Le Rav Shlomo Goren, un nom connu de tous mais un personnage très méconnu…

Comme certains l’ont remarqué, je me suis mis à écrire des articles sur différentes juives (pas uniquement Modern Orthodox ) trop oubliées.
Après l’article sur Rabbi Yossef Messas, j’estime correct d’en rédiger un autre en l’honneur d’un homme certes très célèbre, mais dont les idées et écrits demeurent très flous aux yeux du grand public.

À part le rabbin sonnant du Shofar sur le Mont du Temple et un nom d’escalier prêt du Kotel, qui était le ?

On pourrait se contenter d’une biographie technique : né en Pologne en 1917, il monta enfant en Israël ou il devint plus tard Grand Rabbin de Tsahal puis Grand Rabbin d’Israël…
Une telle biographie ne saurait cerner toutes les facettes d’un homme aussi complexe. En réalité, chaque étape de la vie du Rav nous dévoile un peu plus de sa profonde personnalité.

« Un grand en Israël »

72383926Dès son plus jeune âge on remarque son génie mais aussi sa force de caractère.
Etudiant dans les cercles ultra-orthodoxes du vieux Yishouv, à Jérusalem, le Rav Goren encore enfant décide de quitter sa yeshiva. En effet, il s’oppose déjà à l’antisionisme ardent de ses maitres ainsi qu’à leur mode de vie détaché du monde qui les entoure. Rejoignant la nouvelle yeshiva de Hebron, une des plus modernes de l’époque, le Rav Goren ne tarde pas à surprendre par ses qualités intellectuelles hors du commun. Il n’a que dix-sept ans lorsqu’il obtient son ordination rabbinique et publie son premier ouvrage (un commentaire sur l’œuvre du Rambam) au même âge !
Le Rav Kook zatsal, le rencontra alors qu’il n’était qu’un adolescent et fut extrêmement impressionné par sa personnalité et ses connaissances. C’est sans aucun doute qu’il affirma que le jeune Shlomo serait un grand en Israël.

L’état d’Israël

Voyant dans l’état d’Israël le renouveau de la Royauté des temps passés le Rav Goren rejoint très vite le camp du monde sioniste religieux. Peu de personnes ont compris l’importance hilkhatique d’un tel fait aux yeux du Rav Goren : si l’Etat est la suite du royaume biblique de Judée, celui-ci est donc doté d’une véritable force religieuse, à l’image des rois de l‘Ecriture. Une décision gouvernementale pourrait, pour le Rav Goren, avoir une valeur religieuse considérable (précisons que la mitsva d’obéir au roi n’est pas lié au niveau de pratique de ce dernier).
De ce fait, réconcilier les lois juives traditionnelles et les problèmes étatiques fut sans doute la mission la plus essentielle de la vie du Rav Goren.
Adhérant pleinement à la vision messianique du Rav Kook voyant dans l’Etat « le début de la délivrance », le Rav Goren instaura la récitation du Halel complet à Yom Haatsmaout et Yom Yerushalayim. Dans un très long essai, il compare Pessakh à Yom Haatsmaout et arrive à la conclusion que la récitation du Halel doit se faire également le soir du jour de l’Indépendance.


L’armée d’Israël

Âgé de dix-neuf ans, il rejoint la Hagannah en 1936 puis devint premier Grand Rabbin de Tsahal en 1948. Cette étape décisive montre clairement le profondengagement sioniste du Rav qui n’était pas qu’en paroles mais également en actes. Ainsi, il se battit pour la création de la Rabanut Hatsvayit, l’aumônerie militaire, ainsi que pour l’instauration de la Cacherout dans toutes les unités de l’armée. À cette époque, l’unité d’élite des parachutistes était la seule à ne pas être Cacher car aucun des soldats n’étaient religieux. Le Rav Goren s’enrôla dans cette unité, malgré la difficulté, l’âge et la famille, afin d’y instaurer la Cacherout. Alors que de nombreux rabbins coupaient toute relation avec le gouvernement sioniste et laïc, le Rav Goren se battit pour que Halakha et service militaire ne soient plus inconciliables. Son engagement a permis jusqu’à ce jour à des centaines de milliers de soldats de vivre dans l’environnement militaire israélien sans diminuer leur engagement religieux.
En 1967, il participa à la libération de la Vieille Ville de Jérusalem et aussi de Hébron. Les photos des soldats laïcs pleurant au pied du Kotel devant le Rav Goren shofar à la main ont marqué le monde entier.


