Rav J.D Soloveitchik, « HaRav »

Celui qui fut l’un des penseurs juifs les plus influents du XXe siècle est malheureusement peu connu du public francophone. Il était temps de rédiger une modeste biographie de ce personnage unique, qui ne possède (pour l’instant) même pas de page française sur Wikipédia !

 

 

Repères biographiques

 Rav Yoseph Dov Halevy Soloveitchik zatsal est né en Russie en 1903 (décédé en 1993 à Boston). Il est le petit-fils du Rav Hayim Soloveitchik, plus connu sous le nom du Rav de Brisk, et considéré comme le rabbin qui révolutionna le monde de l’étude et des yeshivot. Sa mère, née Fenstein, descendait également d’une dynastie de rabbins ashkénazes.

Son éducation religieuse commença sur les bancs du heder de son village, mais ses parents, rapidement conscients de ses capacités intellectuelles exceptionnelles, décidèrent de lui donner des instituteurs privés. Son père, lui même rabbin, se chargea de son éducation religieuse et veilla également à lui donner une éducation profane.

Après de rapides études de sciences politiques à l’université de Varsovie, part pour Berlin. Nous sommes en 1926 et Berlin est alors une des capitales culturelles de l’Europe qui attirent de nombreux juifs de l’Est, y compris des juifs orthodoxes. Ainsi, c’est durant cette période que le Rav fit la connaissance de celui qui deviendra le dernier rabbi de la dynastie Loubavitch, Rav Menachem Mendel Schneerson et du Rav Ytsraq Hutner, un des futurs dirigeants du judaïsme lituanien aux États-unis. Ces trois figures, qui deviendront les leaders du judaïsme orthodoxe américain, se rencontrèrent donc sur les bancs de l’Université de Berlin !

Le Rav débute des études de philosophie et d’économie, tout en poursuivant avec le plus grand sérieux ses études talmudiques. Sa correspondance avec son père, à cette époque, nous livre un témoignage exceptionnel de son érudition. Parues des décennies plus tard dans un recueil intitulé « Iguerot HaGrid », ces lettres ne sont pas sans rappeler les écrits de son grand père. Pourtant Rav Soloveitchik n’a alors que vingt-trois ans !

En 1932, il obtient son doctorat en philosophie de l’université de Berlin. Sa thèse portait sur la pensée du philosophe allemand Hermann Cohen.

La même année il épouse Tonya Lewitt, titulaire d’un doctorat en éducation, et émigre aux États-Unis. Il s’installe à Boston où il est très vite appelé à y occuper des fonctions rabbiniques. Il prend la direction de la communauté orthodoxe de la ville et est nommé à la tête des tribunaux rabbiniques (Av Beit Din). Il décide alors de fonder l’école Maimonide, une des premières écoles juives du pays, qu’il dirige avec sa femme.

En 1941, il succède à son père à la tête du séminaire rabbinique de la Yeshiva University, un poste qu’il conservera jusqu’à son décès en 1993. Sous son influence, cette institution devient un pôle du judaïsme orthodoxe américain. Rav Soloveitchik y forgera sa philosophie, connue sous le nom de Torah Umada, Torah et sciences. La Yeshiva University se lance dans un programme éducatif sans précédent : les élèves du séminaire rabbinique sont invités à poursuivre des études universitaires, tandis que les élèves de l’université sont appelés à approfondir leurs connaissances religieuses.

Rav Soloveitchik réussi à former une génération d’érudits possédant à la fois de hautes connaissances religieuses et universitaires. Ils formeront le socle du judaïsme Modern Orthodox.

 

On estime que Rav Soloveitchik forma plus de 2000 rabbins, un chiffre qui contribua grandement à la résurrection du judaïsme américain.

En 1960, le Rav est sollicité pour le poste de Grand Rabbin d’Israël. Après une période d’hésitation, il refuse, estimant que son devoir éducatif ne lui permet pas d’abandonner ses milliers d’élèves.

