https://i2.wp.com/images1.ynet.co.il/PicServer2/04062007/1138345/1_o&91;1&93;_hh.jpg?resize=311%2C400Dans la série d’articles consacrée à la tension entre halakha et société contemporaine (voir ici pour le premier article), je vous propose aujourd’hui un texte d’un penseur israélien contemporain.

Rav Shimon Gershon Rozenberg (1949-2007), plus connu sous l’acronyme de , était un rabbin et penseur décédé bien trop tôt. Issu du milieu sioniste-religieux israélien, il était tout autant versé en Torah qu’en philosophie. L’essentiel de son œuvre tourne autours de la philosophie postmoderne et de la possibilité de la concilier avec un judaïsme orthodoxe. Cette philosophie se définit par une remise en question de la supposée objectivité des valeurs modernes et par un relativisme assumé. Pour , l’homme peut vivre dans le doute et l’interrogation ; de la déconstruction des anciennes valeurs, peut naître une nouvelle foi, plus complexe et profonde.

Ce texte est un court extrait de son œuvre majeure « Kélim Shevourim ». Shagar y met en exergue la tension que le religieux moderne peut vivre à certains moments. Tiraillé entre deux valeurs, il ne sait pas laquelle choisir et les réponses traditionnelles ne lui donnent pas satisfaction. Ce texte, Shagar l’a nommé « question sans réponse », pour lui, le silence prévaut parfois sur l’affirmation ou la négation ; mais comme le dit le proverbe juif : « La question du sage est une demie-réponse ».

Un jour, un jeune homme, étudiant dans une Yeshivat Hesder, vint me trouver, empli d’un sentiment de culpabilité et de mauvaise conscience. “Si je voyais un arabe blessé durant Shabbat, je ne sais pas si je pourrais m’empêcher de transgresser Chabbat pour le sauver, me dit-il. Je ne suis pas un vrai bahour yeshiva, les vraisbahourei yeshivot – dit-il avec peine – n’ont pas de doutes et leur chemin est tracé”1.

Je pouvais lui répondre de plusieurs façons, entre autre, en lui montrant le psak de Rav Auerbach et de Rav Unterman, qui fut grand rabbin d’Israël,où ils autorisent de transgresser Chabbat pour sauver un non-juif, afin de “préserver la paix2” (דרכי שלום). Belle échappatoire face à ce conflit.

Je ne pris pas la voie de la facilité pour deux raisons. Premièrement – je ne doute pas que cet élève y aurait vu une esquive et de l’apologie. Le Rav Unterman lui même lui aurait paru être un décisionnaire non-authentique et pas assez orthodoxe. Car il ne fait aucun doute que dans la conscience de ce jeune homme, plus un homme est zélote, plus il est saint.

Mais la raison profonde est qu’une telle réponse n’aurait pas du tout résolu son problème. Pour “préserver la paix” ? Et qu’en est-il de la valeur de la vie de cet arabe ? N’y aurait-il pas une esquive malhonnête du problème de fond – de la tension entre la valeur de la vie d’un homme et la Halakha – par le biais d’un argument technique ? Sans le danger qu’un musulman fondamentaliste refuse à son tour de soigner un juif, n’aurais -je pas sauvé ce malheureux ? La question pertinente n’est pas résolue : Un juif fidèle à la Halakha peut-il se permettre de reconnaitre cette tension ?

Je choisis une autre voie : « Qui est le vrai craignant-dieu ? Lui demandais-je. N’est ce pas celui qui se demande quelle est la volonté de Dieu ? Celui qui se demande s’il est possible que la volonté divine soit de laisser cet homme mourir ? Ne suis-je pas obligé de me poser cette question avec une parfaite honnêteté ? Est-ce que ceux qui obéissent sans discuter, sûrs d’eux, ceux qui ne sont jamais tenus devant Dieu et ne se sont jamais demandés avec sérieux, honnêteté et sans détours qu’elle est la volonté de Dieu, est ce que ceux là sont des craignants-dieu ?! Non seulement, ils ne doutent pas de ce que Dieu veut, mais ils ne croient même pas qu’il veuille quelque chose ! »

Kelim Shevourim, p.85 , partie II, chapitre 3

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1Selon la Halakha, un juif n’a pas le droit de profaner le Chabbat pour sauver la vie d’un non-juif. VoirChoulkan Aroukh O.H 330:2 ainsi que les commentaires du Mishna Broura.

 

2Le principe de « darkei shalom » nous adjoint à conserver des rapports pacifiques avec les nations.  Selon ce principe, on sauvera donc toujours un non-juif mais pas véritablement par respect pour sa vie.

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