https://i0.wp.com/www.modernorthodox.fr/wp-content/uploads/simja_torah1.jpg?resize=296%2C300Shlomo Riskin est un célèbre rabbin modern orthodox. Né en 1940 aux États-unis, dans une famille non pratiquante, il commencera un processus de Techouva dès son adolescence – ce qui le conduira à la Yeshiva University ou il suivra durant des années l’enseignement de son maître, le Rav Soloveitchik. A vingt ans déjà, il reçoit sa smikha(ordination) des mains du Rav Soloveitchik et enseigne plusieurs années à la Yeshiva University. A vingt trois ans, il devient le rabbin de la petite synagogue de Lincoln Square à New York. Cette synagogue s’identifiait alors avec le mouvement conservative, mais accepta un rabbin orthodoxe pour des raisons économiques. Le , sous les conseils de son maître, accepta le poste tout en précisant qu’il refuserait de diriger les offices et de compter dans le minyan tant que la synagogue ne posséderait pas de mehitsa (séparation entre hommes et femmes). Grâce à son charisme, il réussit rapidement à convaincre les fidèles et fit de sa synagogue l’une des communautés modern orthodox les plus actives de la ville de New York. Sous son influence, des milliers de juifs reviendront à une pratique orthodoxe du judaïsme.

Grand sioniste, il décide avec sa femme de tout abandonner pour partir en Israël. Il fait son Alyah avec sa famille en 1983 et fonde alors la ville de Efrat dont il devient le Grand Rabbin. Grand avocat du judaïsme modern orthodox, il co-fonde la Midreshet Lindenbaum en 1986, un des premiers instituts talmudiques pour jeunes femmes en Israël. En 1991, il convint les tribunaux rabbiniques israéliens d’accepter les « Toanot », programme révolutionnaire de femmes avocats dans les tribunaux rabbiniques, qu’il avait lancé un peu plus tôt.

Le texte qui suit est un extrait de son autobiographie « Listening to God ». Il y raconte comment il lança, il y a près de quarante ans, les premières célébrations de par des femmes. Mais surtout, il nous apporte un témoignage direct sur la réaction de trois sommités du judaïsme orthodoxe américain face à ces célébrations. Le premier, Rav Soloveitchik, fut son maître direct. Riskin le nomme « lamdan hador » (l’érudit de la génération). Puis suit l’avis de deux autres personnalités avec lesquelles il entretenait un contact relativement proche. Rav Moché Feinstein, qu’il nomme « possek hador » (le décisionnaire de la génération) et le « manhig hador » (le leader de la génération), le très célèbre Rabbi de Loubavitch.

Je ne saurais que trop recommander la lecture de son excellente autobiographie qui porte un nouveau regard sur bien des domaines.

C’était en 1972, à Shemini Atseret. Durant le repas du soir, huit femmes d’âges variés, toutes baalot techouva et toutes des femmes possédant un haut niveau de connaissances bibliques et talmudiques, frappèrent à ma porte alors que nous commencions la prière d’après le repas.

Évidement, ma femme les invita chaleureusement à se joindre à nous pour le thé et le dessert – mais ces femmes ne venaient ni pour manger ni pour sympathiser.

« Rav, nous venons avec une question importante. Demain soir débutera Simhat Torah. Chaque homme – même enfant – sera appelé à la Torah et aura la chance de danser avec la Torah. Chaque homme est empli d’une telle joie et d’un tel amour de la Torah…, mais seulement les hommes, pas nous, les femmes. Pourquoi ne pourrions nous pas lire la Torah et danser avec ? Nous savons toutes la lire jusqu’aux plus petits détails de prononciation. Dieu ne s’est-il pas révélé aux enfants d’Israël– les hommes – tout comme à la maison de Jacob –les femmes ?

Pourquoi nous, femmes mûres et érudites, n’aurions nous pas ce maigre privilège accordé aux enfants ? »

J’écoutais attentivement, et je promis de trouver une réponse raisonnable pour le jour suivant. J’avais entendu la peine, la frustration et les larmes dans leurs voix, et je savais très bien à quel point ces jeunes femmes étaient immergées dans le monde des commandements et de leur étude. J’étais simplement désolé qu’elles ne soient pas venues un jour plutôt, j’aurais alors pu consulter le Rav Soloveitchik.

Je restais éveillé toute la nuit, parcourant le Talmud, les livres de Halakha et lesresponsas, à la recherche de lois concernant le port de rouleaux de Torah et leur lecture par des femmes – en l’absence d’hommes.

Finalement, je concluais que tous les décisionnaires s’accordaient sur le fait qu’une femme – même durant ses menstrues – peut toucher, embrasser, danser et lire dans la Torah. Je les informais qu’à Simhat Torah je les autoriserais à fermer les portes du Beth Hamidrash pour y faire des hakafot ainsi qu’une lecture de la Torah par des femmes, et pour des femmes seulement. J’interdisais la récitation des bénédictions d’avant et après les montées à la Torah, car ces bénédictions ont été établies par nos sages pour les hommes, mais j’encourageais les femmes à danser et à embrasser les rouleaux de la Torah. […].

Et alors l’enfer se déchaina…

Le Rabbin de la West Side’s Young Israël Congregation, un vénérable érudit, annonça publiquement dans sa synagogue que si la synagogue Lincoln Square a autorisé des femmes à lire dans la Torah et à faire des hakafot entre elles, alors cette synagogue ne pouvait plus être considérée comme orthodoxe. Pour la première fois, je subis une grande vague de critiques, et j’en fus dévasté.

Je me rendis immédiatement chez mon maître,  le Rav Soloveitchik , afin de vérifier la légitimité de ma décision. […] Le Rav n’aurait pu se montrer plus chaleureux et encourageant. « Tu es à cent pour cent couvert par la Halakha » me dit-il. Il m’expliqua que ma situation délicate était plus politique qu’autre chose. Peu importe de ce qu’en diraient les autres leaders du monde orthodoxe, ils ne connaissaient pas ma communauté et n’étaient pas à même de décider. De plus, répéta le Rav, la Halakha est sans aucun doute de mon côté. Le Rav Soloveitchik se porta volontaire pour organiser un cours à Lincoln Square et déclara « Maintenant voyons si quelqu’un ose te dire que ta synagogue n’est pas orthodoxe ! ». Et ainsi fut fait.

Pour ma satisfaction personnelle, je partis poser cette même question à deux grands autres érudits, que je considérais également comme des vénérables maîtres en Torah.Rav Moché Fenstein[…] me dit que si je l’avais questionné avant, il ne m’aurait pas autorisé à agir ainsi – car, bien qu’il sentait que ma décision était halakhiquement correcte et que j’étais capable de limiter les requêtes féministes à celles autorisées par la Halakha, d’autres pourraient adopter ces pratiques dans leurs synagogues sans être capable d’en contrôler les dérives. Cependant, ajouta t-il, si en interdisant ces pratiques au prochain Simhat Torah je risquais de provoquer le départ, ne serait-ce que d’une femme, de l’orthodoxie, alors il m’était permis de continuer ces activités.

Le Rabbi de Loubavitch – après un long entretien de plus de deux heures ou il parla beaucoup des différents aspects de la femme dans la Halakha – me dit en conclusion : « Tu n’es pas seulement autorisé à le refaire l’année prochaine, tu y es obligé ! ». (Par la suite, je reçus une lettre du Rabbi dans laquelle il souligna clairement que son soutient se limitait au cas spécifique de ma synagogue de Lincoln Square). […]

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