Quand une olive devient un œuf

olive

Pessah’ est déjà loin derrière nous, mais tout le monde se rappelle le soir du Seder. La famille, les quatre coupes, la lecture de la Hagada et surtout la Matsa.

Plusieurs règles régissent la consommation de la Matsa le soir du seder. Premièrement, il est obligatoire d’en manger le premier soir. Deuxièmement, on en mange à plusieurs reprises : pendant le Motsi, puis pendant Korech et enfin pendant Tsafoun. Mais surtout, il faut en manger une certaine quantité. Durant le Motsi, il faut prendre au moins deux .

La plupart des autorités contemporaines se basent sur les conclusions du Rav A.H Naeh qui considérait qu’un kazayit correspond à un volume de 29 centimètres cube (shiourei torah, 3, p.158). Certains se montrent plus strictes et suivent l’avis du Hazon Ish, qui exigeait un minimum de 50 centimètres cubes (Hazon Ish, O.H, Kountrass hashyourim).

Il faut donc manger au moins 60 cm3de Matsa lors du Motsi. Selon l’opinion la plus souple, ce volume correspond à 20 grammes de Matsa. Selon le Hazon Ish, on arrivera à 28 grammes. J’imagine que ces chiffres restent très théorique pour la plupart des lecteurs. Pour les rendre plus concrets, il faut préciser qu’une Matsa moyenne pèse au alentours de 33 grammes. Par conséquent, il faudrait manger plus d’une demi-matsa pour s’acquitter de la mitsva de motsi (sic). Certaines autorités se montrent plus souples et ne nécessitent « que » un tiers de matsa…

Le vrai problème c’est que le kazayit  n’est pas une mesure classique. Kazayit  signifie littéralement « comme une olive »Si la Torah nous demande de manger un volume qui correspond à celui d’une olive, comment sommes nous arrivés à une trentaine de centimètres cube ? Après tout, une olive ne dépasse pas les quatre centimètres cube (et je parle d’une grosse olive !).

Si vous osez poser cette question à voix haute le soir du Seder, il y aura toujours quelqu’un pour vous répondre qu’ « à l’époque du Talmud les olives étaient plus grosses » (apparemment, elles étaient vraiment énormes).

Un esprit rationnel ne sera que très moyennement convaincu, mais ne disposera pas toujours du matériel nécessaire pour contredire une telle affirmation et devra donc manger sa demie matsa en silence…

D’ailleurs, si l’interlocuteur est érudit, il soulignera même que c’est là l’avis du Mishna Broura (486,1) qui se base sur l’opinion du Noda BiYehouda (Tzlach, Pessachim 120a)…

Heureusement, certains ont pris le sujet à cœur. C’est le cas du Rav Natan Slifkin, webmaster de l’excellent blog « Rationalist Judaism » qui a rédigé un superbe article dans lequel il prouve l’absurdité de cette thèse. L’article est disponible ICI (l’auteur demande un payement symbolique pour le travail de recherche considérable qu’il a du fournir).

Pour résumer les grandes lignes, R. Slifkin commence par prouver que les olives israéliennes d’il y a deux milles ans n’ont pas changé (surprise !). Les preuves sont simples et évidentes. Jusqu’à ce jours, on trouve en Israël des oliviers de plus de deux milles dont les fruits n’ont pas de proportions titanesques. Pour ceux qui doutent encore, de nombreuses jarres d’olives fossilisées ont été trouvées dans des lieux tels que Massada et celles là aussi ont une taille tout à fait modeste.

R. Slifkin ramène également l’avis du Rav Sherira Gaon (Xe siècle) qui explique que les sages ont fixé les mesures en fonction des olives car celles ci sont éternellement présentent et ont une taille qui ne changent pas (Sefer Ha-Eshkol vol. II, Hilchot Challah 13 p. 52). D’ailleurs, comme le prouve R. Slifkin, la grande majorité des Rishonim semblaient également considérer qu’une olive restait une olive…

D’où est née l’idée selon laquelle une olive des temps passés pouvait avoir un volume de 30 centimètres cube ?

