Grégoire XIII actualise le calendrier. Il s’était rendu compte qu’un petit retard avait fini par créer un décalage de 11 jours entre le soleil et la date inscrite sur le calendrier. Le 4 Octobre 1582, les habitants de l’Europe catholique se couchent pour se réveiller le 15 Octobre de la même année.

Cette année, les juifs comptent 60 jours depuis l’équinoxe d’Automne pour tomber sur la date du… 4 Décembre. Si le calcul était exacte pour l’année en question (à laquelle il manquait 15 jours), la date était fausse dans l’absolue.

D’année en année, nous perpétuons une erreur datant de l’an 1583 et causait par l’introduction du calendrier grégorien ! Bien sûr, certains finirent par s’en rendre compte[9], mais qui oserait annuler une coutume pratiquée par l’ensemble du peuple juif depuis un demi-millénaire ?

 

Les erreurs halakhiques et nous

Que devons-nous faire lorsqu’une pratique juive se révèle découler d’une erreur ?

Personnellement, je ne crois pas qu’il y ait une règle absolue. En l’occurrence, cette erreur dépend avant tout de notre conception de cette prière. Pourquoi, pour qui, prions-nous ?

La prière pour la pluie est la prière collective par excellence. Nous prions pour le bien être du pays et de ses habitants. C’est pourquoi, même si dans l’idéal j’attendrais des décisionnaires qu’ils mettent fin d’un commun accord à cette erreur, je ne me permettrais pas de changer seul ma prière. Pas par peur ou par immobilisme, mais par désir de prier avec tout le peuple juif pour la collectivité. Cette fois-ci, il me semble que l’aspect collectif d’une demande passe avant la lettre de la loi.


[1]Michna Taanit 1:3

[2]T.B Taanit 10a

[3]Rachi, ibid

[4]Voir par ex. Le Méïri, beit habé’hira, taanit 10a

[5]Voir ses responsa, Shout Harosh 4:10

[6]Voir les dates détaillées pour chaque année ici : http://www.imcce.fr/fr/grandpublic/temps/saisons.php

[7]Sefer Haaboudaram, 18

[8]Shout Tashbetz, 3:123

[9]Par exemple, Rav Moshé Fenstein. Iguerot Moshé, O.H 5:7

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