 

 

Sa philosophie

Torah et sciences

Rav Soloveitchik fut sans aucun doute un des grands penseurs du judaïsme orthodoxe, et plus particulièrement, du judaïsme Modern Orthodox.

Un des points central de sa philosophie fut la synthèse du monde juif traditionnel avec le monde occidental. À la différence du Rav S.R. Hirsch, qui tenta de rapprocher monde juif et culture allemande, Rav Soloveitchik se focalisa plutôt sur la sagesse occidentale, incarnée par les études universitaires.

Rav Soloveitchik refuse de considérer la sagesse non-juive comme une rivale dangereuse, comme cela était souvent le cas chez les rabbins polonais. Il refuse également l’approche pragmatique, qui consiste à considérer les études profanes comme « un mal nécessaire ». Je pense que pour Rav Soloveitchik cette synthèse représentait un idéal.

Dans un des discours prononcé à l’occasion de l’ordination de nombreux de ses élèves, Rav Soloveitchik considère que cette génération de rabbins possédant également de hautes connaissances universitaires n’est que la continuité de la génération des Rishonim sépharades : de Maimonide à Juda Halevy, en passant par Ibn Ezra et Nahmanide.

C’est dans cette optique qu’il instaura le diplôme universitaire comme condition immuable pour l’obtention d’une smikha (ordination) à la Yeshiva University. Rav Shlomo Riskin, aujourd’hui Grand Rabbin d’Efrat (Israël), raconte dans son autobiographie qu’après avoir terminé ses études rabbiniques, Rav Soloveitchik lui confia explicitement qu’à ses yeux il ne serait considéré comme rabbin qu’une fois ses études universitaires terminées…

Au sujet de la confrontation entre aspirations religieuses et valeurs profanes, il rédigera un essai majeur intitulé « Le croyant solitaire » (traduit en français par Benjamin Gross).

 

 

Sionisme

Jusqu’à la seconde guerre mondiale, Rav Soloveitchik faisait partie de « l’assemblée des grands de la Torah », le conseil rabbinique qui dirigeait le mouvement américain de l’Agoudat Israël (organisation orthodoxe, originellement anti-sioniste).

Profondément traumatisé par la Shoah, Rav Soloveitchik revoit ses positions, ce qui l’incite à quitter l’Agoudat Israël et à rejoindre la branche américaine du Mizrahi(mouvement religieux-sioniste). Il en deviendra le président d’honneur jusqu’à sa mort.

Ce changement n’est pas des moindres, notamment lorsqu’on connait l’anti-sionisme notoire de la dynastie Soloveitchik. Lors de discours prononcés à l’occasion de Yom Haatsmaout devant les membres du Mizrahi (parus plus tard dans un recueil, « H’amesh drashot »), Rav Soloveitchik laisse souvent transparaître la douleur qui est sienne, causée par son éloignement de la tradition familiale. Comparant les rabbins sionistes à Joseph, le rêveur incompris par ses frères, il affirme sa profonde conviction en la réalisation des rêves.

 

Dans un essai devenu célèbre, publié peu après l’indépendance israélienne et intitulé « une voix ! Mon amant frappe » (traduit en français par B. Gross, publié à la suite du « croyant solitaire »), Rav Soloveitchik abandonne son habituel style philosophique pour un style bien plus poétique. Comparant la situation du peuple juif d’après la Shoah à celle de l’amante du Cantique des Cantiques, abandonnée par son amant, Rav Soloveitchik supplie le monde orthodoxe de ne pas fermer la porte à l’amant qui, revenu chez sa promise, frappe à la porte. Rav Soloveitchik dénombre « six coups », six signes que Dieu envoie à son peuple par la création de l’état d’Israël, six coups qui nous sont destinés, à nous d’ouvrir la porte.

Pourtant, le sionisme de Rav Soloveitchik diffère beaucoup de celui du Rav Kook, notamment par son approche non-messianique. Pour plus de détails sur les différences d’approches entre Rav Kook et Rav Soloveitchik, voir mon article « État d’Israël et sionisme dans l’orthodoxie moderne ».