Le Rav Slifkin propose une théorie intéressante. Selon lui, l’exagération de la taille du fruit débute chez certains Rishonim ashkénazes, car ces derniers n’avaient jamais vu d’olives! Pour prouver sa thèse, l’auteur nous ramène plusieurs sources tel que l’avis du Rav Eliezer Ben Yoel Halevy (XIIe siècle) qui confesse ne pas connaître la taille des olives et qui conclut donc qu’il faut mieux se montrer stricte et prendre une grande taille pour éviter les doutes (Ravyah, Berachot 107).

De génération en génération, les tailles ont été progressivement augmentées jusqu’à ce que le Noda BiYehouda (XVIIIe siècle) statue que de nos jours « une olive à la taille d’un œuf » (Tzlach, Pessachim 120a) !

Mais le plus étonnant, c’est que Rav Slifkin ramène également une liste non-exhaustive de rabbins contemporains qui estiment qu’un kazayità toujours la taille d’une olive normale. Tel est l’avis, par exemple, du Chayé Adam  (Sefer Ha-Eshkolvol. II, Hilchot Challah 13 p. 52) et du Rav Chayim de Volozin (Kehillas Yaakov, Pesachim 38.).

Cette opinion provient de personnalités extrêmement reconnues dans le monde religieux. Il s’agit également de l’avis le plus logique, comment ce fait-il qu’il soit tellement ignoré ?

A mon avis, cela témoigne d’un phénomène problématique et en pleine croissance au sein du monde religieux. Celui-ci est beaucoup plus intéressé par la perpétuation des habitudes ancrées dans la conscience juive que par le vrai respect de la . La Halakha, système extrêmement logique et rationnel, est désormais étudiée de façon fondamentaliste. L’application sèche de la loi à remplacé la recherche de vérité, et le cas du kazayit n’est qu’un exemple parmi d’autres…

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21 thoughts on “Quand une olive devient un œuf

  1. Tres bonne initative de soulever ce sujet.
    Il y a chez les sages d’Afrique du nord des avis moderes sur cette question. Des travaux serieux ont deja ete menes sur ce debat, et je pense aux travaux du prof’ Hayim Soloveitchik sur cette
    question. (Le rav Zini de Haifa, le rav Neria Guutel ont egalement aborde le probleme).

    Je souhaite eclairer l’aspect sociologique de ce debat, essentiellement chez les communautes sefarades qui, en grande partie, par tradition et traditionnalisme, avaient l’habitude a Pessah de
    consommer un bout de matsa ‘normale’, de la taille d’une olive, et pas de peser au gramme pres le poids du ‘kazayit’.
    Ces familles temoignent plus que tout texte de l’habitude qui etait en pratique chez des centaines de milliers de juifs, depuis des centaines d’annees, en se basant sur les enseignements et
    l’exemple de leurs maitres.
    Et voici qu’un beau jour, pour des raisons de ‘noblesse religieuse’, on leur dit qu’ils se trompent, qu’ils ont une tradition erronnee et qu’ils sont, comment dire, pas assez pointus en matiere de
    religion.
    C’est comme ca qu’a ete brisee la longue chaine de la tradition qui passait de pere en fils, de generation en generation, au nom d’un pseudo-rigorisme qui cherche a quantifier d’une facon
    obsessionnelle le poids de la mitsva et le prestige de celui qui l’accomplie.
    C’est une conception bien loin d’une Torah vecue comme culture, qui accompagne l’homme dans sa vie avec tendresse et douceur, dans ses joies et douleurs, en tenant compte des tendances naturelles
    de l’homme et pas comme Loi seche, dont le but est de tenir un combat comme l’homme.
    Dans un tres beau texte en hebreu (כשהתחלנו לגזור חומרות), l’humoriste Jacky Levi dit avoir lui-meme subit cet arrachement et cette delegitimation du traditionnalisme, et est effraye de decouvrir
    qu’en tapant sur Google ‘Oneg Chabbat’, 95% des resultats concernent les problemes de chabbat, et non pas le Oneg…
    Une tradition tiree du Talmud de Jerusalem, et citee chez beaucoup de decisionnaires (meme ceux qui paradoxalement cherchent a etre tres rigoristes)que je rapporte dans les termes du rav Ovadia
    Yossef (Yehave Daat 3, 2) veut que la rigueur exageree entraine l’annulation de l’obligation meme:
    ריבוי החומרות גורם לגרוע מה שמחוייבים מן הדין
    Le cas de la matsa a Pessah est emblematique et se retrouve dans des dizaines d’autres cas ou on a ose faire honte a nos anciens au nom de textes ou se sont meles reflexion halakhique, rigorisme,
    cassure sociale et elite religieuse.
    Les textes de halakha et les arguments ne sont jamais premiers, ils refletent toujours des volontes cachees.