Le Mont du Temple

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Qui ne connait pas la photo du Rav Goren sonnant du Shofar en habit militaire à l’issue de la guerre des Six Jours ?
Ce qui est moins connu, c’est le travail du Rav pour permettre l’accès du mont aux Juifs.
Profitant de son statut hilkhatique de soldat en temps de danger mortel (pikuah’ nefesh) pour monter sur le Mont du Temple tout juste libéré, le Rav Goren délimita les zones du Bet Hamikdash comme personne ne l’avait fait auparavant. Il existe en effet un interdit de la Torah de pénétrer dans certaines zones du Mont en état d’impureté. À cause de l’absence de données précises sur l’emplacement exact des ruines du Bet Hamikdash, la plupart des autorités religieuses interdirent dans le doute l’accès à l’ensemble du Mont. En fouillant et délimitant les différentes parties du Temple, le Rav Goren mettait fin à un très ancien problème. Dans un livre magistral résumant l’ensemble de ses shout sur le sujet, le Rav prouve que l’accès à certaines zones est totalement autorisé. Comme toujours, cette décision fut contesté par une partie du monde rabbinique, bien que le Rav Goren fut sans doute aucun le mieux informé sur le sujet…
Toute sa vie il milita pour la création d’une synagogue et d’une yeshiva sur le Mont. Il prit d’ailleurs l’habitude d’y monter à Yom Kippour et Tisha Beav, ou il menait un office suivant les règles de tefila qui avaient cours au Bet Hamikdash.


Une œuvre très novatrice

Le Rav Goren possédait une connaissance rare de l’ensemble de la littérature rabbinique. À cela s’ajoutait également une connaissance développée des sciences profanes. À l’image du Rambam, il était féru de philosophie juive et de médecine. Sciences auxquelles il consacra deux ouvrages complets. Mais son œuvre la plus importante reste son commentaire au Talmud Yerushalmi, œuvre qui fut d’ailleurs récompensée duprix d’Israel en 1961.
Une autre de ses œuvres majeures est évidemment les quatre volumes de responsas consacrés aux problèmes militaires. Comme le Rav l’écrit dans l’introduction,une telle œuvre est extrêmement novatrice car elle nécessite l’utilisation de parties de la Torah tombées dans le domaine théorique depuis plus de deux mille ans…

Polémiques et controverses

Comme tout homme de taille, le Rav Goren fut souvent attaqué pour ses décisions.
Un des cas les plus retentissants fut l’annulation de la conversion d’un frère et d’une sœur, jugés mamzerim par la loi juive. Après de long entretiens, publiés par la suite dans un fascicule, le Rav Goren arriva à la conclusion que la conversion des deux enfants était nulle, supprimant de jure leur statut de mamzerim. Cette affaire déclencha une violente polémique, très politisée, particulièrement de la part des cercles ultra-orthodoxe opposés au Rav Goren pour son sionisme actif et ses idées parfois trop novatrices.
Ainsi, le Rav Eliachiv démissionna de son poste de juge dans les tribunaux rabbiniques lorsqu’il apprit la nomination du Rav Goren au poste de Grand Rabbin…
Pareillement, dans un souci d’union il rédigea un livre de prière conçu spécialement à l’intention des bases militaires. Ce livre avait pour but de réunir les rites séfarade et ashkénaze mais fut très critiqué par nombreux rabbins qui jugeaient interdit de modifier le texte de la prière.
Avec le Rav Ovadia Yossef, à l’époque Grand Rabbin Séfarade d’Israël, il prouva la judaïté des Falashas (juifs éthiopiens), ce que d’autres rabbins contestèrent.

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Rav Ovadia Yossef et Rav Shlomo Goren, les deux grands rabbins d’Israel

Conclusion

Le plus grand mérite du Rav Goren fut sans doute l’établissement de la Rabanut Hatsvayit qui permit aux soldats de faire le service militaire dans un cadre respectueux des Halakhot. De plus, le Rav Goren faisait partie de ces rabbins pionniers qui crurent aux apports positifs de la modernité dans le cadre religieux.
Trop en avance sur son temps, le Rav Goren fut souvent mal compris, voir combattu. Sa vision religieuse, alliant messianisme et pragmatisme, effraya souvent les esprits les plus conservateurs mais aussi les laïcs…
Parachutiste, Pionnier, Grand Rabbin, Juge rabbinique et Libérateur de la Vieille Ville, le Rav Goren rappelle ces figures bibliques qui – à l’image de Moché ou Ezra – alliaient  spiritualité et pragmatisme. Un homme marquant !
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