Le dernier article du blog, Voix du milieu – judaïsme d’hier et de demain, a provoqué de nombreuses réactions. Certaines très enthousiastes, d’autres beaucoup moins.

Cela m’a conduit à penser que la thèse de l’article a mal été comprise. Cet article ne vient pas faire une division sociologique entre séfarades et ashkénazes. Il n’affirme pas que les séfarades seraient des juifs modérés tandis que les ashkénazes seraient des extrémistes. Il ne remet pas en question l’apport énorme du judaïsme ashkénaze au monde juif contemporain, y compris dans le domaine de la Halakha.

Sociologiquement parlant, il serait bien naïf de vouloir séparer séfarades et ashkénazes. Si cette séparation existe encore chez certains de nos ainés, je pense qu’elle a complètement disparu au sein de ma génération(comprenez les jeunes juifs de zéro à trente ans, voir plus). Je ne crois pas que dans cette nouvelle génération réunifiée en un peuple, les distinctions « séfarade » et « ashkénaze » aient encore un grand impact sociologique. Je ne peux parler que de ce que je connais, mais dans la ville ou j’ai grandi (Strasbourg) et dans le monde ou j’évolue (le monde sioniste-religieux israélien), je connais bien peu de jeunes à attacher encore la moindre importance aux origines de ses amis juifs.

Alors pourquoi cet article ? Ce texte s’intéresse aux racines de la tradition halakhique. On ne tranche pas la halakha sur un coup de tête et les décisionnaires ont un engagement moral et religieux envers la tradition qu’ils ont hérité de leurs maîtres. Quiconque a étudié en profondeur la halakha sait qu’il existe bel et bien deux écoles dans le peuple juif, deux traditions d’étude distinctes. Je pense qu’une personne possédant une solide connaissance des textes de halakha séfarades et ashkénazes m’accordera que la voie séfarade est bien plus dynamique que celle ashkénaze. Une multitude de raisons historique, sociologique et religieuse en sont la cause, mais le fait est là.

Certains m’objecteront que c’est au sein du monde ashkénaze que s’est développé la néo-orthodoxie du Rav Hirsch ou le monde Modern Orthodox américain. C’est infiniment vrai. Mais ces deux écoles, malgré l’extrême modernité de leurs philosophies (qui n’ont pas d’égal dans le monde séfarade) , n’ont tout de même pas réussi à développer un courant halakhique plus dynamique.

A vrai dire, c’est certainement pour cela que ces deux courants n’ont quasiment produits aucune œuvre halakhique, conscient du fait qu’ils n’avaient rien à apporter de nouveau dans ce domaine.

Parfois, leur approche de la Halakha frôle la schizophrénie, tant elle n’est pas en accord avec leur mode de pensée. C’est sans doute pour éviter ce problème que dans son essai populaire « l’homme de la Halakha », Rav Soloveitchik fait de la Halakha un concept divin et immuable, liste de règles transcendantales que l’homme ne peut vraiment comprendre et encore moins changer.

Évidement, un autre courant moderne s’est développé dans le monde ashkénaze. Il s’agit de la Réforme. Mais la réforme, désireuse de voir la halakha évoluer, mais incapable de concilier cela avec l’école ashkénaze, à justement dû réformertout le système halakhique – comprenez par là, l’annuler complètement.

La tradition séfarade n’a jamais été confrontée aux idéologies modernes. Pourtant, l’évolution est au cœur de son système halakhique. Chaque communauté nord-africaine possédait son Beth Din qui instaurait des Takanot (décrets rabbiniques) faisant force de lois pour les juifs vivant dans la région. Certains de ces livres sont disponibles à la vente (je pense notamment aux deux volumes monumentaux des Takanot Rabbanei Meknes), il suffit de les feuilleter pour se rendre du coté révolutionnaire de ces décisions rabbiniques. Ce qui, en fait, n’a rien de révolutionnaire pour les auteurs. Simplement pour nous, habituer à un judaïsme figé et en constante confrontation avec le monde qui l’entoure.

Pour ceux qui désirent approfondir ce thème, je propose une série d’articles et de livres, traitant du sujet. Certains disponibles gratuitement sur internet.

En francais :

  • Avant tout, je recommande les bâtisseurs du temps, d’Abraham Heschel.

    Heschel (1907-1972), rabbin et professeur au Jewish Theological Seminary(New York City), fut l’un des grands théologiens du XXe siècle. Les premiers chapitres de ce bel ouvrage analysent les approches ashkénaze et séfarade. Pour lui, le judaïsme ashkénaze recherche l’absolu, tandis que le judaïsme séfarade aspire à l’harmonie.

     

  • Je recommande également l’article « le système halakhique du Rav Ovadia Yossef » publié sur l’excellent blog Le monde juif.

     

En anglais :

En hébreu :

  • Je conseille le livre du Rav Benny Lau sur la philosophie de la Halakha du Rav Ovadia Yossef. Le livre se nomme mi Maran ad Maran. Il s’agit en fait du doctorat de Lau en philosophie de la Halakha. Travail universitaire de haut niveau, le livre a également reçu l’approbation du Rav Ovadia Yossef.
  • L’article du Prof. Avinoam Rosenak (université hébraïque de Jérusalem) sur le concept de « respect du public » dans les responsas du Rav Yossef Messas.
  • Le livre du Prof. Zvi Zohar sur les sages séfarade. (conseillé par Emmanuel Bloch)

Bien évidement, et par dessus tout, je vous renvoie aux livres de responsas des rabbanim séfarades. À commencer par les incontournables : les rabbins de la famille Messas, Rav Ovadia Yossef, Rav Mazouz et encore tant d’autres… La plupart de leurs livres sont disponibles gratuitement sur hebrewbooks.

Si un(e) lecteur/rice connait d’autres liens utiles, merci de les partager dans les commentaires.

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