  2. Le prof Hayim Soloveitchik (fils du Rav Y.D. Soloveitchik, historien et erudit en Torah) a ecrit un article tres important, qui ne traite pas du monde sefarade – car cette problematique des
    Chiourim n’est pas qu’une problematique sefarade – mais du monde achkenaze h’aredi. Il y explique les fondements du fameux פולמוס השעורים.
    RUPTURE AND RECONSTRUCTION:
    THE TRANSFORMATION OF CONTEMPORARY ORTHODOXY

    Vous trouverez l’article:
    http://www.lookstein.org/links/orthodoxy.htm

    Le prof’ Menahem Fridman a aussi consacre une etude (en hebreu) dans laquelle il elargit les theses de Hayim Soloveitchik et fait allusion a cet etonnement sefarade face aux שעורים. L’article
    analyse les raisons qui ont donne le pas aux textes plutot qu’a la tradition vivante et donne un tres bon background sur les biographies et oeuvres des rabbins en question:

    מסורת שאבדה
    כיצד ניצחה האות הכתובה את המסורת
    החיה -עיון בפולמוס השיעורים

    L’article est online, mais sans les notes et references tres importantes pour verifier la these:
    http://www.daat.ac.il/daat/v-articles/friedman.pdf

    Le rav prof Neria Guttel a consacre un livre entier ou il analyse les sujets et avis concernant les מידות ושעורים.
    Ce n’est pas un livre de lecture ou un article mais un livre d’etude, de halakha.
    Le titre:
    השתנות הטבעים בהלכה
    Sur ce sujet, il y a un ocean d’ecrits.

    le rav Eliyahou Zini a egalement ecrit un article a ce sujet mais je ne l’ai pas sous la main au moment ou j’ecris ces lignes.

    Tous les travaux cites montrent bien la naissance d’un nouvel ethos religieux, qui a pris palce dans la halakha a un moment donne de l’histoire pour differentes raisons.

  3. Bonjour

    Mais si il n’ y a pas eu chez les sefaradims de probleme massoratique sur ce sujet, pourquoi la quasi totalite des poskims sefarades , rav Ovadia Yossef a leur tete affichent au compteur un volume
    equivalent a celui du rav Haim Nae et pas a celui d’ une simple olive?

    Merci

  4. Le Webmaster écrit: « cela témoigne d’un phénomène problématique et en pleine croissance au sein du monde religieux. Celui-ci est beaucoup plus intéressé par la perpétuation des habitudes ancrées
    dans la conscience juive que par le vrai respect de la Halakha ».

    Certes, mais il faut se rappeler que le rav Naé, à part ses motifs purements halakhiques sur la question des mesures a surtout mis en avant dans ce débat la force du minhag, et lui ainsi que ceux
    qui se rattachent à son avis ont justement souligné le poids de ces « habitudes ancrées dans la conscience juive » pour appuyer sa thèse plus modérée.