 

Une approche novatrice des problèmes de son temps

Une des problématiques majeures à laquelle Rav Soloveitchik doit faire face est celle de l’assimilation. Aux États-Unis, la situation est encore pire qu’en Europe. Rav Soloveitchik témoigne lui même que lors de son arrivée sur le nouveau continent, les synagogues étaient rares et pleines de vieillards, aucun jeune n’avait entendu parler d’Abayé et Rava (personnages centraux du Talmud).

De plus, le peu de juifs encore croyants délaissaient l’orthodoxie, jugée trop rigoriste et dépassée, au profit des mouvements réformés.

C’est dans ce contexte que Rav Soloveitchik entreprend une véritable révolution qui vise à prouver à la jeune génération que la Halakha n’est pas en contradiction avec le monde moderne, que l’étude n’est pas dépassée et qu’il est possible d’être orthodoxe tout en vivant en harmonie avec la société moderne.

Un des premiers « fronts » sera donc celui de l’éducation. Cela commencera par l’école Maimonide (qui finira par devenir une chaine d’écoles modern orthodox possédant des filières sur tout le continent Nord-américain), puis par la Yeshiva University.

À la différence du reste du monde orthodoxe, Rav Soloveitchik voit également un fléau dans le manque d’éducation religieuse des jeunes filles juives. Dès son arrivée à Boston, il œuvre dans ce sens en enseignant le Talmud aux élèves des deux sexes à l’école Maimonide.

En 1953, répondant à un rabbin américain qui lui demandait s’il pouvait enseigner la guemara à ses étudiantes, le Rav écrit:

« […] cela est non seulement permis mais de nos jours il s’agit d’un impératif absolu. Il serait fort dommage que vous fassiez une différence dans vos cours entre filles et garçons. La discrimination entre les sexes dans l’étude a causé et cause la chute de notre communauté orthodoxe.  Jeunes hommes et jeunes filles doivent apprendre et entrer dans les profondeurs de la torah de façon totalement similaire. […] »   (« Covenant, community and commitment« , lettre 5).

Inutile de préciser qu’il s’agit d’une véritable révolution pour l’époque, où même les mouvements non-orthodoxes fermaient les portes de l’étude aux femmes juives (avec quelques exceptions notables).

Plus tard, il fondera le Stern College, une filière féminine de la Yeshiva University. Soucieux de bien montrer son engagement en faveur de l’éducation religieuse des femmes juives, il délivra lui même le cours inaugural de Talmud, à une époque où cela était encore bien rare. On peut sans aucun doute affirmer que c’est sous l’impulsion de Rav Soloveitchik que le monde de l’étude orthodoxe ouvrit ses portes aux femmes.

Rav Soloveitchik, toujours à la différence de la plupart des autres rabbins orthodoxes de son époque, refuse également de rejeter en bloc le mouvement Conservative et la Réforme. Il entretient des relations franchement amicales avec plusieurs rabbins s’identifiant avec le monde Conservative, et va jusqu’à donner son accord de principe à la fondation d’un Beit Din (tribunal rabbinique) commun. [il est tout de même essentiel de préciser qu’à cette époque le monde conservative avait une vision de la Halakha très proche de l’orthodoxie].

Rav Soloveitchik accepte de prendre la parole devant des rabbins réformés et conservatives et permet également à ses élèves de rejoindre le « Synagogue Council of America », un groupe où les rabbins orthodoxes, conservatives et réformés œuvrent ensemble. Cette décision est sévèrement critiquée par plusieurs dirigeants ultra-orthodoxes américains.

