Rabbi David Stav, co-founder and the chairman of the Tzohar Rabbinical Organization speaks during a convention of the organization in Jerusalem    J’imagine qu’une partie des lecteurs ne connait pas vraiment les enjeux du débat politisé qui entoure les prochaines élections pour le poste de Grand Rabbin d’Israël. Pour ne parler que des grandes lignes, l’orthodoxie libérale affronte l’ultra-orthodoxie pour savoir qui obtiendra les clés du . Pour l’ultra-orthodoxie, ces clés n’ont d’autre intérêt que de diminuer l’influence du monde religieux-sioniste et d’obtenir des postes bien payés pour ses élèves. Pour le monde religieux-sioniste et une partie du monde laïc, il y a tentative de “reconquête” du , afin de le rendre à nouveau sioniste et collectif.

Rav représente le camp sioniste et subit les attaques non-dissimulées de l’ultra-orthodoxie. Pour ne citer que les cas des dernières 24 heures (!) au moment de l’écriture de ces lignes, Rav Ovadia Yossef l’a qualifié d’ “impie, dangereux pour le judaïsme et sans la moindre crainte de Dieu”; lors d’une réunnion de rabbins ultra-orthodoxes, Rav Stav a implicitement été qualifié d’hérétique et enfin, lors d’un passage à Bné-Brak, Rav Stav s’est fait copieusement insulter par une bande de jeunes. Je tiens évidement à préciser, pour enlever tout doute, que Rav Stav est un rabbin totalement orthodoxe, actuellement rabbin de la ville de Shoam et enseignant dans plusieurs yeshivot.

 

       Ces attaques politiques ne sont que le reflet des dérives du rabbinat israélien de ces dernières années. Celui-ci est devenu une institution contrôlée par un petit groupe d’individus à l’agenda très alors qu’il était une institution sioniste au service de l’ensemble du peuple juif. J’admire les efforts de Rav Stav et d’une partie du monde sioniste-religieux pour faire ressusciter le rabbinat, mais il me semble que ces efforts soient vains car le rabbinat est bel et bien mort.

Le rabbinat de ces dernières décennies a été incapable de répondre à tous les grands problèmes de la société israélienne, de la crise des conversions aux problèmes de casherout, en passant par l’augmentation inquiétante du nombre de femmes agounot, qui explique également la triste augmentation de la liste d’enfants mamzerim.

      Pire encore, le rabbinat contribue considérablement à la vision négative qu’ont les jeunes israéliens de la religion. Pour prendre un exemple récent, une jeune israélienne laïque m’a confié il y a quelques jours avoir toujours considéré la religion juive comme archaïque et dénuée du moindre intérêt, jusqu’au jours où elle redécouvrit son identité juive par le biais de juifs de Diaspora ! En Israël, une telle démarche aurait été presque impossible tant la religion semble avoir une affiliation politique et un agenda bien peu spirituel. La conséquence directe de cette animosité est l’expansion croissante du nombre d’israéliens qui choisissent de se marier civilement en dehors d’Israël, pour fuir le rabbinat qui détient le monopole des mariages sur le territoire israélien.

      Enfin, il me semble que ni le rabbinat, ni les actuels dirigeants religieux, ne cernent clairement le changement important que vit la société israélienne. Après des décennies de rejet de toute culture juive au profit de la construction d’une identité hébraïque laïque, le monde laïc se met à la recherche de son identité juive. Mais il ne s’agit pas là du classique “retour”, de la teshouva religieuse. Il s’agit d’un mouvement non-religieux dont le but principal est de construire une nouvelle identité juive laïque à rajouter à l’identité israélienne. Ce mouvement prend des proportions de plus en plus impressionnantes et on peut par exemple rappeler l’incroyable succès du cours de Talmud que donna à la Knesset, des centres non-religieux fondés par cette même femme où l’on étudie les textes juifs au cœur de Tel-Aviv, et des nombreuses institutions du même genre qui attirent de plus en plus de jeunes israéliens.

En parallèle, une partie considérable de l’orthodoxie israélienne est elle aussi à la recherche d’une nouvelle identité juive plus ouverte et pluraliste. Les synagogues dites “orthodoxes égalitaires” émergent dans tout le pays et plusieurs centres d’études religieux mais pluralistes se développent avec beaucoup de succès.

 

De mon point de vue, cette renaissance juive est extrêmement bénéfique pour le monde juif tout entier mais reste totalement incomprise par une partie des dirigeants orthodoxes. Au lieu de voir le miracle d’une identité juive retrouvée dans le discours de Ruth Calderon, nombreux ont condamné l’étude des textes juifs par une femme non-religieuse et le monde rabbinique reste globalement très effrayé par cette renaissance juive laïque. Le rabbinat d’aujourd’hui me semble totalement incapable de se montrer plus inclusif et de prendre également en compte le financement et le développement de ces centres.

 

 

      C’est pourquoi il me semble essentiel de réfléchir à un nouveau modèle contrôlant le rapport entre la religion et l’état. Un modèle beaucoup plus inclusif qui aidera chaque juif à se reconnecter à son identité juive, même si cela ne se fait pas forcément via la pratique religieuse, un modèle qui servira avant tout les besoins du public israélien et non les intérêts personnels de groupes privés.

Pour l’instant, la seule proposition intéressante à mes yeux est celle de l’organisation sioniste-religieuse “Néémanei Torah vé-Avoda” qui prône un modèle communautaire. En bref, les israéliens seraient invités à s’inscrire à une communauté de leur choix, sans aucune restriction, et les communautés seraient financées “à la proportionnelle”, selon le nombre d’adhérents. En réalité, ce modèle n’est pas sans rappeler celui des communautés juives de Diaspora et à l’avantage de faire renaitre le concept de communauté en Israël, où la vie religieuse se vit surtout de façon individuelle. Il a aussi l’avantage à pousser les rabbins à rendre leurs communautés attractives et dynamiques.

Ci-dessous, la vidéo explicative du modèle : 

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