    Je recommande chaudement la lecture du chapitre sur ce sujet dans le récent livre de Benjamin Brown.

  5. Bonsoir,

    J’ai lu le chapitre en question. Il s’intéresse surtout à la raison qui a poussé le Hazon Ish à trancher contre l’habitude ancrée chez les populations juives. Notre problème ici, c’est de
    comprendre pourquoi les populations juives ont-elles pris sur elles une habitude contraire à la Halakha originelle.

    Je dis bien contraire car il ne s’agit pas uniquement d’une houmra. Comme le disait le Hazon Ish, chaque houmra a sa koula. Dans notre cas, il est peut être problématique de ne pas réciter le
    birkat hamazon après avoir consommé un volume de 10 centimètres cubes de pain…

    Kol touv

  6. Hazac pour votre article a contre-courant, mais tjs aussi ancré dans notre tradition d’etude sur texte.
    J’attends avec impatience le complément dont vous avez parlé.

  7. Tres bonne initative de soulever ce sujet.
    Il y a chez les sages d’Afrique du nord des avis moderes sur cette question. Des travaux serieux ont deja ete menes sur ce debat, et je pense aux travaux du prof’ Hayim Soloveitchik sur cette
    question. (Le rav Zini de Haifa, le rav Neria Guutel ont egalement aborde le probleme).

    Je souhaite eclairer l’aspect sociologique de ce debat, essentiellement chez les communautes sefarades qui, en grande partie, par tradition et traditionnalisme, avaient l’habitude a Pessah de
    consommer un bout de matsa ‘normale’, de la taille d’une olive, et pas de peser au gramme pres le poids du ‘kazayit’.
    Ces familles temoignent plus que tout texte de l’habitude qui etait en pratique chez des centaines de milliers de juifs, depuis des centaines d’annees, en se basant sur les enseignements et
    l’exemple de leurs maitres.
    Et voici qu’un beau jour, pour des raisons de ‘noblesse religieuse’, on leur dit qu’ils se trompent, qu’ils ont une tradition erronnee et qu’ils sont, comment dire, pas assez pointus en matiere de
    religion.
    C’est comme ca qu’a ete brisee la longue chaine de la tradition qui passait de pere en fils, de generation en generation, au nom d’un pseudo-rigorisme qui cherche a quantifier d’une facon
    obsessionnelle le poids de la mitsva et le prestige de celui qui l’accomplie.
    C’est une conception bien loin d’une Torah vecue comme culture, qui accompagne l’homme dans sa vie avec tendresse et douceur, dans ses joies et douleurs, en tenant compte des tendances naturelles
    de l’homme et pas comme Loi seche, dont le but est de tenir un combat comme l’homme.
    Dans un tres beau texte en hebreu (כשהתחלנו לגזור חומרות), l’humoriste Jacky Levi dit avoir lui-meme subit cet arrachement et cette delegitimation du traditionnalisme, et est effraye de decouvrir
    qu’en tapant sur Google ‘Oneg Chabbat’, 95% des resultats concernent les problemes de chabbat, et non pas le Oneg…
    Une tradition tiree du Talmud de Jerusalem, et citee chez beaucoup de decisionnaires (meme ceux qui paradoxalement cherchent a etre tres rigoristes)que je rapporte dans les termes du rav Ovadia
    Yossef (Yehave Daat 3, 2) veut que la rigueur exageree entraine l’annulation de l’obligation meme:
    ריבוי החומרות גורם לגרוע מה שמחוייבים מן הדין
    Le cas de la matsa a Pessah est emblematique et se retrouve dans des dizaines d’autres cas ou on a ose faire honte a nos anciens au nom de textes ou se sont meles reflexion halakhique, rigorisme,
    cassure sociale et elite religieuse.
    Les textes de halakha et les arguments ne sont jamais premiers, ils refletent toujours des volontes cachees.