Cette ouverture ne l’empêche pas de maintenir des positions strictes au niveau de la Halakha. Pour lui, ces mouvements sont dans l’erreur, il l’affirme à plusieurs reprises, mais cela n’est pas une raison valable pour leur retirer tout mérite. Pour Rav Soloveitchik, l’union du peuple juif passe avant toutCependant, il refuse toute légitimité halakhique aux pratiques qu’il juge en contradiction avec la Torah.En 1954, il publie un responsum dans lequel il affirme qu’il vaut mieux ne pas entendre le Shofar à Rosh Hashana que d’aller prier dans une synagogue sans séparation entre les sexes. Précisons qu’à cette époque, de nombreuses synagogues se définissant comme orthodoxes ne possédaient pas de séparation.

 

 

Conclusion

L’impact de Rav Soloveitchik fut décisif pour le judaïsme américain, et plus particulièrement pour le judaïsme orthodoxe. En cinquante ans, Rav Soloveitchik éduqua une nouvelle génération juive. Une génération de professeurs et de docteurs strictement pratiquants, une génération de rabbins aux connaissances universitaires, une génération de femmes érudites.

Grâce à son enseignement, Rav Soloveitchik prouva au monde que l’orthodoxie n’était pas incompatible avec l’époque moderne, qu’un juif pouvait vivre en harmonie dans la société occidentale sans compromettre son judaïsme.

Les milliers d’élèves de Rav Soloveitchik continuent à transmettre la pensée de celui qu’ils surnomment affectueusement « HaRav » (Le Rav). À leur tête, on peut citer le Rav Aharon Lichtenstein, gendre du Rav Soloveitchik, à la tête de la Yeshiva Har Etzion (Israël) ; le Rav Herschel Sechter, un des Roshei Yeshivot du séminaire rabbinique de Yeshiva University ; et encore des centaines d’autres.

Comme l’a récemment écrit son gendre, un des points centraux de la personnalité du Rav est la complexité de sa pensée. Une complexité si profonde que nul ne peut vraiment affirmer connaître son avis. Quelques jours après son décès, le Rav Norman Lamn, président de la Yeshiva University, mettait d’ailleurs en garde contre toute tentative de révisionnisme dans la pensée du Rav.

Deux décennies plus tard, Rav Soloveitchik est toujours au centre des débats qui agitent le monde orthodoxe américain. On essaye de deviner quel aurait été son avis dans tel et tel domaine, qu’aurait il dit sur telle ou telle chose…

Pour moi, Rav Soloveitchik nous a transmis deux messages essentiels : de sa philosophie je retiens que le judaïsme ne nous demande pas de vivre coupés du monde extérieur mais, au contraire, d’y vivre en harmonie. De sa vie personnelle, j’apprends qu’il est possible de rapprocher des valeurs qui semblent opposées, que la pensée d’un homme n’a pas à être un bloc uniforme mais peut être complexe, profonde, et présenter plusieurs facettes.

________________________________________

À noter que deux de ses ouvrages sont disponibles en français (traduction de Benjamin Gross) :

  • « L’homme de la Halakha », éd. Eliner, 1981.
  • « Le croyant solitaire » suivi de « Une voix ! Mon amant frappe », éd. Eliner, 1978.

 

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11 thoughts on “Rav J.D Soloveitchik, « HaRav »

  1. Shalom.
    Et shavoua tov.
    Sais-tu Gabriel où l’on peut acheter les livres en question (en français) s’il te plait ?
    Merci d’avance.
    Bonne continuation

  2. Shalom,

    il aurai peut etre aussi ete bon de parler un peu de son  » petit » frere qui a mon avis aurai merite un bilet en soit rav Aron Soloveitchik .

