https://i2.wp.com/www.modernorthodox.fr/wp-content/uploads/400px-5765_Portrait_of_Moreinu_HaRav_Lichtenstein.jpg?resize=177%2C266Dans la série sur le   (cf. mon article « introduction au daat torah« ), qui se propose d’explorer les limites de l’autorité rabbinique, il convient de citer l’avis du Rav Aharon Lichtenstein.

est le Rosh Yeshiva de Har Etzion, une des plus grande et ancienne Yeshivot Hesder d’Israël. Il est considéré comme une autorité halakhique et morale. Il fut l’élève du Rav Ytsraq Hutner zal et du Rav Soloveitchik zal, dont il épousa la fille. Il dirigea durant plusieurs années le séminaire rabbinique de la Yeshiva University.

En plus d’être un très grand érudit, Rav Lichtenstein est également versé dans les matières profanes et possède un doctorat en littérature anglaise, obtenu à Harvard.

En bref, une figure passionnante, débordante d’érudition, mais malheureusement méconnue du public francophone…

Dans un essai disponible sur le site internet de la Yeshivat Har Etzion, Rav Lichtenstein s’intéresse au concept de « daat torah » et à son interprétation moderne.

En résumé, Rav Lichtenstein considère que le « daat torah » existe bel et bien:

« Notre rapport envers les grands de la Torah ne doit pas être le même que celui envers les grands chimistes et physiciens. La Torah n’est pas technocratique. C’est une Torah de vie, « elle est notre vie et la prolongation de nos jours, et selon elle nous nous conduirons jours et nuits ».

Cependant, nous explique Rav Lichtenstein, il ne peut avoir de « daat torah » (avis toranique) sans « daat » (à comprendre ici comme «  » ainsi que « connaissance ») ! Ainsi, tout érudit qui n’a pas de daat, une carcasse vaut mieux que lui ! (Vayikra Rabba 1).

Pareillement, il n’est pas imaginable qu’un homme tranche des problèmes qu’il ne connait pas.

Prenant Maimonide comme exemple type, Rav Lichtenstein explique que si celui-ci était considéré comme un guide par ses fidèles, c’était avant tout parce qu’il ne vivait pas coupé du monde.[Rappelons que Maimonide était philosophe, rabbin, médecin et que selon son propre témoignage, il passait la majeure partie de sa journée à soigner les gens pauvres qui venaient le consulter. Une attitude qui ne ressemble pas du tout à celle des « guedolim » d’aujourd’hui.]

Le sage à qui l’on demande conseil doit, selon Rav Lichtenstein, posséder trois qualités minimales :

  1. Comprendre l’état d’esprit de la personne qui se trouve en face de lui.
  2. Comprendre le contexte et la situation.
  3. Posséder un esprit critique lui permettant de déterminer s’il est apte à répondre à la question, et le courage de dire « je ne sais pas » si ce n’est pas le cas.

C’est uniquement dans ce cas, nous dit-il que le « daat torah » est envisageable. Le rabbin n’est plus un oracle, mais une personne réfléchie, érudite, qui comprend la situation et qui connait ses limites. Il cite en exemple le Rav Shlomo Zalman Auerbach, qui répondait souvent aux gens qui venaient lui demander conseil, qu’il ne savait pas.

Autrement dit, si le daat torah existe bel et bien, il ne comporte rien de mystique et l’autorité religieuse consultée répond selon ses connaissances.Connaissances qui ne sont pas tombées du ciel, mais qui ont été acquises par l’étude et l’expérience.

En ce qui concerne l’utilisation moderne du concept de daat torah, le Rav Lichtenstein se montre bien plus critique :

Nombreux, parmi « les Grands en Torah » de notre époque, ont une approche éducative et morale tordue. [Suivant cette approche] ils érigent de hautes murailles – ferment les portes de haut en bas – afin que, Dieu en préserve, rien de ce qui ne se passe dans la société ne puisse pénétrer à l’intérieur, filtrer entre les pierres du Beth Hamidrash.

Après des dizaines d’années de coupure totale, il est sorti de sa cachette et se transforme en « Gadol », un dirigeant et un guide.

Et pourtant… A la surprise générale, son influence ne s’arrête pas au domaine religieux. On lui demande également de décider dans les domaines qu’il a fui, détesté et ignoré durant toutes ces années. Il me semble que même les mystiques ne pourront guérir un si grand vice.

En effet, certains pensent que la possibilité des « Guedolim » à répondre aux différents sujets qui se présentent à eux provient de leurs pouvoirs mystiques et miraculeux. Je doute fort qu’il soit souhaitable et approprié de faire dépendre de la mystique une autorité si discutable.

Ou comme le disait le Rav Elie Kahn zal (du site cheela.org) au nom de Rav Lichtenstein, son maître : Les erreurs des dirigeants religieux ne proviennent pas de leur méconnaissance en Torah, mais de leur méconnaissance du monde qui les entoure.

Lien vers l’essai en Hébreu

 Lien vers l’essai en Anglais

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