  8. Le prof Hayim Soloveitchik (fils du Rav Y.D. Soloveitchik, historien et erudit en Torah) a ecrit un article tres important, qui ne traite pas du monde sefarade – car cette problematique des
    Chiourim n’est pas qu’une problematique sefarade – mais du monde achkenaze h’aredi. Il y explique les fondements du fameux פולמוס השעורים.
    RUPTURE AND RECONSTRUCTION:
    THE TRANSFORMATION OF CONTEMPORARY ORTHODOXY

    Vous trouverez l’article:
    http://www.lookstein.org/links/orthodoxy.htm

    Le prof’ Menahem Fridman a aussi consacre une etude (en hebreu) dans laquelle il elargit les theses de Hayim Soloveitchik et fait allusion a cet etonnement sefarade face aux שעורים. L’article
    analyse les raisons qui ont donne le pas aux textes plutot qu’a la tradition vivante et donne un tres bon background sur les biographies et oeuvres des rabbins en question:

    מסורת שאבדה
    כיצד ניצחה האות הכתובה את המסורת
    החיה -עיון בפולמוס השיעורים

    L’article est online, mais sans les notes et references tres importantes pour verifier la these:
    http://www.daat.ac.il/daat/v-articles/friedman.pdf

    Le rav prof Neria Guttel a consacre un livre entier ou il analyse les sujets et avis concernant les מידות ושעורים.
    Ce n’est pas un livre de lecture ou un article mais un livre d’etude, de halakha.
    Le titre:
    השתנות הטבעים בהלכה
    Sur ce sujet, il y a un ocean d’ecrits.

    le rav Eliyahou Zini a egalement ecrit un article a ce sujet mais je ne l’ai pas sous la main au moment ou j’ecris ces lignes.

    Tous les travaux cites montrent bien la naissance d’un nouvel ethos religieux, qui a pris palce dans la halakha a un moment donne de l’histoire pour differentes raisons.

  9. Bonjour

    Mais si il n’ y a pas eu chez les sefaradims de probleme massoratique sur ce sujet, pourquoi la quasi totalite des poskims sefarades , rav Ovadia Yossef a leur tete affichent au compteur un volume
    equivalent a celui du rav Haim Nae et pas a celui d’ une simple olive?

    Merci

  10. Le Webmaster écrit: « cela témoigne d’un phénomène problématique et en pleine croissance au sein du monde religieux. Celui-ci est beaucoup plus intéressé par la perpétuation des habitudes ancrées
    dans la conscience juive que par le vrai respect de la Halakha ».

    Certes, mais il faut se rappeler que le rav Naé, à part ses motifs purements halakhiques sur la question des mesures a surtout mis en avant dans ce débat la force du minhag, et lui ainsi que ceux
    qui se rattachent à son avis ont justement souligné le poids de ces « habitudes ancrées dans la conscience juive » pour appuyer sa thèse plus modérée.

    Je recommande chaudement la lecture du chapitre sur ce sujet dans le récent livre de Benjamin Brown.

  11. Hazac pour votre article a contre-courant, mais tjs aussi ancré dans notre tradition d’etude sur texte.
    J’attends avec impatience le complément dont vous avez parlé.

  12. Tres bonne initative de soulever ce sujet.
    Il y a chez les sages d’Afrique du nord des avis moderes sur cette question. Des travaux serieux ont deja ete menes sur ce debat, et je pense aux travaux du prof’ Hayim Soloveitchik sur cette
    question. (Le rav Zini de Haifa, le rav Neria Guutel ont egalement aborde le probleme).