    Kol Touv

  3. J’ai lu que le Rav Soloveitchik avait institué l’enseignement du Talmud aux filles et aux garçons dans une même classe, et non séparément.
    Savez-vous si par la suite cette position a été suivie par une partie de l’Orthodoxie Moderne, et si l’on trouve de nos jours des endroits où hommes et femmes étudient le Talmud ensemble ?
    Merci pour votre réponse,
    Rivka

  4. Merci de nous faire part de ces perspectives, toujours encourageantes, de la Modern Orthodoxy.
    Comme vous l’aurez deviné, la possibilité d’étudier pour les femmes est un sujet qui me préoccupe beaucoup. J’aimerais partager quelques remarques afin de connaître d’autres avis et expériences, et
    pousser un peu plus ma réflexion…
    Pour être claire dès le départ, je ne revendique pas la mixité à tout prix. En effet, je conçois qu’étudier avec des femmes puisse troubler certains hommes, même si pour ma part je ne développe de
    lien fort qu’avec le texte 🙂
    Je respecte donc le fait que certains hommes préfèrent étudier entre eux et refusent la mixité.
    Cependant on peut peut-être faire une différence entre le shiur et la ‘havrouta :
    Dans le cas où, ce qui dérange est seulement le fait de se pencher sur une page de guemara avec une femme, il est peut-être concevable d’écouter le shiur ensemble ?!
    Ce que je revendique est avant tout l’accès pour les femmes à un enseignement de qualité égale, offrant notamment différents niveaux d’étude pour permettre une progression.
    Que cet enseignement soit mixte ou pas est secondaire, même si personnellement je pense que la mixité est un enrichissement.
    En ce concerne le shiur :
    L’étude ayant toujours été, jusqu’à présent, réservée aux hommes, la tradition talmudique est détenue à 99 % par des hommes. Les femmes érudites, à même de transmettre cette tradition, ne sont pas
    nombreuses proportionnellement. A moins d’avoir la chance d’être l’élève de l’une d’entre elles, je ne vois pas d’autre possibilité pour accéder à la tradition que celle d’avoir UN maître.
    De plus, en France, je me trompe peut-être mais il n’y a pas à ma connaissance énormément de femmes désireures d’étudier sérieusement. On se retrouve donc dans le même cas que celui de la Maïmonide
    school à l’époque du Rav Soloveitchik : un manque d’effectifs féminins. Comme alors, la mixité serait un moyen (à défaut d’être une volonté réelle ?) de permettre aux femmes d’étudier…
    A vrai dire, je me contenterais déja d’une ezrat nashim !

  5. Merci pour cette franchise. C’est la deuxième fois qu’une personne dont je respecte le jugement me répond qu’une ‘havrouta mixte lui pose problème (en fait, je n’ai pas eu l’occasion de poser la
    question à d’autres personnes !).
    Je pense qu’il serait pertinent de questionner plus en profondeur le lien créé par la ‘havrouta (fusion intellectuelle, on est d’accord, mais qu’est-ce que cela met en jeu humainement ?) mais je
    vais m’en tenir là, car la grande majorité des bloggers de MO n’est sans doute pas préoccuppée par ce genre de questionnement (je dis cela sans animosité !) ou pas prête à pousser une reflexion qui
    touche à « l’intime ».
    Juste une petite remarque :
    Dans une relation maître-élève, la femme n’a pas forcément 18 ans et le maître 50… Au cas où ils auraient sensiblement le même âge adulte, je serais fort étonnée que cela pose problème parce qu’à
    mon avis le maître a appris à « rester de marbre » justement (et la femme aussi, j’espère pour elle). Question de maturité. Les mitvot servent aussi à l’acquérir, non ?
    Si un maître sait rester de marbre, ses élèves ne devraient-ils pas apprendre à en faire de même ?
    A gut woch !