    Je souhaite eclairer l’aspect sociologique de ce debat, essentiellement chez les communautes sefarades qui, en grande partie, par tradition et traditionnalisme, avaient l’habitude a Pessah de
    consommer un bout de matsa ‘normale’, de la taille d’une olive, et pas de peser au gramme pres le poids du ‘kazayit’.
    Ces familles temoignent plus que tout texte de l’habitude qui etait en pratique chez des centaines de milliers de juifs, depuis des centaines d’annees, en se basant sur les enseignements et
    l’exemple de leurs maitres.
    Et voici qu’un beau jour, pour des raisons de ‘noblesse religieuse’, on leur dit qu’ils se trompent, qu’ils ont une tradition erronnee et qu’ils sont, comment dire, pas assez pointus en matiere de
    religion.
    C’est comme ca qu’a ete brisee la longue chaine de la tradition qui passait de pere en fils, de generation en generation, au nom d’un pseudo-rigorisme qui cherche a quantifier d’une facon
    obsessionnelle le poids de la mitsva et le prestige de celui qui l’accomplie.
    C’est une conception bien loin d’une Torah vecue comme culture, qui accompagne l’homme dans sa vie avec tendresse et douceur, dans ses joies et douleurs, en tenant compte des tendances naturelles
    de l’homme et pas comme Loi seche, dont le but est de tenir un combat comme l’homme.
    Dans un tres beau texte en hebreu (כשהתחלנו לגזור חומרות), l’humoriste Jacky Levi dit avoir lui-meme subit cet arrachement et cette delegitimation du traditionnalisme, et est effraye de decouvrir
    qu’en tapant sur Google ‘Oneg Chabbat’, 95% des resultats concernent les problemes de chabbat, et non pas le Oneg…
    Une tradition tiree du Talmud de Jerusalem, et citee chez beaucoup de decisionnaires (meme ceux qui paradoxalement cherchent a etre tres rigoristes)que je rapporte dans les termes du rav Ovadia
    Yossef (Yehave Daat 3, 2) veut que la rigueur exageree entraine l’annulation de l’obligation meme:
    ריבוי החומרות גורם לגרוע מה שמחוייבים מן הדין
    Le cas de la matsa a Pessah est emblematique et se retrouve dans des dizaines d’autres cas ou on a ose faire honte a nos anciens au nom de textes ou se sont meles reflexion halakhique, rigorisme,
    cassure sociale et elite religieuse.
    Les textes de halakha et les arguments ne sont jamais premiers, ils refletent toujours des volontes cachees.

  13. Le prof Hayim Soloveitchik (fils du Rav Y.D. Soloveitchik, historien et erudit en Torah) a ecrit un article tres important, qui ne traite pas du monde sefarade – car cette problematique des
    Chiourim n’est pas qu’une problematique sefarade – mais du monde achkenaze h’aredi. Il y explique les fondements du fameux פולמוס השעורים.
    RUPTURE AND RECONSTRUCTION:
    THE TRANSFORMATION OF CONTEMPORARY ORTHODOXY

    Vous trouverez l’article:
    http://www.lookstein.org/links/orthodoxy.htm

    Le prof’ Menahem Fridman a aussi consacre une etude (en hebreu) dans laquelle il elargit les theses de Hayim Soloveitchik et fait allusion a cet etonnement sefarade face aux שעורים. L’article
    analyse les raisons qui ont donne le pas aux textes plutot qu’a la tradition vivante et donne un tres bon background sur les biographies et oeuvres des rabbins en question:

    מסורת שאבדה
    כיצד ניצחה האות הכתובה את המסורת
    החיה -עיון בפולמוס השיעורים

    L’article est online, mais sans les notes et references tres importantes pour verifier la these:
    http://www.daat.ac.il/daat/v-articles/friedman.pdf

    Le rav prof Neria Guttel a consacre un livre entier ou il analyse les sujets et avis concernant les מידות ושעורים.
    Ce n’est pas un livre de lecture ou un article mais un livre d’etude, de halakha.
    Le titre:
    השתנות הטבעים בהלכה
    Sur ce sujet, il y a un ocean d’ecrits.

    le rav Eliyahou Zini a egalement ecrit un article a ce sujet mais je ne l’ai pas sous la main au moment ou j’ecris ces lignes.

    Tous les travaux cites montrent bien la naissance d’un nouvel ethos religieux, qui a pris palce dans la halakha a un moment donne de l’histoire pour differentes raisons.

  14. Bonjour

    Mais si il n’ y a pas eu chez les sefaradims de probleme massoratique sur ce sujet, pourquoi la quasi totalite des poskims sefarades , rav Ovadia Yossef a leur tete affichent au compteur un volume
    equivalent a celui du rav Haim Nae et pas a celui d’ une simple olive?

    Merci

  15. Le Webmaster écrit: « cela témoigne d’un phénomène problématique et en pleine croissance au sein du monde religieux. Celui-ci est beaucoup plus intéressé par la perpétuation des habitudes ancrées
    dans la conscience juive que par le vrai respect de la Halakha ».

    Certes, mais il faut se rappeler que le rav Naé, à part ses motifs purements halakhiques sur la question des mesures a surtout mis en avant dans ce débat la force du minhag, et lui ainsi que ceux
    qui se rattachent à son avis ont justement souligné le poids de ces « habitudes ancrées dans la conscience juive » pour appuyer sa thèse plus modérée.

    Je recommande chaudement la lecture du chapitre sur ce sujet dans le récent livre de Benjamin Brown.

  16. Hazac pour votre article a contre-courant, mais tjs aussi ancré dans notre tradition d’etude sur texte.
    J’attends avec impatience le complément dont vous avez parlé.

  17. Tres bonne initative de soulever ce sujet.
    Il y a chez les sages d’Afrique du nord des avis moderes sur cette question. Des travaux serieux ont deja ete menes sur ce debat, et je pense aux travaux du prof’ Hayim Soloveitchik sur cette
    question. (Le rav Zini de Haifa, le rav Neria Guutel ont egalement aborde le probleme).

    Je souhaite eclairer l’aspect sociologique de ce debat, essentiellement chez les communautes sefarades qui, en grande partie, par tradition et traditionnalisme, avaient l’habitude a Pessah de
    consommer un bout de matsa ‘normale’, de la taille d’une olive, et pas de peser au gramme pres le poids du ‘kazayit’.
    Ces familles temoignent plus que tout texte de l’habitude qui etait en pratique chez des centaines de milliers de juifs, depuis des centaines d’annees, en se basant sur les enseignements et
    l’exemple de leurs maitres.
    Et voici qu’un beau jour, pour des raisons de ‘noblesse religieuse’, on leur dit qu’ils se trompent, qu’ils ont une tradition erronnee et qu’ils sont, comment dire, pas assez pointus en matiere de
    religion.
    C’est comme ca qu’a ete brisee la longue chaine de la tradition qui passait de pere en fils, de generation en generation, au nom d’un pseudo-rigorisme qui cherche a quantifier d’une facon
    obsessionnelle le poids de la mitsva et le prestige de celui qui l’accomplie.
    C’est une conception bien loin d’une Torah vecue comme culture, qui accompagne l’homme dans sa vie avec tendresse et douceur, dans ses joies et douleurs, en tenant compte des tendances naturelles
    de l’homme et pas comme Loi seche, dont le but est de tenir un combat comme l’homme.
    Dans un tres beau texte en hebreu (כשהתחלנו לגזור חומרות), l’humoriste Jacky Levi dit avoir lui-meme subit cet arrachement et cette delegitimation du traditionnalisme, et est effraye de decouvrir
    qu’en tapant sur Google ‘Oneg Chabbat’, 95% des resultats concernent les problemes de chabbat, et non pas le Oneg…
    Une tradition tiree du Talmud de Jerusalem, et citee chez beaucoup de decisionnaires (meme ceux qui paradoxalement cherchent a etre tres rigoristes)que je rapporte dans les termes du rav Ovadia
    Yossef (Yehave Daat 3, 2) veut que la rigueur exageree entraine l’annulation de l’obligation meme:
    ריבוי החומרות גורם לגרוע מה שמחוייבים מן הדין
    Le cas de la matsa a Pessah est emblematique et se retrouve dans des dizaines d’autres cas ou on a ose faire honte a nos anciens au nom de textes ou se sont meles reflexion halakhique, rigorisme,
    cassure sociale et elite religieuse.
    Les textes de halakha et les arguments ne sont jamais premiers, ils refletent toujours des volontes cachees.