  6. Bonsoir Rivka,

    Je voudrais partager avec vous mon point de vue sur la question de la mixité dans l’étude en ‘havrouta.
    En tant que femme, mariée de surcroît, le principe d’une ‘havrouta mixte me gêne aussi : l’intimité intellectuelle peut devenir très forte quand on trouve une « bonne ‘havrouta », on partage parfois
    des moments très forts, qu’il s’agisse de vives oppositions ou de communions de pensées. Pour avoir eu la chance d’étudier de manière suivie avec une amie, je peux attester que cela crée une
    complicité d’esprit et une certaine proximité relationnelle.
    En d’autres mots, je vois mal comment une « bonne ‘havrouta » ne pourrait pas déboucher sur une amitié très forte… Vous imaginez la difficulté que cela pourrait poser en cas de ‘havrouta mixte…
    et pour être parfaitement honnête, j’ai du mal à imaginer qu’une femme aspirant à étudier la Torah (et donc pour qui l’érudition d’un individu représente une qualité… voire un certain charme,
    pour ne pas dire un charme certain !) ne soit pas à un moment donné troublée par l’homme avec lequel elle se pencherait sur le Texte et avec qui elle partagerait des moments intellectuels
    intenses… Honnêtement, moi, je serais troublée.
    La seule ‘havrouta mixte qui me semble envisageable sans « risque », c’est selon moi celle d’un couple marié.

    De plus, il me semble intéressant pour les femmes, si nous voulons développer notre propre vision et lecture du Texte aux côtés d’une lecture traditionnellement plus masculine, de promouvoir
    l’étude en ‘havrouta féminine.
    Mais comme vous l’avez souligné Rivka, malheureusement,les femmes désirant étudier « sérieusement » ne courent pas les rues en France (ou en Belgique, là où je vis)…
    Kol touv (et A git woch!)

  7. J’aurais dû me présenter pour éviter toute méprise. Je suis mariée et j’ai trois enfants. J’ai étudié en ‘havrouta mixte pendant un an et demi seulement, le niveau du cours ne répondant pas à mes
    attentes (je ne prétends pas pour autant avoir un niveau élevé). Je désespère depuis de trouver un maître et d’étudier en ‘havrouta.
    Mon expérience d’étude en ‘havrouta peut vous paraître insignifiante, mais j’ai eu d’autres expériences de « fusion intellectuelle intense » dans ma vie: je confirme donc que je sais parfaitement de
    quoi il s’agit. Si vous n’avez pas cette impression, c’est peut-être parce que j’affirme que la ‘havrouta mixte ne me trouble pas…
    Le noeud du débat se situe là à mon avis (être troublé ou pas, et non sur une différence d’expérience en ‘havrouta) :
    La ‘havrouta mixte est troublante si la fusion intellectuelle qu’elle occasionne se transforme en désir de l’autre, je suis d’accord jusque là. C’est certainement le cas pour les personnes peu
    habituées à la mixité, ou les personnes en mal de relation intime.
    Mais la ‘havrouta mixte est-elle obligatoirement troublante ? C’est sur ce point sans doute que nous sommes en désaccord.
    Comme l’écrit Esther, une bonne ‘havrouta peut déboucher sur une amitié très forte.
    La question est donc : une amitié forte (= une grande proximité strictement intellectuelle) est-elle possible entre un homme et une femme ? J’affirme que oui, mes amitiés les plus profondes étant
    d’ailleurs toutes masculines et sans aucune ambiguité.
    Si l’on pense que la ‘havrouta mixte est obligatoirement troublante, la logique voudrait que les homosexuels n’étudient pas en ‘havrouta avec un homme…
    Cependant, je ne perds pas de vue que la halakha doit suivre la majorité. Et face aux réactions que l’idée de ‘havrouta mixte suscite parmi les orthodoxes – y compris les plus modernes – je
    comprends que je ne dois pas insister et qu’il ne pas encourager la ‘havrouta mixte.
    Cela revient-il à l’interdire ou peut-elle être permise exceptionnellement (uniquement si la ‘havera est âgée et disgracieuse…) ?
    En conclusion, l’étude séparée reste donc à ce jour une haie pour la Thora…
    Puisque vous parliez des règles de pudeur (aucune polémique à ce sujet, je m’efforce moi-même d’en observer la plupart) il y aurait donc un règle de « pudeur intellectuelle » à suivre. Ne dévoiler la
    profondeur de son esprit qu’à son mari…

    PS :Je n’ai pas eu la chance d’aborder l’étude sous l’angle où le maître serait un modèle à suivre.
    Je ne peux donc pas en parler, mais effectivement sous cet angle il semble préférable qu’il soit du même sexe que ses élèves.
    C’est un peu le serpent qui se mord la queue : d’un côté il faudrait plus de femmes érudites en France, mais d’un autre côté comment « former » en France des érudites sans érudites ?
    N’y a-t-il donc pour les femmes aucune alternative à l’aliah pour étudier ?