  18. Le prof Hayim Soloveitchik (fils du Rav Y.D. Soloveitchik, historien et erudit en Torah) a ecrit un article tres important, qui ne traite pas du monde sefarade – car cette problematique des
    Chiourim n’est pas qu’une problematique sefarade – mais du monde achkenaze h’aredi. Il y explique les fondements du fameux פולמוס השעורים.
    RUPTURE AND RECONSTRUCTION:
    THE TRANSFORMATION OF CONTEMPORARY ORTHODOXY

    Vous trouverez l’article:
    http://www.lookstein.org/links/orthodoxy.htm

    Le prof’ Menahem Fridman a aussi consacre une etude (en hebreu) dans laquelle il elargit les theses de Hayim Soloveitchik et fait allusion a cet etonnement sefarade face aux שעורים. L’article
    analyse les raisons qui ont donne le pas aux textes plutot qu’a la tradition vivante et donne un tres bon background sur les biographies et oeuvres des rabbins en question:

    מסורת שאבדה
    כיצד ניצחה האות הכתובה את המסורת
    החיה -עיון בפולמוס השיעורים

    L’article est online, mais sans les notes et references tres importantes pour verifier la these:
    http://www.daat.ac.il/daat/v-articles/friedman.pdf

    Le rav prof Neria Guttel a consacre un livre entier ou il analyse les sujets et avis concernant les מידות ושעורים.
    Ce n’est pas un livre de lecture ou un article mais un livre d’etude, de halakha.
    Le titre:
    השתנות הטבעים בהלכה
    Sur ce sujet, il y a un ocean d’ecrits.

    le rav Eliyahou Zini a egalement ecrit un article a ce sujet mais je ne l’ai pas sous la main au moment ou j’ecris ces lignes.

    Tous les travaux cites montrent bien la naissance d’un nouvel ethos religieux, qui a pris palce dans la halakha a un moment donne de l’histoire pour differentes raisons.

  19. Bonjour

    Mais si il n’ y a pas eu chez les sefaradims de probleme massoratique sur ce sujet, pourquoi la quasi totalite des poskims sefarades , rav Ovadia Yossef a leur tete affichent au compteur un volume
    equivalent a celui du rav Haim Nae et pas a celui d’ une simple olive?

    Merci

  20. Le Webmaster écrit: « cela témoigne d’un phénomène problématique et en pleine croissance au sein du monde religieux. Celui-ci est beaucoup plus intéressé par la perpétuation des habitudes ancrées
    dans la conscience juive que par le vrai respect de la Halakha ».

    Certes, mais il faut se rappeler que le rav Naé, à part ses motifs purements halakhiques sur la question des mesures a surtout mis en avant dans ce débat la force du minhag, et lui ainsi que ceux
    qui se rattachent à son avis ont justement souligné le poids de ces « habitudes ancrées dans la conscience juive » pour appuyer sa thèse plus modérée.

    Je recommande chaudement la lecture du chapitre sur ce sujet dans le récent livre de Benjamin Brown.

  21. Hazac pour votre article a contre-courant, mais tjs aussi ancré dans notre tradition d’etude sur texte.
    J’attends avec impatience le complément dont vous avez parlé.

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