    @ Esther
    •Certes, l’érudition présente un charme certain : la ‘havrouta mixte pourrait remplacer le shadchan, non 🙂
    •Plus sérieusement, si l’on a une relation forte avec son mari (autrement dit, si l’on sait pour quelles excellentes raisons on vit ensemble) une amitié masculine, même très forte, ne devrait pas
    présenter de menace (c’est mon cas du moins). Mais les relations maritales solides n’étant sans doute pas majoritaires, j’admets, comme je l’ai écrit plus haut, que l’étude séparée reste à ce jour
    une haie pour la Thora.
    •Je ne connais pas d’exemple de ‘havrouta en couple, mais à priori cela me semble problématique s’il y a des enfants. D’une part parce que l’étude demande beaucoup de temps (personnellement, je ne
    pourrais pas étudier si mon mari ne s’occupait pas autant des enfants et de la maison), d’autre part parce qu’elle est parfois très envahissante pour les autres membres de la famille (il est
    difficile de s’empêcher d’y penser et d’en parler tout le temps).
    •On entend beaucoup parler de « lecture féminine des Textes » mais à part « A women’s Commentary », le ‘houmash édité par Tamara Cohn Eskenazi, je n’ai rien lu d’autre. Toute suggestion de livre est
    bienvenue !

  8. Bonsoir Rivka,

    Je ne parlais pas tant du « trouble provoqué par une ‘havrouta mixte » comme une menace pour la stabilité du couple que comme une menace pour la clarté de l’esprit durant l’étude (ceci dit, dans un
    couple, il y a la femme mais aussi le mari, ce dernier pourrait lui être « troublé » de savoir sa femme étudier avec un homme et en retirer un plaisir aussi intellectuel soit-il 😉 )

    Pour ce qui est de la ‘havrouta en couple, c’est à mon sens juste une question d’organisation (les enfants vont bien dormir à partir d’une certaine heure… même si c’est toujours trop tard pour
    nous parents ! ). Mais je vous rejoins sur un point : impossible pour une femme mariée de dégager du temps pour étudier si son mari ne s’investit pas pleinement et volontairement dans les taches
    familiales (à bon entendeur, messieurs…). Personnellement, j’ai la chance d’avoir une perle en son genre à la maison, j’ai d’ailleurs déjà pensé plusieurs fois qu’il faudrait inventer une version
    « mari » (pour les maris comme le mien et le vôtre aussi apparemment) au Eshet ‘hayil du vendredi soir 🙂

  9. Bonsoir,
    je posterais bien des commentaires sur le blog plus souvent et d’un niveau de réflexion élevée mais malheureusement je n’ai pas les connaissances juives pour…
    Alors moi aussi je suis intéressée par la possibilité d’une ‘havrouta sur Paris… :-). Car dans les personnes (femmes) que je connais le niveau d’enseignement reste à mon avis peu approfondi et ce
    n’est pas ce que je recherche…

  10. C’est une excellente idée ! J’attends la rubrique pour formuler l’annonce.
    Si l’on pouvait constituer sur Paris un groupe de femmes qui veulent étudier, même si cela ne se fait dans l’immédiat, ce serait déjà un grand pas. Dommage qu’Esther habite en Belgique 🙁
    Amicalement

  11. Je voulais juste dire, que les ouvrages de ce monsieur ont effectivement été traduits et édités en françaks, mais je vous met au défit de trouver « l’homme de la halakha » et mêm « le coryant
    solitaire » Ils semblent épuisés partout.

    Cordialement,

    Inés Kerebel

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